L'AUTEUR
ATJ PUBLIC.
Lorsqu'un historien entreprend d*ëcrire la vie d'un personnage quelconque , il ne faut jamais que sa plume soit conduite par des motifs d'intérêt, ou qu'elle soit vendue à un parti-, il doit peser, dans sa sagesse , les actions de son héros , et les tracer sans fard : il faut , en un mot, qu'il soit un peintre fidèle 5 que dans ses couleurs on retrouve celles ^ de là nature -, qu'il n'embellisse point, mais qu'il représente son sujet tel que si les spectateurs l'avaient encore sous les yeux. Je sais
fort bien qaHia bidarien, comme un peintre, peut se tromper dans son tableau ; mais du nioins il doit chercher, le plus qu'il est en son pp.uyoir , à approcher de la vërité 5 il doit retracer comme il voit, comme il sent, CQmmçil juge^ etsi parfois il s'écarte de la vérité, on ne peut que l'accuser de ne pas avoir, ^)ien saisi la nature sur le^fait.
J'ignore si l'pn me fera, ce reproche; mais du. moins, si j'ai çrré dans quelques . parties, de cet ouvrage , on n'y retrouvera pas le fiel que bien des historiens de nos jours mettent dans leurs écrits : j'ai dit là vérité, et j'ai écrit avec impars tialité.
Cet ouvrage, je le pense, ne peut
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manquer d'intéresser le public, si-*' non par la manière doieà il est écrit , au moins par Fimportance du personnage dont j'entreprends de donner Fhistoire.
Il a figuré dans nos troubles civils d'une manière assez remar-^ qiiable -, sous TEmpire il parvint au faite des grandeurs, et depuis la restauration , forcé de se tenir à Fécart, il se contenta philosophiquement d'une fortune considérable, qu'il eut le bon esprit d'amasser pendant sa grandeur. Souvent il prit une fausse route; mais durant le cours de son autorité on ne peut lui en reprocher l'abus. Son caractère ne briUa pas par cette force de courage qui porte celui qui en est doué à
résister à tout ce qui est injuste^ à rompre, mais jamais à plier. Souvent dans nos orages politiques il louvoya et se laissa entî*ainer, avec la majorité, dans des excès; mais on ne peut lui imputer aucun de ces abus du pouvoir qui caractérisent bien souvent ceux qui le possèdent»
Sous rEmpire, il plia sous la verge de fer du chef du gouvernement, eWla au-devant des vœux de ce dernier toutes les fois qu'il demanda des hommes et de l'argent. Dans ces grandes circonstances, Napoléon trouva toujours le prince archichancelier disposé à lui prêter Tappui de son éloquence ^ je citerai même quelques fragmens des dis-
cours remarquables qn'il prononça dans ces circonstances , et par là le lecteur sera plus à même de juger Cambacërès, quetoutesles réflexions que je pourrais faire sur lui 5 car c'est toujours par les actions que l'on doit juger les hommes.
Cambacérès a eu la meilleure table de Paris-, son cuisinier était cité avec les plus grands éloges. Nous avons vu bien souvent, et nous voyons encore de nos jours quel usage on peut faire d'une bonne table. En un mot, je tâcherai de rendre cet ouvrage piquant par l'exactitude des faits , la vérité toute simple , et le récit de quelques anecdotes que jecrois peu connues. Je ne m'écarterai pas de la plus stricte im-
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partialité , qjsud f ai choisie pour ëpi« graphe. Puissent mes efforts être couronnés. par le succès!
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CAMBACERES.
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Jean - Jacques -RiGis de CAMSAciRÉs naquit à Montpellier, le i5 octobre 17^3, d'une famille de robe. Son père , dont la fortune était très-bornée, lai fit cependant donner une éducation très-soignée; s'il fit des sacrifices à cet; égard il n'eut pas à s'en repentir, car le jeune Régis se distingua toujours au collège d'Aix par son application et par des progrès sensibles. Doué d'une grande facilité et de beaucoup d'intelligence, il seconda ces précieuses qualités par un travail opiniâtre, et se Toyant bientôt à même de dé« buter dans la carrière du barreau , il le fit avec avantage. Je ne m'appesantirais pas sur les premières années de celui dont j'écris l'histoire, si les premières
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impresdons de renfanœ n'avaient; pas une influence considérable sur le reste de notre vie. Cette influence se fit sentir particulièrement oh^z Cambacérès^ il était très- instruit dans la jurisprudence, il conserva toujours l'habitude du travail, mais ne put jamais se défaire de son ambition, de son caractère craintif, et d'un goût de collège qu'il conserva toute sa vie , ou du moins tant que ses forces le lui permirent. Son ambition avait d'abord un but louable , celui de rendre à son père l'ûsance qu'il n'avait plus , des malheurs ayant forcé ce dernier de quitter Montpellier, pour se retirer à la campagne, ^on caractère craintif et pusillanime venait peut-être de la faiblesse de $a constitution, mais toujours est>il certain qu^au coHége il fut en butte aux railleries de ses condisciples, et que déjà dans ce temps il était sans cesse de l'avis de la majorité. Quant à ce goût de collège qu'on lui reprocha, je ne m'étendrai pas sur ce sujet, quoiqu'il prête à plusieurs plaisanteries qui lui furent souvent faites, et qu'il soit le sii^et d'un grand
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nombre de caricatures qui furent expo^ sées en 18x4. Sans doute que Caxnbacérès a des fautes à se reprocher, maisracharnement qu'on mit contre lui à cette époque ne prouve pas en faveur de ceux qui attaquent un homme abattu , et auquel , dans sa longue carrière politique , on ne peut reprocher aucun abus de pouvoir.
L'impartialité que je veux mettre dans cet écrit me force d^avouer que le caractère souple et craintif de Gambacérèâ peut prêter à rire; mais est-il bien le seul ? Si parmi les puissans de notre époque je voulais chercher ceux qui se sont bassement dévoués aux volontés > je dirai même aux caprices de celui qui gouvernait alors la France y il en est un certain nombre que je pourrais citer: mais comme mon intention n'est pas de me mettre en guerre ouverte avec ces messieurs, je laisse de côté leurs faits et gestes pour ne m'occuper que de ceux du héros que j'ai choisi.
' Le jeune Cambacérès futt^l^ntôt connu par ses talens pour le barreau. Il débuta dans cette carrière d'une manière remai>
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quable. Malheureusement je n'ai pu retrouver aucun des discours qu'il prononça à cette époque. Il obtint bientôt après due charge de conseiller à la dour des comptes de Montpellier, s'y distingua et fut nommé rapporteur de cette cour souveraine dans les affaires^ importantes. Il y resta jusqu'au moment où le monarque qui alors régnait en France convoqua les états-^généraux.
