‹ Vie de CalvinChapitre 67 sur 98 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

amis! disaient-ils aux Français ^ vous étiez bien pressés de quitter votre pays, le Dieu de pâte vous faisait donc mal à la gorge. Maugredieu ! ces gens qui fuient le feu de rÉvangile vous font bien renchérir les marchandises... Voyez, disaient les femmes des Libertins, quand les Français sont ici, on ne fait rien de bien à ceux de la ville. Que le Diable rompe le cou à tous ces Français ! Il n'y en a pas un qui soit homme de bien. »

Les Libertins ne se bornèrent pas à des insultes, ils en vinrent à des voies de fait, plusieurs Français eurent leurs boutiques saccagées et reçurent des blessures. Les hommes qu'on traitait ainsi n'étaient pas des lâches, ils avaient donné au monde un exemple éclatant de leur fidélité à leur foi religieuse; ils lui avaient sacrifié leur repos, leurs biens, et plusieurs une grande et opulente existence, comme Galéas, marquis de Vico ; ils n'étaient pas de mauvais citoyens, puisque tous donnaient l'exemple de la soumission la plus complète aux lois et concouraient à asseoir la liberté sur les bonnes mœurs; mais leurs vertus chrétiennes et leur amour pour Genève devinrent leur crime aux yeux des Libertins, qui se croyaient les seuls patriotes.

Amied Perrin et Berthelier excitèrent la susceptibilité genevoise contre les Français. Le premier proposa au Conseil> le 10 avril 1553, qu'on enlevât le§

armes aux réfugiés à Texception de Fépée qu'ils ne devaient même pas porter en public; Tannée suivante, il demanda qu'on la leur ôtât. La haine, quand elle arrive à un certain degré , ôte jusqu'à la raison à ceux qu'elle atteint. Amied Perrin osa affirmer qu'il ne voulait désarmer les réfugiés que parce qu'ils avaient formé le projet de livrer Genève à Henri II, et il en donnait la preuve dans une lettre qu'Henri II avait écrite au sénat de Berne.

Cette fois, les réfugiés perdirent patience. «Nous des traîtres! dirent-ils, nous, livrer Genève à Henri II, et nous remettre entre les mains de cette Catherine de Médicis qui se baigne, avec son mari, dans le sang de nos frères! quelle exécrable calomnie!» et ils sommèrent Perrin de fournir ses preuves. Un citoyen honorable de Genève, le syndic Lambert, se présenta devant le Conseil des Deux- Cents: «Messieurs, leur dit-il, je me demande pourquoi le capitaine Perrin et le seigneur Vandel s'irritent si fort contre la bourgeoisie des étrangers, disant qu'ils chasseront les anciens de la ville et la livreront au roi ou à quelque autre prince. Advisez, quelle ressemblance a cette accusation! Ces hommes sont de diverses contrées, mœurs et langues; à quels propos s'uniraient-ils pour nous trahir et nous chasser? Ils ont abandonné leurs pays, parents et amis, tous leurs biens terriers pour ne pas désobéir aux commandements de Dieu; et maintenant ils se remettraient au pouvoir des princes, en

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