CHAPITRE ne
quartier dans la ville sous le commandement de lui, Perrin, qui demeurerait chargé de la défense de Genève et des terres françaises d'alentour. Perrin fut arrêté, mais les soupçons que sa conduite avait éveillés n'ayant pas amené des preuves positives contre lui, il se vit seulement privé de sa charge de capitaine général.
Les Libertins montrèrent une grande irritation de cette destitution qui les affaiblissait en faisant passer la force publique entre les mains de leurs adversaires; mais un grand nombre de bourgeois, moins irrités de la conduite de Perrin contre Calvin que de sa trahison , à laquelle ils ajoutaient foi, mm^murèrent, trouvant la peine trop douce. Les Deux-Cents, divisés à son égard, se livrèrent à des récriminations mutuelles. Dans les tavernes, dans les rues et sur les places publiques, des rixes avaient journellement lieu, et les Libertins, plus insolents que jamais, se complaisaient dans leurs injures et leurs débauches.
Les pasteurs, indignés et affligés de ces excès qui compromettaient leur œuvre, se rendirent, le 42 décembre 1547, en corps, au Conseil, pour lui déclarer «que ce qui se passe sera la ruiné de la ville, si on n*y apporte un prompt remède.» L'assemblée, ne pouvant terminer l'affaire en une seule séance, renvoya au 16 du même mois son examen et sa décision. Dans l'intervalle, les esprits s'agitent, les passions s'échauffent. Le jour de la séance, une foule immense
assiège là porte de THôtel de ville; les membres du Conseil perdent, en entrant dans la salle de leurs délibérations, 4a gravité qui leur est commandée par leur charge; quelques-uns d'entre eux s'injurient et sont prêts à en venir aux mains. Le tumulte devient général, des menaces sont proférées conti'e Calvin et les pasteurs; des amis vont les trouver à Saint-Pierre où ils sont réunis, les préviennent de ce qui se passe et les supplient de ne pas se présenter à la séance. « Demeurez», dit Calvin à ses collègues, et seul il va à FHôtel de ville, pénètre dans la salle et se présente inopinément devant l'assemblée.
A sa vue, les clameurs redoublent, des épées sortent de leurs fourreaux.
Le réformateur, calme, froid, impassible, attend que le silence soit rétabli, (c Je sais, dit-il, que je suis la première cause de vos discordes; s'il faut du sang pour les apaiser, répandez le mien; je prends Dieu à témoin que je viens m'offrir à vos coups. » Le silence redouble, les plus farieux s'apaisent, les épées dirigées contre la poitrine nue du réformateur peu à peu se rengainent. «La religion seule, dit l'intrépide pasteur, peut vous donner et consolider votre liberté; mais l'union est nécessaire, et si ma présence est un obstacle invincible à la conservation de la paix, je quitterai la ville, demandant à Dieu que ceux qui veulent vivre sous la règle chrétienne, puissent servir la République et la maintenir en prospérité. »