‹ Vie de CalvinChapitre 90 sur 98 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

faire une dernière visite à Messieurs du Conseil Les magistrats, l'ayant appris, le prévinrent et se transportèrent auprès de son lit; le malade les remercia affectueusement de la haute marque d'amitié qu'ils lui donnaient, et leur parla avec un accent de voix qui les toucha profondément : sa voix avait perdu ce cachet austère qui lui était particulier; c'était un ami qui parlait à des amis, et quoique, comme l'apôtre Paul,. il eût de grands sujets de se glorifier, il s'humilia comme s'il eût été le plus petit d'entre ses frères, et fît une confession de ses fautes : «Je vous remercie, dit-il aux magistrats, de ce que vous m'avez fait plus d'honneur qu'il ne m'appartenait, et m'avez supporté en plusieurs .endroits comme j'en avais bien besoin. Tenez-moi pour excusé à cause de mes infirmités , lesquelles Dieu me garde de nier. Veuillez prendre à gré mon petit labeur, et que ce bon Dieu nous conduise et nous gouverne toujours , et augmente ses grâces sur nous et sur notre peuple. y>

Après les magistrats, les pasteurs vinrent lui faire leurs adieux. Calvin, arrêtant sur eux ses regards attendris, les remercia de cette dernière marque d'affection qu'ils lui donnaient; il rappela les travaux de son ministère et ses luttes orageuses avec ses adversaires, et déplora, en termes touchants, toutes les lacunes qu'il apercevait dans ses travaux, cj'ai eu, leur dit-il, beaucoup d'infirmités et même tout ce que

j'ai fait n'a rien valu. Les méchants prendront bien ce mot; mais, je le dis encore, je suis une misérable créature; mais si mes vices ont déplu, je puis dire que la racine de la crainte de Dieu a été en mon cœur, que l'afifection a été bonne, et je vous prie que le mal me soit pardonné; mais s'il y a eu du bien, que vous vous y conformiez pour le suivre. » Les pasteurs lui serrèrent la main et se retirèrent les larmes aux yeux.

Le jour de Pâques, 2 avril, il voulut, malgré ses souffrances, assister une dernière fois au service religieux et y recevoir la communion. Il se fit transporter dans cette vieille et belle église, où il avait donné, vingt-cinq ans auparavant, ses premières leçons smr l'Écriture sainte, et du haut de la chaire de laquelle il avait si souvent annoncé le conseil de Dieu, et déployé, dans des circonstances remarquables, une admirable énergie pour disputer à des bouches profanes le corps de son Sauveur... A son arrivée, tous les regards se diiîgèrent vers lui; il est maigre, pâle, défait...; mais son regard, où la vie s'est réfugiée tout entière, n'a rien perdu de son éclat accoutumé : chaque fidèle, en le voyant, sent instinctivement qu'il le voit pour la dernière fois; il se rappelle tout ce que cet homme a fait pour l'Église et pour la patrie, et pressent le vide immense que la mort va faire au milieu d'eux en le leur prenant; et cependant il est loin d'avoir atteint l'âge où l'homme est sans lendemain;

THÉODORE DE BËZE.

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