Quoique je n'aie entrepris que la tâche d'écrire l'histoire de Cambacérès, puisque je dois donner une idée de ses principes politiques, il est nécessaire d'entrerr dans quelques détails des événemens qui ont précédé la tenue des états -généraux.
Ces détails se trouvent trop intimement liés avec sa vie , pour que je puisse les passer sous silence.
La France depuis long-temps sollicitait le bienfait de la tenue des états. Depuis les troubles politiques du règne de Henri III, on n'y avait pas eu recours, et encore à cette époque les délibérations prises furent-elles illusoires. Depuis, et après le règne de Henri IV , les dé-
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penses excessives da règne de Louis XTV, ses guerres continuelles qui avaient mis la France à deux doigts de sa perte , les folles dépenses du règne de Louis XV, avaient obéré entièrement le trésor public. La plupart des ministres, en prenant le porte-feuiHe, n'avaient apporté que des moyens palliatifs; d'autres y ne cherchant qu'à se maintenir par des concessions et surtout à force d'argent, dans le poste où l'intrigue les avait placés , creusaient encore l'abîme où venaient s'engloutir les richesses de la France, sans profit et sans honneur pour elle. Deux ordres de l'Etat, la' noblesse et le clergé , possesseurs de biens immenses, n'étaient pas soumis à l'impôt. L'instruction gagnant la masse de la nation lui fit entrevoir l'abîme où l'entraînait la marche que suivait le gouvernement; toutes ces causes réunies firent sentir le besoin d'une marche sure et ferme, qui pût préserver le vaisseau de l'Etat de la tempête dont il éuit menacé; on le dit, et on le dit hautement.
Quels moyens employèrent les ministres pour parer le coup inévitable qui se pré-
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parait? aucun. Occupés de petites iû*trigues, cherchant à se supplanter les uns les autres, ils ne virent pas l'orage qui se formait, et ce ne fut que lors de l'opposition des parlemens^ qu'ils virent que la nation se prononçait hautement en faveur de ces derniers. On proposa des emprunts ^ mais le crédit public était épuisé , la moralité des ministres ne présentait aucune garantie. Le monarque ne vit pas de meilleur moyen que la convocation des états-généraux, où la nation, représentée par ses députés, aviserait ellçméme aux moyens de relever le cxédit public, et d'établir la perception des impôts de manière que la recette })alançât la dépense.
Ce rapide exposé sufidt pour faire peser par le lecteur le parti que prit alors Cambacérès , car c'est à cette époque qu/B commence sa vie politique. Il prit alors le parti des parlemens contre la cour, et bientôt fut nommé électeur de la no* blesse ; ses talens à cette époque parlèrent en sa faveur, et ses collèg;ueis, appréciant l'étendue de ses connais$anc^s,' le choi*
citent pour rédacteur de leurs séances.
Nommé député suj^léant à l'Assemblée constituante, il n'eut pas occasion d'y paraître» et resta à Montpellier pendant tout le temps que durèrent les séances de cette assemblée. Il ne prit aucune part aux événemens remarquables qui se passèrent dans ces circonstances, ils étaient poUsTtapt de nature à émouvoir le cœur de tout Français. Mais quoiqu'à cette époque, la majorité de la nation fût prononcée pour VAssemblée, d'anciennes ha-^ bitudes, les craintes de quelques-uns, et durtout le peu d'instruction qui existait alors, donnaient à la noblesse et au clergé une force morale capable de balancer pour un temps l'influence que l'Assemblée avait sur le peuple. Je l'ai dit et je le répète, je n'ai pas l'intention de faire l'histoire de la révolution, et si j'en parle, c'est que l'histoire de Cambacérès est si intimement liée avec elle, que je ne puis écrire l'une sans parler de l'autre. Je viens de dire que la lutte, à c^e époque, était à peu près égale ; il n'est donc pas étonnant que Cambacérès se soit abstenu d'eu-
trer d$ns la lice. L'idée que j*ai cherché à donner de son caractère, idée que le lecteur sera à même de vérifier lorsque nous donnerons quelques fragmens de ses discours, le démontre clairement. Aussi n'avons- nous rien d'intéressant à rapporter jusqu'à l'époque où l'Assemblée législative succéda à la constituante. Il ne fut pas encore de cette assemblée , mais à cette époque il exerçait à Paris laprofession d'avocat. Non-seulement son goût, ses études le portaient à prendre ce parti, mais encore c'était là que l'on pouvait être le plus en évidence. Il sentait alors le besoin de se faire remarquer pour pouvoir arriver à la richesse j ce fut toujours le but de son ambition , et de ce côté elle a été satisfaite. Il ne travailla pas en vain. L'Assemblée législative termina ses séances et fut remplacée par la Convention nationale, Cambacérèsy parut, en septembre 1792, comme député du département de l'Hérault.
C'est maintenant que s'ouvre devant nous la vaste carrière politique que Cambacérèi a parcourue ; nous allons le sui-
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Vre dans les divers comités de législation où il a figuré; nous le verrons à la séance mémorable où la Convention, sans en avoir reçu le mandat de la nation , osa mettre en jugement l'infortuné Louis XVI.
Nous le verrons encore Mais n'anticipons point sur les événemens, et contentons-nous d'indiquer exactement les événemens extraordinaires dans lesquels Cambacérès peut avoir figuré.
Je suis encore obligé de rentrer dans le domaine de l'histoire générale de cette .époque, pour faire ressortir .la conduite politique de celui dont j'entreprends d'écrire l'histoire. Quelques considérations sur l'état des choses me semblent nécessaires dans ce moment. Peut-être trouvera-t-on que je ne me suis pas assez appesanti sur l'enfance de mon héros, et que, semblable à ceux qui écrivent l'his* toire comme un roman, je n'ai pas rendu compte de ses premières années , des prix qu'il eut au collège, et du nombre ^e fois qu'il reçut le fouet avant d'entrer en rhétorique ; car alors c'était à coups de verges qu'on inculquait la science : je ré-
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f>ondrai en deux mots , que j'aurais pu , peut -être mieux que tout autre, centrer dans ces détails , trop minutieux pour un précis historique^ et qui peuvent tout au plus se supporter dans des mémoires; mais qu'ayant donné des bornes à cet ouvrage, je n*ai dû m'âttacher qu'à présenter fidèlement les faits tels qu'ils se sont passés. D'ailleurs le lecteur pourra plus facilement se faire une idée de l'homme par ses gestes, par ses discours et quelques anecdotes, que par tout ce que j'aurais pu dire en pareil cas. L'on peut être assuré, du reste , que rien de ce qui est intéressant ne sera omis.^
Le ao septembre 1792, les neembres nommés àla Convention s'étantréunis dans une des salles des Tuileries , se constituèrent en Convention nationale y et l'Assemblée législative (i) leva sa dernière séance: mais il s'était passé de grands événemens« Le peuple, après plusieurs mouvemens, plus ou moins forts, plus ou moins tragiques, avait assiégé le palais du roi, le 10
(i) EUe siégeait aa Manège.
