CHAPITRE XÏV
tenant plus de condamnation pour ceux qui sont en Jésus-Christ. »
Ouvrier jusqu'à la dernière heure de la journée , Calvin surmonta, par l'énergie de sa volonté, ses souffrances corporelles, et continua à vaquer à ses occupations ordinaires. Les Genevois, à la vue de leur réformateur, sur la figure duquel la mort avait apposé son empreinte sacrée, s'étonnaient et ne comprenaient pas que dans le corps d'un mourant il y eût tant d'énergie. On le plaignait et on l'admkait; et lui, insensible à tout ce qui lui était personnel, utilisait les heures qui lui restaient à vivre, avec autant d'ardeur que les hommes ordinaires en mettent à les dilapider. Il tentait l'impossible, et il réussissait. Le mal, plus fort que sa volonté, lui dit cependant un jour : (( Tu n'iras pas plus loin » : il dut s'arrêter. Le 6 février 1564, une hémorrhagie se déclara pendant qu'il prêchait. A dater de ce moment, ses médecins lui interdirent toute fonction publique: il courba la tête et se soumit.
Sa maladie s'aggrava d'une manière alarmante. Son corps refusait toute nourriture, et pendant plusieurs jours il ne but qu'un peu d'eau : ses souffrances étaient si vives qu'elles lui arrachaient des cris de douleur, mais jamais un seul murmure; quand elles étaient trop violentes, il s'écriait, en joignant les mains et levant les yeux au ciel : «Ah! mon Seigeur! jusques à quand boirai-je encore de ce calice? » Et
Dieu, que ses enfants n'invoquent jamais en vain, entendait ses plaintes et le fortifiait par ses consolations.
Quand l'illustre malade éprouvait un moment de bien-être, il le consacrait à l'étude; à ses amis qui lui recommandaient le repos, il disait : « Quand le Maître viendra, voulez-vous qu'il ne me trouve pas veillant?» Si un accès de douleur survenait au milieu de ses travaux, il s'écriait : « Je me suis tu. Seigneur, car c'est toi qui l'ordonnes; voici, ta main me brise; mais je souffre avec patience ta sainte volonté. î>
Jusqu'au 2 avril, ses jours s'écoulèrent péniblement; mais son esprit ne se ressentit pas de la faiblesse de son corps; il conserva la plénitude de sa fière intelligence, et son âme se sanctifia au contact de la souffrance; aussi on est saisi d'admiration et d'étonnement, à la vue de cet homme qui, semblable à une lampe qui va s'éteindre , s'occupe des affaires de la République et de celles des Églises comme aux jours les plus actifs de sa vie. Son cœur, profond dans ses sentiments, mais peu expansif, découvre alors toutes les richesses qu'il renferme; pour ceux qui l'entourent, ce n'est pas un grand homme qu'ils vont perdre, c'est un ami que la mort va leur enlever; ceux qui n'ont jamais aimé sont-ils aimés ainsi?
Calvin, qui avait enseigné l'obéissance aux pouvoii^s établis et qui l'avait pratiquée, exprima le désir de