‹ Vie de CalvinChapitre 2 sur 98 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

dence^ et se rendit à Orléans, où il eut pour professeur Pierre de rÉtoile, le plus renommé jurisconsulte français de cette époque. Ses progrès furent tels que bientôt après son arrivée il fut regardé non comme un écolier, mais comme un maître. Un historien, grand ennemi de la Réforme, Florimond de Remond, dit de lui : « Il se distinguait entre tous ses condisciples par un esprit actif et une forte mémoire, avec une grande dextérité et une grande promptitude à recueillir les leçons et les propos, qui sortaient, en dispute, de la bouche de ses maîtres, qu'il couchait après par écrit, avec une merveilleuse facilité et beauté de langage, faisant paraître, à tous coups, plusieurs saillies et boutades d'un bel esprit. >

Ses professeurs, sans tenir compte de son âge, le chargèrent plusieurs fois de les remplacer, et ses condisciples étaient si émerveillés de son enseignement qu'ils en perdaient toute jalousie, car le jeune maître se- faisait pardonner sa supériorité par sa modestie. Il lut, assure-t-on, appelé à donner son avis» sur le divorce de Henri VIII, roi d'Angleterre, avec Catherine d'Aragon. A cette époque, on lui offrit gratuitement le grade de docteur en droit ; il le refusa.

L'étude du droit ne l'absorbait pas, il revenait toujours à sa chère Pible; et de plus en plus pénétré de son contenu, il commença, sans s'en douter, son ceuvre de réformatemr. « Il avança merveilleusement

à Orléans^ dit Théodore de Bèze, le royaume de Dieu, en plusieurs villes, enseignant la vérité , non point avec un langage affecté, dont il a toujours été ennemi, mais avec telle profondeur de savoir, et telle et si solide gravité en son langage, qu'il n'y avait dès lors homme l'écoutant qui n'en fut ravi d'admiration. »

A cette époque, l'université de Bourges possédait un professeur itaUen nommé Alciat, l'un des plus savants jurisconsultes de son siècle; le bruit de sa renommée donna au jeune Calvin le désir de devenir son disciple; il se rendit auprès de lui et accrut par son enseignement la somme déjà si grande de ses connaissances. Bourges avait aussi en Melchior Wolmar un professeur qui, à une grande science qu'il savait communiquer à ses élèves, joignait une piété vivante et éclairée ; il enseigna le grec à Calvin , qui se livra avec plus d'ardeur à l'étude des livres saints. Ses doutes sur l'infaillibilité de son ÉgUse le trou- • blaient de plus en plus, et il commençait à croire qu'elle avait fait naufrage dans la foi; «et quoiqu'il Ait de son naturel moins fait au monde, ayant toujours aimé le loisir et l'ombre, et ne cherchant qu'à se tenir caché,», il fut tiré malgré lui de l'obscurité où il se plaisait et devint un propagateur des vérités chrétiennes. «Tous ceux, dit-il, qui témoignaient quelque désir de la pure doctrine venaient vers moi, bien que novice et apprenti ; » il gagna plusieurs per-

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sonnes à la vérité, et notamment le seigneur de Lignères, €hem'eux de l'entendre prêcher quelque chose de nouveau. » *

Nous voudrions avoir sur la conversion de Calvin, et par lui-même, des détails plus précis et plus circonstanciés, afin de le suivre pas à pas dans cette phase capitale de sa vie. Il n'aimait pas à parler de lui, et quand il le faisait, c'était comme saint Paul, parce que le devoir lui en était imposé cpour l'instruction et l'édification de l'Église;» ce que nous pouvons dire à l'égard de sa conversion, c'est qu'elle n'eut pas les caractères de celle de Luther; il dut renfermer en lui-même ces impressions qui nous intéressent si vivement, quand nous assistons aq réveil spirituel de ce jeune moine de Wittemberg qui sera la grande lumière de son siècle. — La conversion de Calvin fut donc ce qu'elle devait être, en rapport avec sa nature calme et réfléchie; mais il la dut, comme Luther, à la Sainte- Écriture; c'est elle qui Téclaira sur les erreurs de son Église, résolut ses doutes et fut sa force quand il rompit avec Rome; c'est elle, enfm*, qui fut jusqu'à son dernier soupir le rocher sur lequel il brava ses ennemis, et du haut duquel il les vainquit.

Comme Luther, Calvin chercha la paix de son âme

1. II ne faut pas oublier qu'à cette époque la prédication de l'Évangile était une nouveauté.

dans les pratiques de son Église, et ne la trouva pas. «J'étais, dit-il, bien éloigné d'avoir ma conscience trancpiille; toutes les fois que je descendais en moi ou que j'élevais mon cœur à Dieu, une si extrême horreur me surprenait qu'il n'y avait purifications, ni satisfactions qui m'en pussent guérir. Et tant plus que je me considérais de près, tant plus rudes aiguillons pressaient ma conscience tellement qu'il ne me demeurait autre confort, sinon de me tromper moimême en m'oubliant, mais Dieu eut pitié de moi.»

Pendant ce travail intérieur, sans lequel il n'y a pas de conversion réelle, Calvin connaissait déjà le grand dogme de la justification par la foi que Luther trouva tout seul dans la solitude de son couvent en face d'une Bible enchaînée; mais la connaissance de ce dogme fondamental ne donne au pécheur la paix que si, pauvre péager, se frappant la poitrine de douleur, il s'écrie dans son angoisse : « Aie pitié de moi , ô Dieu! » Or, Calvin était* le pauvre péager, et Celui qui ne nous renvoie jamais à vide quand nous nous approchons de son trône de miséricorde, entendit la prière de l'étudiant de Bourges et l'exauça. «Quoique je fusse, nous dit-il, si obstinément adonné aux superstitions papales qu'il était bien mal aisé qu'on me pût tirer de ce bourbier si profond , Dieu dompta et rangea mon cœur à docilité par une conversion subite. » *

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