CHAPITRE IL
Calvin à Paris. — Ses travaux missionnaires. — Ses succès. — II écrit un Commentaire sur le livre de la Clémence de Sénèque.
— A-t-il voulu donner dans cet écrit une leçon indirecte à François !«'? — Nicolas Cop. — Le discours qu'il prononce à l'octave de la Saint -Martin. — Colère des prêtres. — Nicoliis Cop et Calvin prennent la fuite. — Calvin à Angoulême. — Accueil amical qu'il reçoit du chanoine Louis Du Tillet. — Travaux de Calvin à Angoulême. — Voyage de Calvin à Nérac.
— Accueil distingué qu'il reçoit de Marguerite de Valois. — Détails biographiques sur cette princesse. — Joie du vieux Lefèrre d'Étaples à la vue de Calvin. — Il pressent en lui le futur réformateur de l'Église. — Calvin retourne à Noyon. — Amène quelques membres de sa famille à la foi chrétienne. -— Son retour à Paris. — Affaire des placards. — Colère de François !«'. — Huit bûchers se dressent à Paris. — Calvin prend
• la fuite. — 11 va à Angoulême et avec Du Tillet se dirige vers Poitiers. — Travaux missionnaires de Calvin. — Ses succès.
— Il quitte Poitiers et se dirige vers Orléans avec Du Tillet.
Le jeune réformateur continua à Paris, pendant trois ans (1529 à 1532), l'œuvre qu'il avait commencée à Bourges. On se pressait autour de lui , et la Réforme naissante gagnait par son moyen des adhérents dans toutes les classes de la société. Ses réunions, d'abord secrètes, devinrent publiques, malgré le danger que couraient ceux qui les fréquentaient; mais le désir de
s'instruire leur faisait braver la haine des prêtres, et de toutes parts on venait s'instruire auprès du jeune maître^ qui logeait chez un marchand^ Etienne de La Forge, qui scella, en 1535, sa courageuse fidélité chrétienne par un glorieux martyre; c'est de lui que son hôte dit : «que sa mémoire doit être bénie entre les fidèles comme d'un saint martyr de Christ. »
Pendant son séjour à Paris, Calvin publia (1532) son commentaire sur le livre De Clementiâ\ de Sénèque. Les écrivains ne sont pas d'accord sur le but de l'auteur; les uns croient qu'il voulut donner une leçon indirecte à François P*", le persécuteur des réformés, l'engager à se montrer clément à leur égard et à tolérer le nouveau culte; les autres pensent que l'écrit de Calvin n'est qu'un livre de pure érudition sans rapport direct avec les événements de l'époque. Il nous semble cependant bien difiîcile d'admettre que le jeune savant ait pu faire complètement abstraction des choses douloureuses qui se passaient sous ses yeux, quand il écrivait en quelque sorte à la lueur des flammes des bûchers dressés par la volonté souveraine du roi-chevalier. En effet, on lit dans son traité ces paroles de Sénèque :
«Je me suis proposé, Néron César, d'écrire sur la clémence, pour te servir en quelque sorte de miroir, et en te montrant à toi-même, te faire arriver à la plus