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aoùl X791. Louis XVI avait été forcé de chercher un asile dans le sein de TAssem^ hlée législative, et cet infortuné monarque avait été, ainsi. que sa famille, en-' fermé dans la prison du Temple. Déjà les partis qui déchirèrent la France avaient préludé aux excès qui, dans la suite ^ dés^ honorèrent cette révolution qui avait commencé avec tant de chances pour le bonheur du peuple. Les rois voisins, furieux de voir un peuple conquérir sa liberté par la force, tremblans sur leurs trônes , et voyant le pouvoir despotique entièrement détruit si les peuples, pre* nant exemple snr les Français, forçaient les souverains à leur donner des garanties) les rois, dis*je, se coalisèrent et ne trouvèrent pas d'autres remèdes aux maux qu'ils prévoyaient, que la divisipn à jeter parmi les partis , afin de les affaiblir et pouvoir ainsi reconquérir leur pouvoir.
L'or fut mis en usage pour ceux que l'on espéra pouvoir gagner. Ce qui le prouverait presque, c'est le changement de conduite de Robespierre après son voyage à la frontière. Ce n'était plus l'homme qui
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voulait le bonheur de gon pays, c'était un misérable qui avait trafiqué du sang de ses compatriotes. Il est à remarquer que de tous les personnages importans qui ont marqué dans notre révolution , il ne resta que ceux que la fuite avait dérobés à la hache révolutionnaire, ou qui se réfugièrent dans les rangs des bourreaux. Tous ceux qui voulurent rester à leur poste pour défendre pied à pied les droits de la justice et de l'humanité, furent sacrifiés parleurs barbares collègues.
Les membres de ces parlemens , qui les premiers avaient montré à la natioa l'exemple de la résistance aux actes des ministres qui trompaient le monarque, marchèrent à Téchafaud pour expier le tort d'avoir voulu être libres ; et ce furent les mains de ceux qui se disaient patriotes par excellence , et qui chaque jour portaient atteinte à la liberté de leur patrie, qui .firent tomber ces fêtes respectables. Eloignons nos yeux de ce tableau d'horreur : si Cambacérès n'eut pas le courage de s'opposer à ces infamies , du moins on ne peut pas entacher sa mé-
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moire du reproche d'y avoir figuré; là comme ailleurs , tremblant pour lui-même, il se rangea de l'avis de la majorité.
Dès les premières séances de la Convention , les partis en vinrent aux mains , mais cependant elle se réunit à peu près sur le principe de l'abolition de la monarchie , et la France fut déclarée une république. On changea l'ère existante , et l'oa data de l'an i*'^ de la république française. Cependant la Conventicai voulut marquer une apparence de justice en ordonnant à Garât, alors ministre, de poursuivre les auteurs du massacre des prisons ; je dis une apparence , parce que Robespierre et les autres agens de l'étranger qui composaient une partie de ce qu'ils appelaient la Montagne y savaient bien d'où partait le coup, et étaient assurés que les mesures ne seraient pas prises en consé^ quence. Cambacérès se trouvait de la Montagne; mais à cette époque, il ne parla pas d'une manière remarquable, et par son silence sembla approuver ce qui se passait alors. Ce n'est qu'à l'époque du procès de l'infortuiié monarque qui paya
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de sa vie le bien qu'il voulait faire à !â nation, et les intrigues de ceux qui l'en'-i touraienty que Cambacérès fut bien en évi^ dence. Lorsqu'on voulut juger Louis XVl, Cambacérès proposa et fit adopter que ce monarque pourrait librement communi-^ quer avec ses conseils, principe de justice que l'on voulait encore éluder. Lors;que Target refusa de se charger de la défense de ce malheureux monarque, €am« babérès ne craignit pas de blâmer cette action comme dangereuse à imiter; il de* manda que la Convention nommât elle-* même deux conseils à Louis , et que Ton choisît de préférence ceux qui se présenteraient pour cette fonction épineuse. La discussion allait s'ouvrir sur ce sujet, lorsque le vertueux Lamoignon Maies-* herbes s'offrit pour remplir ces fonctions si honorables. Tronchet accepta ainsi que Desèze. Honneur à ces hommes vertueux qui ne balançaient pas entre le danger et leur conscience!
Sur la première question : Louis gst-ii coupable, de conspiration contre la liberté de la nation , et d'attentat contre la su*
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reté générale de l'État? Cambacérès a rép<Midu : Oui, Voilà certainement une taché à sa mémoire ; mais alors le parti dominant avait tellement de force, que s'opposer à ses vues c'était se mettre en péril évident; ce qui le prouve, c'e;st qu'il n'y eut qu'un seul membre de la Convention qui osa le faire : ce fut Kersaint. Sur la seconde question : Le jugement sera-t-^l soumis à la ratification du peuple ? Cambacérès a répondu : « !Nous devions aussi renvoyer à la sanction du peuple le décret par lequel nous nous sommes constitués juges; nous ne l'avons pas fait: je dis^iVoR. >
Cest le i6 mars, à 7 heures du soir, que se termina le second appel nominal.
