‹ Vie de CalvinChapitre 14 sur 98 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

semblait même y prendre plaisir; mais la semence de rÉvangile, sm* cette terre légère, ne germait pas plus que le grain semé le long d*un chemin; jouir, c'était sa vie; et cependant, ce prince, qui n'était ni un Néron, ni un Domitien, se laissa entraîner à des actes de cruauté qui ont déshonoré son règne. Quoique maître absolu chez lui, François P^ se sentait, depuis qu'il avait dressé des bûchers dans sa capitale, justiciable de l'opinion publique, dont la voix accusatrice réveillait en Allemagne une grande sympathie pour les victimes et une grande irritation contre leur persécuteur. C'est alors qu'il se décida à noircir ceux qu'il avait fait périr, en disant : «qu'ils avaient été punis non à cause de leur foi, mais à cause de leur esprit séditieux. » Témoin de cette lâche calomnie, Calvin en fiit révolté, et sans autre mission que sa sainte colère et son talent, il publia, en 1536, le célèbre livre de YInstitution chrétienne, qu'il fit précéder d'une lettre dédicatoire à François P*".

Le jeune écrivain (il avait à peine â6 ans) prend devant l'Europe la défense de ses frères; il examine les raisons qui doivent engager le monarque à porter son attention sur la question religieuse. «Celui, lui dit-il, qui ne règne pas à cette fin de servir à la gloire de Dieu, n'exerce pas règne, mais brigandage;» il lui prouve que les doctrines de ses frères sont conformes à la Sainte-Écriture, et que les prêtres qui les persécutent n'ont d'autre Dieu que leur intérêt. L'é-

crivain justifie le principe de la Réformation, qui a pour base l'Écriture sainte, dans les choses de foi et de conduite 9 signale en termes énergiques les abus scandaleux qui se sont glissés dans l'Église romaine, et termine son épître par ces mots :

cJe retourne à vous, Sire; vous ne devez point vous émouvoir de ces faux rapports. Il est bien vraisemblable que nous, desquels jamais n'a été ouïe une seule parole séditieuse quand nous vivions sous vous, Sire, machinions de renverser les royaumes! Qui plus est, maintenant étant chassés de nos maisons, nous ne laissons point de prier Dieu pour votre prospérité et celle de votre règne — Et davantage, grâces à Dieu, nous n'avons point si mal profité de l'Évangile, que notre vie ne puisse être à ces détracteurs exemple de chasteté, libéralité, miséricorde, tempérance, patience, modestie, et toutes autres vertus.... Et la bouche même des envieux a été contrainte de donner témoignage d'innocence, quant aux hommes, à aucuns de nous, lesquels on faisait mourir pour ce seul

point Que le roi donc daigne au moins lire le livre

que l'auteur lui présente, et son courroux tombera. Mais si, au contraire, les détractions des malveillants empêchent tellement vos oreilles que les accusés n'aient aucun moyen de se défendre, et si ces impétueuses furies, sans que vous y mettiez ordre, exercent toujours cruautés, prisons, fouets, géhennes, coupures, brûlures, nous, certes, comme brebis. dévouées

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