CHAPITRE II
grande de toutes les jouissances II est doux d'examiner ^ de sonder une bonne conscience personne ne peut longtemps porter un masque. Tout ce qui est déguisé reprend bientôt sa nature; tout ce qui repose sur la vérité, tout ce qui, pour ainsi dire, a des racines solides, ne fait que croître et s'améliorer avec le temps Tu forces tes sujets d'avouer qu'ils sont heureux, et qu'il ne manque à leur félicité que de durer
toujours De toutes les vertus, nulle ne convient plus
à l'homme (que la clémence), parce que nulle n'est
plus humaine La vertu la plus appropriée à la
nature de l'homme, est celle qui chérit la paix et qui retient son bras. Cependant, de tous les hommes, ceux à qui la clémence convient le plus sont les
princes et les rois C'est un fléau qu'une puissance
qui n'est capable que de nuire. La clémence, quelque demeure qu'elle pénètre, la rend heureuse et paisible; mais, dans celle des rois, plus elle est rare,
plus elle est admirable Le spectacle d'une autorité
paisible et modérée n'est pas autre que celui d'un ciel pur et sans nuage. Un règne cruel est tumultueux et voilé de ténèbres; les peuples tremblent et s'épouvantent à des bruits soudains, et celui-là même
qui trouble tout, n'est pas à l'abri de secousses
Celui à qui la vengeance est facile, s'il y renonce,
obtient sûrement un renom de bonté De mêrtie
que les arbres élagués se reproduisent par de nombreux rameaux, et que certaines plantes repoussent
plus touffues quand on les a coupées, de même la cruauté des rois augmente le nombre de leurs ennemis, en les détruisant. Car les parents et les enfants de ceux qui furent tués, se lèvent à la place de chacune des victimes La clémence apporte, non-seulement plus d'honneur, mais plus de sûreté, elle est en même temps l'ornement des empires, et leur appui le plus assuré. »
Ce que le philosophe romain adresse à Néron ne peut-il pas s'appliquer à François P**? C'était l'opinion de Claude de Hangest, qui disait à l'occasion de ce livre en parlant de Calvin : « Il fit ime chose et en feignit une autre; il s'efforça d'éteindre les feux que le roi avait ordonné d'allumer pour détruire les luthériens. »
Le jeune réformateur poursuivait son œuvre avec une persévérance infatigable, il allait de maison en maison, exhortant les fidèles; il portait aux prisonniers pour la noble cause de l'Évangile des encouragements de vive voix, et les consolait par ses lettres. «C'est par ces procédés, dit le célèbre Etienne Pasquier, qu'il gagna pied à pied une partie de notre France. »
L'évangélisation du réformateur n'a rien de bruyant comme celle de Farel, rien de brillant comme celle dé Luther ; mais si elle a le cachet de sa nature réservée, elle en a la solidité. Il tenait moins à faire des insurgés contre Rome, que des disciples fidèles