‹ Vie de CalvinChapitre 13 sur 98 · CHAPITRE m · texte numérisé non relu

CHAPITRE m

adversaires. Ses paroles sont trop souvent âpres^ aigres, et il oublie presque toujours que derrière les erreurs qu'il attaque il y a des hommes à Fégard desquels la charité nous est recommandée; mais il ne faut pas oublier qu'au seizième siècle la politesse entre savants était chose à peu près inconnue, et que ce qui serait blâmé sévèrement aujourd'hui chez un écrivain ne l'était pas alors.

Lorsque Calvin eut publié sa Psychopannychiay lui et son ami firent leurs préparatifs de départ pour Bâie. Nos deux amis, montés chacun sur une mule, voyageaient, suivant l'usage d'alors, à petites journées, suivis de deux valets de pied. Arrivés à Delme, petite ville située près de Metz, l'un de leurs valets disparut avec l'un de leurs chevaux et la petite valise qui contenait leur argent. Heureusement l'autre valet était possesseur d'une dizaine d'écus avec lesquels ils payèrent leur dépense jusqu'à Strasbourg, où ils furent fraternellement accueillis par le réformateur Bucer. Peu de temps après, ils se dirigèrent vers Bâle. Il tardait à Calvin d'arriver, il avait soif de repos, la vie errante le fatiguait. «Je m'en allai, nous dit -il luimême, en Allemagne pour y trouver, en quelque coin obscur, le repos que je n'avais pu trouver pendant si longtemps. >

Il vivait retiré et solitaire, se livrant avec ardeur à l'étude^' de l'hébreu, quand il apprit que François P*" calonmiait, auprès des princes protestants d'Aile-

magne, ses malheureux sujets luthériens qu^il jetait dans ses prisons et livrait à ses bourreaux. Ce prince, dont nous avons déjà parlé, était né à Cognac, le 42 septembre 1494. Son oncle, le bon roi Louis XII, témoin de sa légèreté et de son amour des plaisirs et de sa prodigalité, disait en soupirant : a Ce gros garçon gâtera tout.» A peine monté sur le trône, il donna de détestables exemples à sa cour. Jeune, robuste, beau, il se livra à toutes les dissipations de son âge, rendit la vie amère à sa femme, Claude de France, fille de Louis XII, pressura son peuple, le jeta dans les hasards niineux de la guerre, gagna et perdit des batailles. Fait prisonnier à Pavie, où il perdit tout, «fors rhonneur,» il paya une forte rançon à son rival Charles -Quint, et souscrivit des engagements qu'il ne tint pas. A peine eut -il franchi les frontières d'Espagne qu'il arriva presque au galop à Paris, retourna à ses plaisirs, et bâtit, avec les deniers de son peuple, sa magnifique résidence de Chambord.

Ce fut sous ce monarque, auquel on donna le nom de « roi-chevalier, » que la Réforme prit naissance en France. Il ne comprit pas d'abord tout ce qu'il y avait de grand dans ce mouvement religieux, et n'y vit, comme Léon X, qu'une querelle de moines. Conseillé par sa sœur Marguerite, il protégea ceux qui, les premiers, voulaient d'une sainte réformation dans l'Église; il assistait quelquefois, avec sa mère, Louise de Savoie, et sa sceuir, à des entretiens religieux, et

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