CHAPITRE IV
Calvin, «comme si Dieu l'eût saisi du ciel par un violent coup de sa main » , répondit à Farel : «Je resterai. »
Ces mots décidèrent du sort de Genève; Dieu lui avait donnée dans Farel, un libérateur, il lui donna, dans Calvin, un législateur.
La vie de Farel est tellement liée à celle de Calvin, que l'histoire du premier est la préfece de celle du second.
Cet homme remarquable naquit en 1489 dans un petit hameau près Gap, appelé les Fareaux. Selon quelques-uns de ses biographes, il serait le fils d'ungentillâtre de campagne, selon quelques autres, d'un fermier ; mais , noble ou roturier, il n'en est pas moms l'une des figures les plus originales et les plus accentuées de la Réforme française. A l'âge de vingt-neuf ans il quitta son village, alla à pied à Paris pom* y compléter ses études, et eut le bonheur de devenir l'un des disciples du vieux Jacques Lefèvre d'Étaples. Au contact de cet homme éminent, il apprit que l'Église romaine s'était dévoyée de la foi'; cette découverte l'affligea profondément. Mais le jour où la lumière se fit dans son esprit, il prêcha avec ardeur ce qu'il croyait être la vérité^, «* hardiesse effrayait le bon Lefèvre d'Étaples, et lui, s'étonnait de la timidité de son maître. Ces deux hommes, si différents de nature, s'aimaient tendrement et travaillaient, chacun à leur manière, à l'avancement du règne de Dieu. Le
clergé essaya de les réduire au silence , et trouva ensuite plus expéditîf de les persécuter. Lefèvre d'Étaples et son disciple prirent la fuite, le premier se réfugia à Strasbourg, le second retourna à Gap. A peine arrivé, Farel prêcha l'Evangile à ses compatriotes et gagna quelques âmes à la vérité; mais les capucins prirent ombrage de ses prédications et le firent chasser de la ville. Farel retourna à Paris, en repartit bientôt après, et rejoignit Lefèvre d'Étaples à Strasbourg, où il ne séjourna que peu de temps.
En 152.3 il est à Bâle gagnée à la Réforme; il y trouve Érasme de Rotterdam, qui avait trop d'intelligence pour être catholique romain, et trop de timidité pour se déclarer protestant. Érasme haïssait Farel à cause de son esprit aventureux; Farel méprisait Érasme à cause de sa lâcheté ; ils eurent une conférence publique dans laquelle le bouillant Gapois ne se montra pas inférieur à l'homme qui occupait alors la première place parmi les lettrés de son temps.
Farel avait trop d'ardeur pour les Bâlois, qui ne se sentaient pas attirés vers ce Provençal aux allures libres et dégagées qui lie ménageait personne. Érasme, qui exerçait à Bâle une grande influence, le fît expulser de la ville. Farel se dirigea vers Montbéliard : là il lutta vaillamment contre les prêtres qui le ûreni chasser de la ville ; mais en s'enfuyant il y laissa une semence qui, en germant et se développant, l'arracha, ainsi que ses environs, aux superstitions romaines.