‹ Vie de CalvinChapitre 57 sur 98 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

nir dans sa cruelle épreuve. Depuis longtemps, Idelette ne se faisait plus illusion sur Fissue de sa maladie , elle attendait la mort comme une vierge sage qui ne s'est pas laissée aller au sommeil; elle tenait à la vie non pour elle, mais pour l'homme illustre qu'elle entourait de ses soins les plus tendres et les plus délicats; elle était épouse, elle était mère aussi. «Que deviendront mes enfants?» se disait-elle. Est-il juste que Calvin se détourne des soins qu'il doit à l'Église de Dieu pour les leur donner? Non; sans doute, mais cela la troublait; par délicatesse elle n'en disait rien à son mari; mais celui-ci la devina, et allant au-devant de ses plus secrètes pensées , il lui dit : « Tes enfants seront mes propres enfants.

« — Je les ai, répondit-elle, recommandés à Dieu.

« — Cela n'empêche pas, répondit-il, que je n'en premie soin. »

Idelette , levant alors les yeux pleins de reconnaissance sur son mari, lui dit : « Je sais bien que tu n'abandonneras pas ceux que j'ai confiés au Seigneur. »

Le fardeau qui pesait si lourdement sur son cœur disparut, et joyeuse elle s'avança vers la sombre vallée de l'ombre de la ihort. Un matin, c'était le 6 avril, elle eut un ravissement à la suite d'une pieuse exhortation du pasteur Bourgoin; son visage se transfiguria. «0 résurrection glorieuse, s'écria- 1- elle; ô Dieu d'Abraham et de nos pères , espoir des fidèles depuis tant de siècles, c'est en toi que j'espère 1» Dans ce

moment béni, Dieu lui donnait un avant-goût du ciel. Vers le soir du même jour, elle eut une défaillance, et sentant que la voix allait lui manquer, elle dit à ceux qui l'entouraient: «Priez, ô mes amis, priez pour moi!» son mari s'approcha alors de son chevet; elle leva ses yeux mourants vers lui; mais dans leurs regards il y avait de la joie; elle était heureuse de voir prés d'elle l'homme qui l'avait élevée jusqu'à lui et entre les bras duquel elle allait avoir la douceur de rendre le dernier soupir. Calvin, surmontant sa douleur, ne lui parla pas de lui, mais de la céleste patrie, puis, tombant à genoux, il pria; la mourante suivit sa prière, puis peu à peu le voile de la mort s'étendit sur son visage, et elle s'endormit sur la terre pour se réveiller dans le ciel.

La douleur de Calvin ne fut pas bruyante, il courba la tête et se soumit. Celui qui le lendemain des funérailles d'Idelette l'eût vu, vaquant à ses occupations habituelles, eût dit, s'il ne l'eût pas connu: «Cet homme n'a pas de cœur.» Mais s'il l'eût vu dans sa maison vide de celle qui la remplissait de sa douce présence, il eût compris, a son abattement, toute la grandeur de son deuil. Chez Calvin, il y a deux hommes : l'homme public et l'homme privé; le premier paraît inaccessible aux affections humaines; ce qui trouble les autres ne paraît pas même l'émouvoir; le second se montre dans l'intimité tel qu'il est; il est sans doute toujours réservé, toujours sobre de grandes

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