CHAPITRE IV
Notre missionnaire gagna plus tard la Suisse française et y annonça FÉvangilè avec une véhémence extraordinaire. Sa foi vive et profonde, sa hardiesse, sa parole éloquente et convaincue, le firent marcher de succès en succès; sa voix puissante, comme les trompettes des soldats de Josué, lui ouvrait les portes des villes et des villages ; il y entrait en conquérant et y remplaçait la messe par le prêche. Une ville cependant refiisait obstinément de le recevoir , c'était Neuchâtel. «Je la prendrai, î> dit-il. Ce qu'il dit il le fit; il arrive à Serrières, petit village à un quart d'heure de la ville, et demande au curé de le laisser prêcher dans son église, celui-ci refuse; mais il lui permet de prêcher dans le cimetière. Farel fait de la pierre d'une tombe sa chaire ; parmi ses auditeurs se trouvaient quelques soldats qui l'avaient déjà entendu; ils lui proposent de l'accompagner à Neuchâtel , il accepte , se met en marche et pénètre dans la ville dont l'entrée lui est interdite. A peine a-t-il franchi ses portes qu'il monte sur le perron d'une maison et se met à haranguer la foule qui se presse autour de lui émerveillée de son éloquence. En apprenant ce qui se passe, les magistrats sont étonnés de son insolence; les prêtres ne peuvent contenir leur colère et demandent à grands cris son expulsion ; ses auditeurs lui font un rempart de leurs corps ; ils sentent que cet audacieux est un apôtre que Dieu leur envoie pour leur annoncer la vérité et pour les délivrer du joug
d'un clergé immoral et corrompu. Farel, qui ne redoute ni les prêtres ni les magistrats, s'enhardit de plus en plus , tout est temple pour lui ; un jour, les bourgeois, électrisés par la puissance de son éloquence, Fentraînent vers la cathédrale, le font monter en chaire, et, pendant qu'il prêche contre les superstitions papales, armés de marteaux, ils brisent les autels , les confessionnaux, les statues, les bénitiers, et de leurs mains frémissantes , ils inscrivent sur une pierre ces mots qu'on y lit encore aujourd'hui : a Le 23 octobre iSSOy fust abattue et ostée l'idolâtrie de céans par les bourgeois. »
Quelques jours après, le peuple est appelé à voter, et à la majorité de 17 voix il abolit la messe.
Cette victoire donna une célébrité retentissante à Farel, qui devint la terreur des prêtres et l'espoir de tous ceux qui désiraient la régénération de l'Église. Nommé second pasteur à Neuchâtel, notre pieux et vaillant champion en remplissait les fonctions avec beaucoup de zèle ; mais il était du nombre de ceux pour lesquels le repos est une fatigue , aussi allait-il de lieu en lieu gagnant à la Réforme des villes et des villages. En 1532 nous le trouvons à Genève. Cette ville, agréablement assise à l'extrémité ouest du lac Léman dans l'une des positions les plus ravissantes du monde, était devenue, sous la domination de son clergé, l'une des villes les plus corrompues et les plus superstitieuses de l'Helvétie. Son évêque Pierre de