CHAPITRE I
Naissance de Calvin. — Son père le destine à TÉglise. — Premières études du jeane CaMn. — Il fait Tadmiratlon de ses maîtres. — Son père se décide à lui faire étudier le droit. — Calvin à Orléans et à Bourges. — Sa conversion.
Jehan Calvin naquit le 16 juillet 1509, à Noyon, en Picardie; son père, Gérard Chauvin ou Cauvin, dans le dialecte picard, n'était pas un tonnelier, comme quelques écrivains Font cru ; il avait exercé successivement les emplois de notaire apostolique, de procureur fiscal du comté, de secrétaire de Tévêché et de promoteur du chapitre ; c'était un homme de bon conseil, bien entendu en affaires, mais dur et sévère. Sa femme, Jeanne Lefranc, qui était dévote et singulièrement attachée aux cérémonies les plus minutieuses de son culte, éleva son fils dans des habitudes de piété.
Dès son cnlkucej le jeune Calvin fut destine a la
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prêtrise, le seul moyen alors pour les roturiers de sortir de leur obscurité. Son père, qui avait gagné Testime et la confiance d'un noble gentilhomme, le seigneur de Mommor, obtint qu'il fut élevé avec ses fils. Jehan fit des progrès rapides et attira sur lui l'attention de Charles de Hangest, évoque de Noyon, et parent du seigneur de Mommor; quand les fils de ce dernier allèrent à Paris continuer leurs études au collège de la Marche, Jehan obtint, par la protection du prélat, l'honneur de les accompagner.
Le collège de la Marche comptait alors parmi ses professeurs un homme très -distingué; on l'appelait Mathurin Gordier; il était né, en 1475, en Normandie, et avait abandonné la cure de Notre-Dame de Bonne- Nouvelle à Rouen, pour suivre ses goûts, qui le portaient invinciblement vers l'enseignement. Cet homme, aussi instruit que modeste, aimait la jeunesse, et trouvait son bonheur à développer en elle le goût des études et l'amour du devoir. Ce ne fut pas sans étonnement que ses élèves le virent un jour abandonner sa classe de première pour devenir humble régent de quatrième. Il avait remarqué qu'en instruisant mal les enfants dans les éléments de grammaire, on nuisait singulièrement à leurs études. L'honnête Mathurin Cordier, en s'abaissant volontairement, s'élevait.
Cet homme éminent distingua le fils de Gérard Cauvin; sa physionomie intelligente le frappa, et il fut étonné de trouver en lui une pénétration d'esprit
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au-dessus de son âge; il s'attacha à son élève, et développa, par son enseignement simple, clair, profond, méthodique, attrayant, les admirables facultés dont Dieu avait doué cet enfant prédestiné. Il avait une mémoire prodigieuse et sûre, le désir de tout connaître, une aptitude à tout saisir, une facilité de travail qui n'était égalée que par son ardeur. Il n'était enfant que par les années, et de lui on peut dire qu'il n'eut pas de jeunesse, tant il était grave, sérieux, réfléchi. L'élève et le maître se lièrent d'une amitié qui dura autant que leur vie; et quand plus tard Calvin devint le premier savant de son siècle, il se plaisait à dire qu'il devait à Cordier tous les progrès qu'il avait faits dans des sciences plus relevées. « Si la postérité, ajoutait-il, retire quelques fruits de mes ouvrages, qu'elle sache que c'est à lui qu'elle les doit en partie. »
Calvin se sépara de son maître avec regret et alla continuer ses études au collège de MontaiguV Là Dieu lui réservait pour professeur un savant espagnol, qui continua, avec un grand succès, l'œuvre que Cordier avait si bien commencée; « et comme l'enfant, dit Théodore de Bèze, avait un esprit merveilleux, il avança si fort dans l'étude qu'en peu de temps on le fit monter en philosophie.» Le premier parmi ses
1. 11 y avait à Paris plusieurs collèges qui portaient chacun le nom de Tane des Tilles du royaume.
compagnons d'étude^ par son intelligence et son sa-* voir, il rétait aussi par sa conduite. De très -bonne heure il montra un goût décidé pour la piété et une grande horreur pour le vice; aussi censurait -il vivement ses condisciples qui se conduisaient mal, et s'il se fit haïr de quelques-uns, un grand nombre l'estima; les bons témoignages que son père recevait de sa conduite et de ses progrès, le confirmèrent dans la pensée qu'il ne s'était pas trompé sur sa vocation, quand, dès ses plus jeunes années, il l'avait destiné à l'Église. En homme prévoyant, il le fit pourvoir d'un bénéfice en l'égUse-cathédrale de Noyon, et plus tard, de la cure de Pont-l'Évéque. C'est là que Calvin, bien qu'il n'eût reçu aucun ordre, fit plus tard diverses prédications devant le peuple.
L'écolier continuait ses études et se préparait à entrer dans les ordres, quand son père se décida subitement à lui faire étudier le droit, « attendu que c'était le plus assuré moyen pom' acquérir richesses et honneurs. »
Calvin obéit à son père plus encore par conviction que par soumission; il avait pour parent Pierre-Robert Olivetan, le pieux traducteur de la Bible, avec lequel il avait médité les livres sacrés, et leur lecture avait fait naître dans son esprit des doutes sur l'infaillibilité de son Église, doutes qui, en se fortifiant, lui donnèrent plus tard l'idée de renoncer à sa communion, n quitta donc la théologie pour la jurispm-