Avant de passer à la troisième question qui fut proposée, je vais tâcher de donner quelque idée de la conduite que tint Cambacérès dans cette circonstance. A Ta première question sur la culpabilité de Louis, il répond afïïrmativement. Il se présente deux hypothèses : ou Cambacérès était républicain de bonne foi, et dans ce cas il devait trouver coupable celui
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qui y par tous les moyens qui étaient en son pouvoir, même par l'intervention armée des puissances de l'Europe, cherchait à reconquérir le trône tel qu'il l'avait reçu de ses ancêtres. Je ne m'occuperai pas ici de discuter si véritablement le peuple avait le droit de forcer le souverain à se dépouiller d'une partie de ses privilèges, et si l'infortuné Louis XVI a été entraîné à de fausses démarches par des gens intéressés à ce que l'ancien ordre de choses se maintînt; cela sort de la route que je me suis tracée. J'admets que Cambacérès ait agi de bonne foi, on voit cependant qu'il discute à la Convention le droit de se constituer en corps judiciaire; et en effet, Cambacérès était jurisconsulte , et il voyait clairement que la Convention s'étant déclarée régulatrice de l'État, c'était ajouter le pouvoir judiciaire au pouvoir exécutif, et par conséquent retomber dans le despotisme, que l'on prétendait vouloir éviter. D'ailleurs, l'acte fondamental de la constitution portait que la personne du roi était inviolable et sacrée ; que dans le cas où il s'entendrait avec les ennemis de
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TÉtat, il était censé avoir abdiqué , rentrait dans la classe des particuliers, et ne pouvait être poursuivi que pour des faits postérieurs à son abdication. La constitution était donc visiblement violée par le jugement de Louis XVI, et Cambacérès accorda sa conscience de républicain avec les principes de droit, en discutant la possibilité de mettre Louis XVI en jugement, et en }e trouvant coupable. Dans la seconde bypotbèse, Cambacérès se trouvait du nombre de ceux qui , pour sauver leur vie , se seraient réfugiés dans les rangs des Montagnards, mais sans être comme eux vendu à l'étranger, car, à cette époque, sa fortune était médiocre, et ce n'est que du moment qu'il fut nommé ministre de la justice , qu'elle prit ime espèce de consistance : dans ce cas, la peur seule lui aurait fait trouver Louis coupable; et, comme nous le verrons plus bas, il tâcba de faire obtenir un sursis , «spérant par là empêcher l'exécution que voulaient les Montagnards. Il accordait encore, dans ce cas, sa conscience avec ce qu'il croyait dévoir à sa sûreté per-
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sonnelle. C'est cette malheureuse inertie qui perdit le monarque, car si tous ceux qui répugnaient à sa mort eussent voté en conséquence, certes la majorité eut été en leur faveur. H est évident que, datis ce cas, Cambacérès peut être accusé de faiblesse et non d'injustice. Je vais passer à la troisième question qui fut proposée, et mettre le lecteur à même de se former ufte idée de Cambacérès , par les moHfs sur lesquels il appuya son vote.
J'ai dit plus haut qu'il était 7 heures du soir lorsque la deuxième que&tion fut résolue, sur la motion de Danton; on conti-> nua sans désemparer, et ce troisième appel nominal dura jusqu'au lendemain soir à la même heure. Quelle peine sera inflU gée à Louis? Lorsque le tour de Cambacérès vint , il monta à la tribune et parla ainsi : « Citoyens, si Louis eût été conduit devant le tribunal que je présidais, j'aurais ouvert le Code pénal et je l'aurais condamné aux peines établies par la loi contre les conspirateurs \ mais ici j'ai d'autres devoirs à remplir. L'intérêt de la Erance, l'intérêt des nations ont dé-
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terminé la Convention à ne pas renvoyer I^ouis aux juges Ordinaires ^ et à ne point assujétir son procès aux formes prescrites. Pourquoi cette distinction? c'est qu'il a paru nécessaire de décider de son sort par un grand acte de justice nationale; c'est que les considératioi^ politiques ont dû |N:évaloir dans cette cause ' sur les règleis de Tordre judiciaire;, c'est qu'on a reconnu qu'il ne fallait pas s'attaçlxer servilement à l'application de la loi, mais chercher la mesure qui pa*raissait la plus utile au peuple. La mort de Louis ne nous présenterait aucun de ces avantage,s; la prolongation de son existence peut au contraire nous servir.
Il y aurait de l'imprudence à se dessaisir d'un otage qui doit contenir les ennemis intérieurs et extérieurs.
» D'après ces considérations, j'estime qhe la Convention nationale doit décréter que Louis a encouru les peines établies contre les conspirateurs par le Code pénal; qu'elle doit suspendre l'exécution du décret jusqu'à la cessation des hosti^ lités, époque à laquelle il sera définiti-
vement prononcé par la Convention on par le Corps législatif, sur le sort de Louis , qui demeurera jusqu'alors en état de détention : et néanmoins, en cas d'invasion du territoire français par les ennemis de la république, lé décret sera mis à exécution. » Il émit ensuite son vote en ces termes , en réponse à la question : Quelle peine infligera-t-on à Louis ?^ « Les peines prononcées par le Code pénal, avec sursis jusqu'à la paix; alors la faculté de commuer ces peines : mais leur, exécution rigoureuse dans les vingtquatre heures de l'invasion qui pourrait être faite du territoire français par l'ennemi. » Il n'y a pas de doute que si ce vote eût été admis , Louis XVI était sauvéj « et les chefs du parti Montagnard le sa-
vaient si bien, qu'ils firent écarter, par l'ordre du jour, ,tout ce qui pouvait tendre à reculer le jugement. Nous avons vu que c'est sur la motion de Danton, que la séance du i6, qui durait depuis le matin, liit prolongée , et que c'est sans désemparer que l'on s'occupa de la troisième question. Je le répète : qu'on accuse Cam-
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bacérès Je lâcheté, défaut qui à cette époque lui fut comnnui avec bien d'autres, à la bonne heure; mais on doit au moins supposer que ses intentions étaient pures.
C'est avec l'accent de la douleur que le président Vergniaud prononça la peine de mort que la Convention venait de décréter. Un témoin oculaire m'a assuré que le silence de la surprise régna dans la salle, et fut interrompu par un murmure sourd que ne purent empêcher les • regards scrutateurs des chefs Montagnards. Cambacérès fut sur le point de s'évanouir, et fut obligé de quitter la salle des séances^ de sorte qu'il ne put prendre part à la discussion qui s'éleva lorsque les défenseurs de Louis XVI furent introduits.
Le 1 9 janvier 1 798 , on discuta la question du surcis. Je viens de donner les motifs dont Cambacérès appuyait cette demande, et, tout en rendant justice à ses bonnes ifitentions, je vais démontrer qu'il était dans l'erreur. Ceux qui demandèrent l'appel au peuple , le bannissement, 1k réclusion., avaient un point de vue fixe et
bien déterminé; ils voulaient éviter à eux et à la France la taehe qui rejaillit nécessairement du jugement de la Convention.
