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CHAPITRE VI

Le réformateur demanda aux Conseils de permettre à Calvin et à Farel de rentrer dans la ville pour défendre leur cause. «Vous avez eu tort, leur dit-il, de bannir des hommes dont l'un a servi la République durant la guerre; je vous prie de considérer que tout ceci sera un grand sujet de joie pour les ennemis de la sainte Réforraation. Consentez à ce que les pasteurs bannis exposent leurs raisons d'agir, et recevez-les comme de fidèles ministres. »

L'assemblée écoula Viret dans un morne silence, et quand le président mit aux voix la demande de la députation, Amîed Perrin et trois de ses partisans se levèrent seuls pour l'appuyer; la grande majorité était contre. Plusieurs des opposants se précipitèrent sur les amis des deux réformateurs, en criant: «Tue! tue! au Rhône les Guillemins ! » La députation se retira le cœur navré de douleur. Le soir une foule insensée parcourut les nies avec des poêles à frire, fit bouillir de l'huile et cria: «Nous frîcassons notre père Farel!» Parmi ceux qui se livraient à cette scène ignoble se trouvaient probablement plusieurs de ceux qui avaient battu des mains quand le réformateur, sous sa voix puissante, faisait crouler les remparts de l'Église romaine et ouvrait, à leur cité, une ère de grandeur * et de liberté.

Quand on apprit ce qui se passait à Genève , un cri de réprobation partit de toutes les églises helvétiques; les magistrats sur qui retombaient tous les torts, crai-

gnant de se voir flétrir publiquement et officiellement à Baie, à Berne, à Zurich, sentirent la nécessité de faire respecter le code ecclésiastique : ils le firent rudement à la campagne, mais mollement à la ville. Cela ne dura qu'un moment, et les lois rédigées par Farel et par Calvin ne furent bientôt plus que toiles d'araignées.

Un fait qui semblerait incroyable, s'il n'était attesté par des faits authentiques, c'est l'abandon dans lequel fut laissée l'instruction publique. Le collège de la rive droite, fondé le 31 mars 1536, sous la direction habile et pieuse de Saunier, s'était élevé rapidement à un haut degré de prospérité ; mais après l'exil des réformateurs, les magistrats, sur le reftis de Saunier de servir le pain et le vin aux tables de la sainte Cène, le firent bannir ainsi que les régents, et le collège se trouva sans professeurs.

Calvin, du fond de son exil, suivait avec anxiété les progrès du mal, pendant que Pierre de La Baume ouvrait son cœur à l'espérance. Le jour où il apprit le départ des deux réformateurs, il tressaillit de joie, et crut qu'il allait reconquérir son siège épiscopal, en se voyant aidé des uns par leur incrédulité, des autres par leur indifférence. Son espoir s'accrut par la nouvelle distinction dont il venait d'être l'objet. Paul III lui avait conféré le cardinalat dans la pensée que cette dignité engagerait les Genevois à le rappeler, et non, comme on l'a prétendu, pour le consoler de la

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