‹ Vie de Berryer (d'après des documents inédits) (volume 2)Chapitre 8 sur 46 · PRÉFACE. XIII · texte numérisé non relu

PRÉFACE. XIII

L'ensemble de ces papiers a été légué par Berryer à un groupe d'amis, qui, prévoyant les infirmités auxquelles la vieillesse pourrait le réduire, s'étaient associés pour lui assurer la sécurité de ses derniers jours. Berryer ne profita point de leur généreuse pensée. Il mourut six mois après que leur société s'était constituée, ayant continué de paraître à la barre jusqu'à l'épuisement de ses forces. Mais il reconnut l'intention de ses amis, en leur laissant par testament la propriété de ses papiers et de ses œuvres.

Instruite des projets et des vœux de Berryer, la société eut à cœur de s'y conformer. Tout d'abord, ainsi que l'a constaté son président, le feu duc de Noailles', ami si fidèle et si dévoué du grand orateur, elle me demanda de publier le recueil des discours et des plaidoiries. Elle voulut bien de plus mettre à ma disposition tous les papiers pour m'aider à écrire la vie de Berryer, sous une réserve dont je tiens d'autant plus à faire ici mention, que la dignité de l'historien me l'eût d'avance dictée : c'est qu'à la différence des œuvres oratoires, publiées au nom de la Société , la vie de Berryer, faite en mon nom personnel, n'engagerait que moi.

' « Legroupe d'amis auquelléminent orateur a laissé ses onivres, a voulu en faire un recueil exact et complet. Il a conlié ce travail à M. de Lacombe, aujourd'hui membre de l'Assemblée nationale, choisi par M. Benyer pour écrire sa vie politique liée aux discours euxmêmes. M. Berryer avait entretenu à ce sujet avec lui une correspondance qui fut interrompue par sa mort... » — Gittvres de Berryer, LU). Didier, 1872, 1. — Introduction par le duc de Noailles, p. I.

XtV PRÉFACE.

A ce trésor de documents , à mes propres correspondances, à mes souvenirs, sont venues se joindre biend'autressourcesdinformations. Je dirai, au cours de ce récit, à quelles obligeantes communications je les ai dues. Mais je me ferais scrupule de ne pas nommer immédiatement , comme mon principal auxiliaire, M. Georges Berryer, avocat à la cour d'appel de Paris. Passionnépour lagloirede l'oncle illustredont il porte le nom avec honneur, M. Georges Berryer a secondé mes recherches et accru, pour sa part, la liste de mes documents avec un empressement et une persévérance dont j'aime à le remercier ici.

La vie de Berryer peut se partager en trois périodes. La première s'ouvre à sa naissance et continue jusqu'à la révolution de 1830, époque à laquelle Berryer, déjà renommé au barreau, vient défaire ses débuts à la tribune ; la seconde embrasse les luttes de Berryer sous la monarchie de Juillet; la dernière, qui ne finit qu'à sa mort, en 18G8, le montre poursuivant sa carrière, dans des conditions diverses comme les circonstances, sous la république de 18 '1.8 et sous le second empire.

C'est presque l'histoire d'un siècle en même temps que l'histoire d'un homme. J'examinerai successivement les trois périodes. Le récit qu'on va lire comprend la première. Il s'étend de 1790 à 1830, et est intitulé la Jeunesse de Berryer. On trouvera peut-être que je prolonge beaucoup cette jeunesse, puisqu'en 1830 Berryer avait quarante ans accomplis.

l'HÉFACE. XV

Constitutioimelleraent parlant, c'était à cet Age que la jeunesse finissait alors. Aux termes de la Charte de 181i, on n'était pas éligible avant quarante ans, et lorsqu'en 1830 Berryer se fît pour la première fois entendre à la Chambre, les contemporains nous rapportent que M. Royer-Collard , frappé de ce qu'il appelait « sa puissance ». disait, on parlant de lui : « ce jeune liomme^l.. »

(c Soyez l'introducteur de mon souvenir dans votre génération 2 », m'écrivait encore Berryer en termes trop indulgents pour que je ne les abrège pas. Bien des années se sont écoulées depuis cette époque. La plupart de ses compagnons de lutte ont disparu et, dans la g'énération à laquelle j'appartiens, les rang-s s'éclaircissent chaque jour. Lesévénements de 1870 et de 1871, cpii ont suivi de si près la mort de Berryer, le mandat de représentant cà l'Assemblée nationale que j'ai dû remplir, d'autres travaux dont Berryer avait encouragé les commencements, le désir enfin de rendre cette œuvre aussi complète que possible, en ont retardé l'achèvement. Souvent obligé de l'interrompre, je n'ai cessé d'y penser. Je regretterais davantage de n'avoir pu la soumettre plus tôt au public, si je ne me disais qu'il convient peut-être de laisser quelque intervalle entre la mort des hommes publics et le récit de leur vie. Pendant ce temps, les contro-

' Souvenirs (le ma jeunesse, parlecomte L. de Carné, de l'Académie française. —Un vol. in-l>. Didier, 1873, p. 2\'î. - 24 août 1867.

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