‹ Vie de CalvinChapitre 16 sur 98 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

réformateur les instruisit et les confirma dans la foi chrétienne. Parmi ses plus illustres prosélytes^ nous devons mentionner M""® de Soubise, Anne de Parthenay, sa fille, célèbre par son esprit et son savoir, Antoine, sire de Pons et comte de Marennes.

Le duc de Ferrare, devenant de plus en plus ombrageux, obligea sa femme à se séparer des hommes de cœur et de foi, pour lesquels sa cour était une ville de refiige. AiTivé en proscrit en Italie, Calvin en partit en proscrit; on prétend même que sa vie courut de grands dangers, et qu'il ne dut son salut qu'à des cavaliers masqués, qui le mirent à l'abri des conspirateurs, en le cachant, comme Luther, dans un vieux château. Ce point historique n'a pas été éclairci ; le silence que Calvin garde sur ce fait capital de sa vie, nous le fait mettre en doute. Si jamais il était constaté, nous dirions avec [M. Bungener : « qu'il y a lieu d'admirer, une fois de plus, la réserve d'un homme gardant le silence sur des détails si importants et si dramatiques. »

En quittant Ferrare, Calvin était accompagné de son ami, le chanoine Du Tillet, dont le zèle pour la Réforme devait bientôt se ralentir à la vue des bûchers. Comme Briçonnet, il eut peur, et tout en étant convaincu des erreurs de son ÉgUse, il ne s'en sépara pas. Dans une lettre en réponse à celle du chanoine, qui lui exposait les raisons qui l'empêchaient d'embrassèt* la Réforme, Calvin lui disait : « Les sacs mouil-

lés dont nous avons coutume de nous couvrir devant les hommes^ ne pourront pas porter la chaleur devant les jugements de Dieu, y»

. Du Tillet n'était pas pour son ami un compagnon propre à accroître son courage, et il lui tardait de regagner Angouléme pour être à l'abri du danger. Ils arrivèrent à Pignerol, d'où Calvin se dirigea vers le val d'Aoste, dont les habitants étaient disposés à se séparer de Rome. La nouvelle de l'arrivée du jeune réformateur les remplit d'espérance et de joie; mais il ne put entrer dans Aoste, dont l'accès lui était fermé par la vigilance de l'évêque Pieire Garini, qui^ transformant sa crosse en hache, avait fait décapiter douze gentilshommes soupçonnés d'hérésie.

Calvin choisit pour asile une ferme appartenant à la noble famille de Saint- Audan, qui lui offrit l'hospitalité. Là, comme à Poitiers, il annonça la parole de salut à ceux qui venaient en foule s'instruire à ses leçons; car tout, pour lui, était école et temple; mais l'évêque veillait, et la minorité opposante, qui voulait faire abolir la messe, ne vit pas ses vœux se réaliser. Calvin n'abandonna son poste qu'au moment où tout espoir de réussir fut perdu; il prit la fuite à travers les montagnes, traqué comme une bête fauve pai* le comle de Chalans. Dieu le préserva ainsi que son compagnon ; ils ne se crurent sauvés que lorsqu'ils eurent franchi le col de la Duranda, qui porte encore aujourd'hui le nom de «fenêtre de Calvin».

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