€eux qui demandèrent la grâce après le jugement montrèrent du courage et de la générosité; mais ceux qui demandèrent un sursis , qui devait être statué sur la marche des armées ennemies, ne purent présenter que des considérations politiques; et il y avait d'ailleurs injustice manifeste de rendre un roi prisonnier responsable des actions d'armées ennemies , qui devaient se réjouir des maux qui accablaient la France, et de la division qui y fomentajt des. troubles; d'ailleurs, il existait en France, à cette époque, beaucoup de gens dont la devise était : Meure le roi! vive la royauté l Je l'ai déjà dit, je rends justice aux bonnes intentions de ceux qui espéraient par ce moyen détourner le couteau fatal ; mais leurs considé^ rations tombèrent devant ce dilemme : Si Louis meurt, toutes les puissances s'armeront pour venger son supplice; si, jugé, il ne meurt pas, elles s'armeront pour le délivrer. Il n'y a pas d'alternative: ou la
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mort ou U grâce; mais la Coorention a décrété la mort. Après quelques opinions émises , ,pn ferma la discussion , et la question fut ainsi posée : Sera-t-il sursis à l'exécution de Louis Capet? oui ou non. Cambacérès^ fidèle à ses principes , répondit oui ; mais le nombre de ceux qui l'imitèrent fut le plus petit , et le sursis ne fut point accordé. Tirons le rideau sur ce qui suivit cette séance. Cependant je ne veux pas perdre l'occasion de faire voir que le jugement que j'ai porté sur Cambacérésy relativement à cette afifaire, n'est point errcmç.
Aussitôt que les décrets qui condamnaient Louis XYI eurent été proclamés ^ Cambacérès prit la parole esa ces termes :
M Citoyens, en prononçant la mort du dernier roi des Français 9 vous avez fait im acte dont la mémoire ne passera point,' et qui sera gravé par le burin de l'immortalité dans les fastes des nations. ^
» Le salut public a pu seul vous près* «rire cet ii^portant décret : aujourd'hui «q^i'il est rendu je viens au nom de Thui^aanité appeler votre attention sur celui
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qu'il va frapper. Ménageons-lui des consolations, et prenons des mesures propres à empêcher que Texécution de la volonté nationale ne soit entachée d'aucune souillure ;' je fais , en conséquence , les propositions suivantes :
» La Convention nationale décrétera qu'il sera envoyé à l'instant au conseil exécutif provisoire une expédition dix décret qui prononce contre Louis Capet la peine de mort.
« Il sera enjoint aux matres et officiers municipaux de Paris d^labser à Louis la liberté de l»mmuniquer avec Sa famille , et d'appeler auprès de sa personne les ministres du culte qu'il indiquera pour l'assister dans ses derniers momens. »
Le lecteur est à même d'apprécier la conduite de Cambacérès dans cette cir« constance; on voit que ce n'est ni par esprit de parti , ni à cause des intrigues de l'étranger, qu'il vota la mort du roî.
D'ailleurs le sursis qu'il demanda doit être compté en sa faveur, parce qu'on doit supposer qu'il espérait que les circonstances pourraient le sauver un jour
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de la fureur des Montagnards. Il n'y mit donc que de la faiblesse , et il en fit preuve plus tard, lorisque les partis déchirèrent la Convention. La faction de la Montagne, toute -puissante, brûlant de tout détruire, s'attacha à se défaire de ce qui pouvait être un obstacle à ses vues. Les députés qui ne se rangèrent pas, ou du moins n'eurent pas l'air de se ranger de leur parti ,"• furent sacrifiés successivement , sauf quelques-uns que leur peu d'influence sauva. Cambacérès à cette époque glissa, pour ainsi dire , entre ces partis ; il ne se mêla presque d'aucune discussion, jusqu'au moment où l'on s'occupa des lois. Il n'osa pas descendre dans l'arène' ouverte aux dénonciations que les deux partis lancèrent constamment l'un contre l'autre. Son goût et ses études le portèrent d'ailleurs particulièrement à la confection des lois; Cambacérès n'a jamais eu de notions bien étendues sur la politique; quoiqu'il eût le jugement droit , une conception facile, il ne put jamais entier dans le dédale de la politique de manière à y figurer avan-
tageusement. D'ailleurs un parti pOuTalt remporter» peut-être cbaoun des deux tour à tour y et en pareil eas le plus sûr, sinon le plus honorable » était de se tenir tranquille et d'attendre ; c'est ce qu'il fit. Il s'attacha cependant au parti des Jacobins plus particulièrement qu'à l'autre; nous en avons ime preuve lorsque l'on proposa que tous les membres de la convention rendissent compte dei'origine de leur fortune. Cette mesure eût fait triompher les Girondins, car Cambon, Chabot y etc. y avaient acquis par toute sorte de moyens des fortunes rapides, tandis que les députés du côté droit ou avaient de la fortune précédemment , ou vivaient dans une honorable médiocrité.
On pense bien que l'on s'opposa à ce décret, et Cambacérès en ce moment, quoique pour son compte particulier il lui importât peu qu'il passât ou ne passât pas, s'y opposa, et, montant à la tribune, s'e:(prima ainsi: < Citoyens, les considé^ rations personnelles ne doivent jamais influencer les hommes publics. Si cette écrite était toujours présente à nos yeux ,
nos délibérations seraient moins agitées ^ «t nos séances plus utilement employées.
Vous avez demandé au conseil exécutif un état des agens civils et militaires; cette mesure peut éclairer votre surveillance^ Celle qu'on vient de proposer est sans utilité pour la chose publique^ elle est de pkis immorale, et ne tend à rien moins qu'à compromettre les propriétés et la sûreté de chacun de nous.
S^il est dans cette assemblée des hommes qui aient abusé de leur caractère pour augmenter leur fortune, l'opinion publique saura les signaler , et leurs départemens respectifs en feront justice.
L'état qu'on veut nous obliger à fournir serait tronqué par ces hommes coupables, qui, j'aime à le croire, n'existent point parmi nous : cette considération prouve l'inutilité de la mesure. J'ai dit de plus qu'elle était immorale : cette assertion -n'a pas besoin de preuve. Enfin elle est dangereuse, attendu qu'elle expose le crédit des commerçans et qu'elle peut donner lieu à des observations malignes , qui produisent des effets Itmestes
a8 VIE
dans des temps de trouble et d'ag^Mioa.
» Par ces motifs , je demande que la motion soit écartée par la question préalable. »
Personne n'ignore les événemens qui suivirent la mort du roi; on sait que les Montagnards, non contens de faire tomber un nombre considérable de têtes, se déchirèrent entre eux et envoyèrent à lechafaud une partie de leurs collègues; Gambacérèsy comme nous l'avons dit, ne se montra nullement et laissa passer Torage; mais bientôt il reparut à la tribune.
