CHAPITRE III
â la boucherie, serons jetés en toute extrémité, tellement néanmoins qu'en notre patience nous posséderons nos âmes et attendrons la main forte du Seigneur, laquelle, sans doute, se montrera en sa saison et apparaîtra armée, tant pour délivrer les pauvres de leur affliction, que pour punir les contempteurs qui s'égayent si hardiment à cette heure. Le Seigneur, Roi des rois, veuille établir votre trône en justice et votre siège en équité ! »
Après répître dédicatoire vient le livre, qui renferme un code complet de doctrine ; peu étendu d'abord , il le fut plus tard davantage, à mesure que les éditions se succédèrent; et aujourd'hui, malgré les progrès de la science théologique, il est encore le plus beau traité de* dogmatique que nous possédions.
VInstittUion causa une profonde sensation dans le monde savant, et quoiqu'elle eût paru sans nom d'auteur, elle ne tarda pas à être attribuée à Calvin, qui devint, à dater de ce jour, l'homme le plus considérable de la Réforme française. Le frivole monarque auquel il avait dédié son livre, était trop préoccupé de ses plaisirs pour se donner la peine de le lire. Théodore de Bèze le regrette beaucoup; mais il se trompe en disant: «que s'il eût voulu le faire, l'Église romaine eût reçu une plaie mortelle. î>
Après avoir défendu ses frères, en justifiant au tribunal de l'opinion publique leur foi et leur conduite,
il se rendit à l'invitation de Renée de France, et partit pour Ferrare, où elle tenait sa cour.
Renée était la fille cadette de Louis XII. A Tâge de trois ans, elle fut fiancée à Charles d'Autriche, depuis si célèbre sous le nom de Charles-Quint. La politique, qui avait décidé cette union, la rompit; fiancée à Henri VIII, et ensuite au margrave de Brandebourg, François P'^ finit par donner sa jeime belle-sœur en mariage à un petit prince italien , Hercule d'Esté , le fils de la célèbre Lucrèce Borgia, la digne fille de l'infâme Alexandre VI.
Renée avait eu pour compare d'étude Marguerite de Valois, la gracieuse sœur de François P**, et elle avait reçu comme elle la semence de l'Évangile. Elle était laide, mais richement douée du côté du cœuc et de l'esprit; elle aimait les belles-lettres, la poésie, les arts. Quand elle devint duchesse de Ferrare, elle reçut à sa cour des savants, des artistes, des poètes; son mari les accueillait avec empressement, et lui permettait même de recevoir les hommes d'élite qui, à cette époque, faisaient à la papauté une opposition courageuse. C'est ainsi que Clément Marot, banni de France à la suite de l'afiîaire des placards, trouva un asile à Ferrare; mais quand le duc vit arriver Calvin et d'autres proscrits, il s'alarma et craignit la colère du pape et de Charles-Quint, alors tout-puissant.
Le séjour de Calvin à Ferrare fut béni pour Renée et pour plusieurs grandes dames de sa cour. Le jeune