‹ Vie de CalvinChapitre 35 sur 98 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

perte de son évêché. Le pape ne donne ses couronnes qu'aux vainqueurs.

Transportons-nous maintenant à Lyon , dans Tune des salles de Farchevêché, où sont réunis neuf grands dignitaires ecclésiastiques, au nombre desquels se trouvent Pierre de La Baume et le cardinal Sadolet, lun des prélats les plus distingués de l'Église romaine. Cet homme célèbre, né à Modène en 4477, et mort à Rome en 4547, s'était élevé par son seul mérite jusqu'au cardinalat; il possédait un rare talent d'écrivain et se faisait remarquer par son amabilité et sa tolérance.

La réunion des prélats avait pour but de rechercher les moyens les plus propres à rétablir l'ancienne religion dans Genève. Le moment, pour agir, était des plus favorables; Farel et Calvin étaient bannis, et Jean Philippe, le provocateur de leur exil, promettait son concours pour livrer la ville. Après une longue discussion, les prélats, ne jugeant pas opportun de recourir à la force, chargèrent Sadolet d'écrire aux Genevois pour les engager à rentrer dans le giron de l'église dont ils s'étaient séparés. Le prélat remplit cette tâche difficile et délicate avec beaucoup d'habileté et une grande dextérité de langage; il n'épargne pas les éloges aux réformés; il parle du temps passé, mais sobrement, sans aigreur et sans amertume; il. ne mentionne pas les dogmes qui séparent les deux églises, mais il met en saillie ceux qui

les unissent. Il insinue adroitement que les réformateurs ont eu pour mobile de leur conduite moins l'amour des âmes que celui des places et de Targent, et il imite les diocésains de Pierre de La Baume à se replacer sous Fautorité de leur ancien évêque; s'ils le font, il leur promet les louanges des hommes et la bénédiction de Dieu.

Cette lettre lut remise aux syndics, qui remercièrent Sadolet de sa courtoisie , et chargèrent Morand de lui répondre. La lecture de ce document causa une impression profonde à Genève; les hommes qui, dans la grande révolution religieuse qui venait de s'accomplir, n'avaient fait qu'échanger leur nom de catholique contre celui de réformé, se sentaient disposés à revenir à l'ancien régime et à accepter la foi romaine, pourvu qu'on réprimât la vie licencieuse du clergé. Si, dans ce moment, Pierre de La Baume s'était présenté aux portes de la ville avec la promesse formelle de réformer les prêtres, peut-être lui eussentelles été ouvertes?

Calvin qui reçut, par l'intermédiaire d'un de ses amis, la lettre de Sadolet, sentit tout ce qu'elle avait de dangereux; aussi se hâta-t-il de répondre au cardinal; il le fit avec une hauteur de pensée remarquable. En le lisant on sent que cet homme aime son Dieu et Genève; son Dieu dont il défend les droits, Genève qu'il veut délivrer du joug du pape et de celui du duc de Savoie. L'écrivain justifie la Réforme et

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