On s'occupa de faire une constitution: ce fut la seconde , et depuis nous en avons vu un certain nombre; nous en verrons peut-être encore de nouvelles , ce qui prouve l'inconstance des hommes. Nos voisins les Anglais sont plus pr^dens ; ils sentent chaque jour combien leur constitution est en arrière des moeurs et des lumières de nos jours, et cependant ils n'osent y toucher; et en effet, on ne doit abattre que lorsque le plan pour reconstruire est bien arrêté.
Je vais encore donner un extrait d'un
DK CàMJ»ACÉEÀS. 29
discours de Cambacérès relativement à rétablissement àajurj. Cette méthode est, je crois, celle qui convient en pareil cas, car elle met le lecteur à même de juger par lui-méme^et de se faire une opinion exacte de celui dont il examine la conduite. Souvent un discours peut être préparé pour cacher quelque projet; souvent il dit le contraire de ce que pense celui qui le fait, mais le lecteur attentif recon-» naît toujours l'homme, et faisant la part des circonstances, il est à même d'asseoir son jugement.
Voici comment s'exprime Cambacérès :
« La justice est la première dette du corps social , et nous n'aurions rempli qu'à demi notre tâche, si le peuple français ne trouvait dans la constitution que nous allons lui offrir la, certitude que cette dette sera pleinement acquittée.
» Vous venez de décréter qu'il y aurait des juges de paix , et que dans les contestations qui ne seraient pas de leur ressort les citoyens s'adresseraient d'abord à des arbitres choisis par eux. C^s deux dbpositions ne suffisent pas pour
e6mpléter k xfaapitre de laJustUe ttpUe^ il convient encore d'«n ajouter une troisième dont l'utilité ne peut paraître équivoque, et qui assurera aux citoyens une justice impartiale ; je veux parler àe^ jurés,
» Lorsque l'Assemblée constituante voulut réintégrer les jurés dans notre régime judiciaire , des hommes éclairés sentirent que cet établissement né pouvait s'accorder ni avec nos lois ni avec nos \ mœurs : ce fut avec beaucoup de peine j qu'ils furent admis dans la justice cri- j minelle; on renvoya .à des temps plus heureux pour les placer dans les tribt^ naux civils.
» Ceux qui ont quelque pratique de notre législation, connaissent la facilité et l'utilité des jurés au criminel : il est aisé de prouver qu'au civil ils ne seront ni moins utiles, ni moins faciles à étar I blir. Leur utilité est justifiée par l'impossibilité où ils mettent les juges de commettre tme injustice. Là facilité de les établir sort de l'effet des décrets rendus par les représentans du peuple, de puis que le peuple a repris ses droits;
t>B GAXB4C]iEÎS. 3l
elle sort encore de la disposition par laquelle vous venez de décréter que le code des lois sera uniforme pour toute la république.
» Remarquez, citoyens, qu'une des grandes objections contre la mesure que je propose, est l'impossibilité de séparer matériellement le fait du droit dans la plupart des contestations qui divisent les hommes. £h bien! je réponds qu'à l'avenir les procès ne présenteront presque jamais que des points de fait à éclaircir, et que la plupart d'entre eux seront terminés/ par un rapport d'expert, ou par une preuve testimoniale.
» Les dîmes n'existent plus; la matière bénéfîciale a disparu poui^ jamais; les droits féodaux scmt éteints; vous avez anéanti les substitutions, abrogé la faculté de tester en ligne directe : cette faculté sera vraisemblablement modifiée en ligne collatérale. Il ne peut rester aux tribunaux d'autre litige que celui qui dérive des questions d^État, des actions possessionnelles ou de l'exécution des convoitions.
3 a viK
» D'après cet aperçu, il me semble que ce serait honorer notre ouvrage, sans compromettre les intérêts de la société, que de consacrer le principe du rétablissèment des jurés dans nos tribunaux civils.
Dès lors , vous diminuez l'influence du pouvoir judiciaire sans l'avilir ; vous réduisez, le nombre de ses agens , puisque vous n'aurez besoin que d'un très-petit [nombre de juges , et de quelques ofïïciers chargés de l'instruction. Ici viennent se lier différentes idées que je me propose de développer dans des écrits qui pourront peut-être servir à nos successeurs; aujourd'hui je me réduis à vous proposer d'ajouter au projet du comité l'article suivant :
» £n cas de réclamation contre les décisions des arbitres, ou outre les sentences des juges de paix, les citoyens auront recours à des tribunaux qui ne pourront rendre de jugement que les faits n'aient été préalablement décidés par des jurés. »
Dans les séances des lo et i6mai 1793, Cambacérès, ainsi qu'on vient de le voir
DE CAMBACiais. Z%
par les deux discours que j'ai rapportés , se prononce pour deux mesures toutà-fait différentes; car dans la séance du lOy son discours tendit à empêcher Tenquéte que Ton voulait faire sur les fortunes des membres de la Convention , ce qui aurait fortement embarrassé ceux du parti dans lequel il se trouvait. Cette mesure était pourtant juste en soi; elle aurait mis en évidence la turpitude de la plupart de ceux qui alors avaient en main le pouvoir. Dans la séance du i6 au con*traire 9 il ne demande que des choses justes et pleines de sens, ce qu'il fit toutes les fois qu'il rentra dans le domaine du droit, dont il n'aurait jamais dû s'écarter.
Le lo mars précédent, il provoqua l'arrestation du président et de l'orateur de la section Poissonnière; cette section, dans une pétition qu'elle présenta à la Convention, dénonçait le géi^éral Dumouriez. Cambacérès s'éleva avec véhémence contre cette dénonciation , et si les bornes de cet ouvrage le permettaient, je donnerais ici le discours qu'il prononça
84 vifc
dam eette ciroonstancé ; mais ccAntne je dois transcrire phui bas celui qu*il fit sur Vétai des enfans naturels y qui est très-fort de choses et très-intéressant, je préfère passer sous silence eelùi de la séance du lo mars, et me contante de donner seulement une idée des moti& qui le firent agir dans cette circonstance, et qui pourront paraître extraordinaires, attendu que le 26 du même mois, se trouvant porté au comité de salut public, il dénonça le même Dumouriez dont il avait pris la défense.
