‹ Vie de CalvinChapitre 58 sur 98 · CHAPITRE X. i · texte numérisé non relu

CHAPITRE X. i

})aroles, mais, comme ce qu'il dit a de profondeur! En écrivant à Viret, il se révèle à nous tout entier. «J'ai perdu, dit-il à son ami, la douce compagne de ma vie, celle qui ne m'eût jamais quitté, ni dans l'exil, ni dans la misère, ni dans la mort. Tant qu'elle a vécu, elle a été pour moi ime aide précieuse, ne s'occupant jamais d'elle-même et n'étant pour son mari ni une peine, ni un obstacle... Je comprime ma douleur tant que je puis; mes amis font leur devoir; mais eux et moi, nous gagnons peu de chose. Tu connais la tendresse de mon cœur pour ne pas dire sa faiblesse. Je succomberais si je ne faisais un effort sur moi-même pour modérer mon affliction. y>

La lettre que Calvin écrit à Farel, sur la mort d'Idelette, n'est pas moins touchante. «Adieu, cher et bien-aimé frère, lui dit-il, que Dieu te dirige par son esprit et m'assiste dans mon épreuve, je n'aurais point résisté à ce coup s'il ne m'avait tendu la main du haut du ciel; c'est lui qui relève les cœurs abattus, qui console les âmes brisées, qui fortifie les genoux tremblants. »

Quand Calvin écrivait ces lignes dans le silence de son cabinet, il ne posait pas; il ne jetait sur le papier trempé de ses larmes que ce qui était dans son cœur; mais il répondait â l'avance à ceux qui lui reprochaient de ne pas avoir un cœur.

«En perdant Idelette de Bure, dit M. Jules Bonnet dans la belle et touchante biographie qu'il nous a

donnée de celte pieuse femme, il ne perdait pas seulement la compagne de son ministère et de sa vie , il perdait aussi une vertu. Si le rôle, de la femme chrétienne est de consoler et de bénir, de rappeler sans cesse aux hommes les droits de la charité, trop méconnue dans les siècles de révolution, personne ne fut plus digne qu'Idelette d'accomplir une telle mission auprès du réformateur. Souvent malade et chagrin, aigri par les résistances des hommes et par celles des choses qui ne se plient que lentement aux desseins du génie, Calvin perdit trop tôt ces affections domestiques pour lesquelles il était si bien fait, et dont il n'éprouva que durant neuf ans la salutaire influence. Que de fois, sans doute, dans ces années de luttes héroïques et de secrètes défaillances dont sa correspondance reproduit les phases, il retrouva le calme auprès de la femme courageuse et douce qui ne savait pas transiger avec le devoir! Que de fois peut-être il fut modéré, attendri par une de ces paroles qui viennent du cœur et dont la femme a le secret; et quand enfin vinrent des jours plus sombres, quand la controverse des opinions, se mêlant au choc des partis, suscita Bolsec, Servet', Gentilis, qui peut pire combien les conseils, la miséricordieuse influence d'Idelette de Bure manquèrent au réformateur?

« Ce regret sufiit pour honorer celle dont le nom s'est pour ainsi dire perdu dans la gloire de Calvin, comme son existence humble et cachée s'est écoulée

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