CHAPITRE H
leur montrant que c'est à Celui de qui émanent toute grâce et tout don parfait qu'il faut demander les lumières qui nous sont nécessaires pour comprendre la vérité chrétienne.
Parmi les personnes qui embrassèrent la Réforme, nous devons mentionner Philippe Véron , procureur au siège fiscal, qui porta la vérité en Saintonge; Antoine de la Duguie, docteur-régent; Jean Boisseau, sieur de la Borderie, avocat; François Fouquet, son hôte. La plus célèbre conquête du jeune réformateur fut Albert Babinot, jurisconsulte et poète, qui, après sa conversion , alla porter la bonne nouvelle du salut dans le midi de la France, et particulièrement à Toulouse ; c'est de lui que Florimont de Remond disait : « qu'il allait par pays faisant quelques prières en secret, enseignant comment il fallait faire la manducation du Seigneur, comme cet homme de Dieu (Calvin) le lui avait, appris; ce fut ce bon homme, ajoute-t-il, qui fit couler en la ville d'Ag^en un régent, nommé Sarazin , le préparateur du calvinisme en ce pays» (4536). Une autre conquête que fît Calvin fut celle de son compatriote Charles Le Sage, docteurrégent, et homme d'une grande érudition, qui jouissait auprès de Louise de Savoie, mère de François 1% d'une grande estime.
Enhardi par la confiance touchante qu'on lui témoignait, le réformateur résolut d'aborder la question du sacrement de la Cène. Des conférences eurent lieu
dans les grottes de Saint-Benoît et de Groutelles, et dans quelques autres lieux écartés, afin de ne pas éveiller les soupçons des prêtres. Jusqu'à ce moment, les auditeurs de Calvin, comme les hommes pieux de cette époque, étaient attachés au dogme de la présence réelle*, basée sur ces paroles qu'ils prenaient à la lettre : a^Ceci est mon corps y ceci est mon sangyi> et eux dont les yeux s'étaient déjà ouverts sur l'usurpation papale et sur plusieurs autres dogmes, se refusaient à les entendre dans leur vrai sens, c'est-à-dire dans un sens spirituel; il fallut toute la connaissance profonde des Saintes-Écritures du jeune savant, sa dialectique puissante, pour les convaincre qu'ils étaient dans l'erreur. Les discussions furent longues, animées, mais fraternelles; un seul, Charles Le Sage, résistait à ses arguments, et lui reprochait d'attaquer une doctrine qui était en honneur chez tous les peuples chrétiens; alors Calvin se leva, et montrant sa Bible, lui dit: «Voilà ma messe ;i> puis, jetant son bonnet de maître, et levant les yeux au ciel, il s'écria avec l'accent de la plus profonde conviction : « Seigneur, si, au jour du jugement, tu me reprends de ce que j'ai été à la messe et l'ai quittée, je dirai avec raison : Seigneur, tu ne me l'as pas commandé; voilà ta loi,
1. L'Église romaine enseigne que Jésus est présent corporeliement dans le sacrement de la Gène, et que dès que le prêtre a béni le pain et le vin, ils perdent leur qualité de pain et de vin et deviennent de la vraie chair et dil vrai sang.