‹ Vie de CalvinChapitre 68 sur 98 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

trahissant la ville qui leur a donné refuge!!! Certes, capitaine, s'écria-t-il, en s'adressant à Perrin, je m'émerveille de vous voir ces soupçons, vous ne les aviez pas il y a dix ans, lorsque vous vouliez admettre dans la ville deux cents chevau-légers assermentés au roi de France. Moi, je tiens qu'il faut laisser toute liberté à des gens qui nous apportent fidélité, honneur et argent; la ville s'en trouvera grandement bien, si nous retenons bourgeois les hommes de bonne conduite et de bon témoignage. »

Ces sévères et nobles paroles furent comprises; les calomnies contre les réfugiés retombèrent dans la boue d'où elles étaient montées ; la République eut quelques heures de tranquillité et continua à accorder le droit de bourgeoisie aux réfugiés. Les Libertins résolurent alors de faire, par la force, ce qu'ils n'avaient pu faire par les arrêts du Conseil; ils conçurent le projet de massacrer les réfugiés. Les principaux chefs, Berthelier, Pemn, Donna réunirent, le 18 mars 4555, leurs affidés dans une taverne; «là, dit Bonivard, ils déchirèrent, à beaux coups de langue, les Français et le parti français; après que la langue eut fait son office, le vin aidant, les pieds et les mains firent le leur. »

Tous étaient prêts, à l'exception de Perrin, il hésitait; mais on l'attaqua par son côté faible, la vanité : «Le peuple n'attend que vous, compte sur vous,» lui dirent ses complices; aviné, il se lève : «Marchons, 5)

dit-il; et bientôt après, toute la ville est en énaoi, chacun saisit ses armes et s'informe de la cause du tumulte; quand elle est connue, tous les bons citoyens courent droit aux Libertins et les dispersent : les réfugiés étaient sauvés.

A cette épocpie, toute tentative de la nature de celle des Libertins entraînait forcément la mort de leurs auteurs; Téchafaud se dressa à Genève, le sang coula, plusieurs têtes tombèrent, entre autres celle du frère de Berthelien; celui-ci et Perrin n'évitèrent la mort que par la fuite.

La justice se montra rigoureuse, trop rigoureuse peut-être, à l'égard des Libertins; mais, ne l'oublions pas, Genève n'avait pas d'ennemis plus dangereux que ces faux patriotes, toujours prêts à la livrer au roi de France et au duc de Savoie. Si on se fut montré miséricordieux, ils eussent taxé de faiblesse la compassion des magistrats, et ils eussent recommencé le lendemain les excès de la veille; un exemple devenait malheureusement nécessaire; il fiit donné, et il fut justifié par la conduite de ceux des Libertins qui évitèrent la mort par la fuite et cherchèrent un asile aux environs de Genève. En vrais brigands, ils rôdaient autour de la ville, et plusieurs citoyens inoffensifs tombèrent sous les coups de leurs poignards. Les magistrats genevois portèrent plainte à Messieurs de Berne sur les terres desquels se trouvaient les Libertins. Les Bernois, qui n'aimaient pas Genève, tolérèrent long-

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