Pendant qu'à Paris, et dans le reste de la France, les arrestations continuaient, que les prisons étaient insuffisantes pour contenir la foule de malheureux que le tribunal révolutionnaire éclaircissait bientôt; tandis que les fournées (puisque c'est le mot dont on se servait pour désigner la quantité de victimes que chaque jour immolait la hache révolutionnaire) se multipliaient, l'honneur français s'était réfugié aux armées : personne n'ignore kft actes d# eourage extraordinaire et de
DB CAMBAC^RÀS. 35
pfttriofisme exalté qui honorèrent à ja^ mais les soldats français. Ce fut pourtant $ur leur secours que Yaa compta pour opérer uue contre -révolution. Bobespierre et d'autres membres de U Conven*tion étaient vendus à l'étranger ; c'est du Cabinet de Sainte-James que l'on prétend que sortaient les listes de proscription »
qui envoyèrent ISl Téchafaud tout ce que la France possédait de plus recommanda* ble.et par ticulièvenient tous ceux qui, en provoquant la révolutiOB, avaient secondé la chute du despotisme. Le cabinet de ;Saint^JaJX)es sentait trpp qhelle influence ]sx France libre eut exercée sur lé reste 4e l'Europe» il ne pouvait trop chercher h s'y opposer^ Une preuve à ajouter aux autres qui peuvent servir à fortifier cette opinion, c'est la destruction ie Lyon; cette ville commerçante avait de tout temps été le désespoir de l'Angleterre* Ses m^mi^&ctures, avec lesquelles toute l'industrie anglaise n'avait jamais pu soutenir la concurrence, étaient un motif iBonabant de jalousie* Les commerçans de Lyo«, i$incèi:«emeiit attaiE^és aux principes
constitutionnels , ne pouvant approuver les actes sanglans de la Convention, se trouvaient, pour ainsi dire, en insurrection. Cet état de choses n'échappa pas à l'Angleterre ; l'or y fut distribué*; on sojileva les ouvriers, et le résultat de cette manœuvre fut la tlestruction de cette ville recommandable , qui n'a pas encore pu enl^ièrement se relever des maux qu'elle éprouva à cette époque.
J'ai déjà dit qu'il y a tout lieu de supposer que les membres influens des Jacobins étaient vendus à l'étranger. Dumouriez de son côté traitait avec l'ennemi et voulait remettre la couronne de France aux héritiers du malheureux Louis XVI.
Robespierre et autres ne pouvaient l'ignorer, d'après leurs principes ils ne devaient pas s'en inquiéter; Cambacérès fut donc chargé de défendre ce général, dont la conduite commençait à éveiller le soupçon chez ceux qui n'étaient pas partisans de la monarchie. Lorsque, peu de temps après, Ton découvrit que Dumouriez de* vait avancer Texécutiou de ses^ projets sans en avoir prévenu ceux qui «lors
DE CAttBÀGÉRis. 3 7
avaient le pouvoir , et qui avaient leurs intérêts à ménager; on jugea à propos de le perdre, et Dumouriez, qui comptait sur ses troupes, fut abandonné par elles lorsque Ton sut qu'il voulait s'entendre avec les ennemis de l'État. Cambacérès, en dénonçant les projets de ce dernier, annonça en même temps que le comité s'était assuré de ceux que leur naissance ou leurs liaisons pouvaient faire soupçonner de participer au dessein de rétablir la royauté, formé par le général et autres; dans ce nombre il s'en trouva qui n'y avaient jamais pensé, car c'était alors avec des conspirations , vraies ou supposées , que l'on se débarrassait de ceux qui gênaient. Il y a tout lieu de croire que Cambacérès fut mis en avant par le parti jacobin. Il ser-« vit encore ce parti lorsqu'il fit décréter la mise en liberté de Ducruy, qui se qualifiait âiélèçe de Marat, et qui avait été arrêté à Perpignan comme séditieux ; il provoqua aussi la mise hors la loi de ceux qui prendraient part aux rebellions, concernant le recrutement de l'armée. Ce sont à peu près les seuls faits intéressans à citer à cette
époque. Se trouvant enclavé dans le parti de la Montagne» il fut forcé de se montrer quelquefois, tant il est vrai qu'une fausse démarche nous entraîne toujours plus loin que nous ne comptons; il en est une preuve frappante , car, doux et bon par paractère^ il gémissaitau fond du coeur des actes de tyrannie que commettaient journellement ceux avec lesquels il votait; mais le gant était jeté, il fallait a\ancer, la morj^ se trouvait en arriére, et il passa toujours pour beaucoup aimer la vie.
Je ne parlerai point des événe^ens qui se passèrent à la Convention pendant les mois d'avril, mai, juin et jusqu'au mois d'août que Cambacérès reparut à la triboue lorsqu'il s'agit de. faire une nour velle constitution, celle de 1793. C'est alors que Cambacérès présenta son premier projet de code civil, qui était tqutà-fait dans les principes démocratiques.
Il a changé d'avis depuis cette époque, et a totalement oublié les principes qui le firent agir préoédempient, car il ^o* censa. toujours le- pouvoir. Je passerai aussi sous silence les événemens qui pré*
DE CAHBACé&is. %
cédèrent et suivirent la journée dn Si mai 1793, où (^usieurs membres deia Convention furent décrétés d'accasatioa.
L'on sait qu'à cette^ époque cela équivalait à une sentence de mort : aussi Gam*« Ixacérès ne se mêla-t-il aucunement des discussions qui eurent lieu.
Avant d'aller plus loin je crois devoir donner au lecteur le discours que Gamb acérés prononça dans la séance du 4 juin 1793, sur Yétat des enfans naiu^ reis,' quoiqu'il soit un peu long et que jusqu'à présent je n'aie donné qne des ex* traits 9^ je vais rapp(»rter celui-ci tout en* tier, non-seulemiçnt par rapport à ston importance et aux vues philanthropiques qu'il contient, mais encore parce que c'est un des plus beaux qu'il ait jamais prononcés; et on e^ iûen. aise de trouver de tels discours au milieu des motions ia-^ cendiaires de cette époque.
« Citoyens , la nature et la uison se r^u* missent pour demander une loi en laveur des enfams naturel; les pétitions s'accu^ mulent sur cette importante matière; et il est dans l'cnrdre de vos devoirs d'at-
4o VIK
rêt^r enfin vos regards sur une classe d'infortunés depuis trop long-temps victimes de l'avarice et du préjugé.
» L'état politique des enfans naturels n'est donc plus équivoque; susceptibles d'être élevés à toutes les places, à toutes les dignités , il s'agit de les faire jouir des avantages de l'état civil privé : ce n'est donc point un bienfait qu'ils réclament, c'est un acte de justice qu'ils attendent.
