CHAPITRE II
à Jésus-Christ : sa grande science qui lui permettait d'annoncer la vérité chrétienne aux classes lettrées et élevées ne Téloignait pas des petits; comme son Maître, il ne faisait pas acception de personnes, et l'âme du plus obscur ouvrier lui était aussi précieuse que celle d'un grand et d'un savant; il croyait «que toute Église, comme tout État, doit être fondée sur le peuple. »
Au nombre des personnes qu'il gagna à l'Évangile, nous comptons Nicolas Cop , recteur de l'université. Ce savant, qui devait suivant l'usage prononcer un discours à l'octave de la Saint-Martin , avait prié son jeune ami, dont il appréciait le mérite, de l'aider à le composer. Celui-ci y sema , « touchant la justification par la foi et le mérite des œuvres,» plusieurs propositions qui parurent mal sonnantes à ses auditeurs. Les sorbonnistes et Je parlement furent irrités de la hardiesse du recteur qui, craignant pour sa vie, prit la fuite, ainsi que Calvin soupçonné d'être son complice ; « car alors il sentait chaud dans Paris pour ceux qui sentaient mal de la foi.» En fuyant, le jeune réformateur disait: «Si la vérité ne peut demeurer en France, aussi ne le puis-je; je ne veux meilleur sort en France que celui de la vérité;» mais pour lui, le moment de quitter définitivement sa patrie, n'était pas encore arrivé. Selon quelques historiens, il aurait, en fuyant de Paris, cherché un iasile en Normandie dans le château du seigneur d'Hazeville,
a VIE DE CALVIN.
tendre un jeune homme déjà célèbre par son grand savoir. L'un d'eux, François Fouquet, prieur de Trois- Moutiers, lui offrit une retraite dans sa maison.
Le réformateur trouva à Poitiers un terrain admirablement préparé; chacun voulait connaître les points controversés entre les prêtres et les novateurs; nul n'était plus apte que lui à les éclairer. Sa parole était nette, facile, claire, méthodique, profonde; il abordait les difficultés de front, et avec un art infini il savait démêler le vrai du faux; réservé par nature, il ne se livrait pas à l'enthousiasme du moment , et de son cœur, qui brûlait au dedans, il ne laissait habituellement échapper que ce qu'il croyait utile, à ceux qui l'écoutaient. Il ne savait pas, comme Farel, prendre les hommes d'assaut; mais il avait une logique serrée, pressante, et pendant que le premier impressionnait, il éclairait; il sortait cependant quelquefois de sa réserve ordinaire, et quand il croyait le moment venu de parler librement, il le faisait avec une grande éloquence.
Près de Poitiers sont les grottes de Saint-Benoît et de Croutelles; c'est là qu'il conduisait ses auditeurs* Un jour, plus ému qu'à l'ordinaire, il leur parla, avec une grande liberté, des erreurs de Rome et de la nécessité d'une sainte réformation dans l'Eglise; il leur montra des écrits qu'il avait composés, et leur donna des copies de prières qu'il avait écrites de sa main ; puis, se jetant à genoux, il pria avec véhémence.