» Les bâtards tiennent à ceux dont ils sont issus par les liens de la nature; les enfans légitimes leur appartiennent à double titre, par les liens du sang et par les droits de la loi : de là cette préférence de la loi sur la nature, et le prétexte plausible pour établir une différence entre ceux dont la condition devrait êtne la même.
» Cette différence est-elle juste ? peut*il y avoir deux sortes de paternité ? l'intérêt des coUatértiux doit-il surtout pré^ valoir sur les droits du sang? cet intérêt peut -il être de; quelque considération là où l'égalité est devenue une des bases
DE GAMBJMCi&is. 4X
du gouTemement? telles sont les questions que fait naître l'intérêt au sujet que nous traitons.
Présenter ces questions à des législateurs philanthropes c'est préjuger leur solution : ce serait leur faire injure que d'oser croire qu'ils fermeront loreille à la voix incorruptible de la nature , pour consacrer à la fois et la tyrannie de l'habitude et les erreurs des jurisconsultes.
» Mais plusieurs dif&cultés s'élèvent, et je ne dois ni vous les déguiser, ni vous taire les considérations qui doivent les résoudre.
» La paternité , dit- on, ne peut être légalement établie que par le mariage ; l'honnêteté publique exclut toute autre manière de la constater ^ celui qui n'a point de père reconnu par la loi ne peut réclamer ni les droits purement civils de la paternité, ni les droits^de famille :
son incapacité vient du vice 3e son origine, et son exclusion aux droits de succéder est la peine due au délit commis
par les auteurs de ses jours Il est
homme 9 et il ne peut jouir des droits de
42 vas
rhomme! Quelque spécieuses que soient ces objections, la réponse n'en est pas moins facile et victorieuse.
» Il existe une loi supérieure à toutes les autres , loi étemelle , inaltérable, propre à tous les peuples , convenable à tous les climats; la loi de la nature : c'est là le code des nations, que les siècles n'ont pu altérer, ni les commentateurs défigurer; c'est donc lui seul qu'il faut consulter. Nos cœurs sont ici les tables de la loi , la décision y est écrite , et le burin de la nature y a gravé en caractères inviolables ses pr^eptes , également applicables* aux enfans naturels comme aux enfans légitimes.
» Et en effet, tout homme honnête, tout homme délicat et sensible devenu père, et ayant eu d'une femme libre un enfant naturel, n'a -t -il pas dès lors contracté un engagement, celui qui est à là fois sous la sauvegarde des deux premiers sentimens de la nature, l'honneur et l'amour? cet homme «st donc tenu à tous les devoirs de la paternité : et leur accomplissement pourrait-il dépendre de
DE CAMBAci&ÀS. 4^
r<Nnissioii des fonaalités religieuseï ou politiques? étrange alternative, où le respect serait pour la forme , et l'outrage pour la sature! Plus ri«i de sacré, si des promesses faites par le sentiment , ratifiées par Thonneur, consacrées par la tendresse paternelle, ne sont plus qu'un jeu, et si les premières lois de la nature et de la société expirent 4ievant les vaines formes des lois humaines 1 Qu'on ne nous impose donc plus ni la sainteté du mariage, ni l'honnêteté publique; Tune et l'autre n'en seront que plus respectées : les msBurs seront un ûDoiemi de moins , et la. passion un £rein de plus , lorsqu'on saura qu'il n'est fàus permis de se jouer des premiers sentimens de la aature; que la nature serait une marâtre si elle n'avait donné que des attrûts à l'amour, et point de droits à son ouvrage; lorsqu'on saura enfin qu'il n'est plus permis de trahir les espérances d'une femme trop confiante , et d'abandonner ensuite les fruits d'une relation qui n'aurait peut-être pas existé sans l'espoir honorable d'une union légitime.
des droits de saoœsâbt-
cal à la fois une peine
<& cnBesûe; cVst la pane des
= «Le ■'^est donc pas appli-
xvxs, car la nature,
IMS X iac: :BBe kù de moanT, ne
A. jHb^ laft ^HL CTT^K^ de naâre.
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iciohantes;
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«MLumrMS stoaft dcleil J<K dvuie ^pr par 1a
EtTeor
DE CAMQAC^Rés. 45
libres n'est applicable ni à ceux qui sont nés dune conjonction illicite, ni à ceux dont l'existence ,^st le fruit de la débauche et de la prostitution. L'incertitude , le respect des mœurs se réunissent pour les repousser : les premiers n'ont que des alimens à réclamer; et quant aux seconds, ils ne peuvent être agrégés tout au plus qu'à la famille de leur mère, car la prostitution, qui exclut toute idée de certitude sur le père, ne laisse cependant aucun doute sur la maternité.
» Après avoir ainsi fixé mes premières idées sur les enfans naturels , j'ai reconnu que la partie la plus délicate de mon système était celle qui devait établir les moyens de constater leur filiation. Ici quelques distinctions se présentent : ou les enfans naturels sont reconnus par ceux qui leur ont donné le jour, ou ils ne le sont que par l'un des deux, ou l'un et l'autre refusent de les reconnaître.
» Au premier cas , la déclaration faite sur les registres destinés à constater l'état civil des citoyens me paraît être l'acte le plus positif et le moins sujet à
contestation; car il ne peut être contredit que par l'enfant reconnu ou par d'autres individus qui prétendraient qu'il leur doit le jour.
» Au second cas, la déclaration de reconnaissance du père et de la mère doit avoir son effet à l'égard de celui^qui a fait cette déclaration; mais pour toat autre elle ne peut être considérée que comme un commencement de preuve , et elle doit être fortifiée par la possession d'état.
» Au troisième cas , il paraît impossible de laisser à l'enfant naturel des moyens de constater sa filiation , car la preuve testimoniale serait la seule que l'on pût admettre dans cette hypothèse , et il est inutile d'en faire sentir les dangers.
» En un mot, la volonté des auteurs de la naissance , ou la possession d'état soutenue d'un acte quelconque , tels sont les deux moyens auxquels je me fixe pour établir la filiation des enfans naturels.
» Il est inutile de dire que les contestations relatives à l'état des enfans naturels doivent être portées devant les
DE CAMBAGÉaÂS. ' 47
tribunaux civils, suivant Tordre des juridictions. Le danger des préventions m'empêche de proposer des arbitres de famille, et l'importance des questions que ces contestations peuvent présenter ne permet pas d'en attribuer la connaissance aux juges de paix.
» Il n'est pas hors de propos de remarquer que leur décision devrait être la suite de la déclaration d'un jury. Plus les cas sont difficiles, variés, arbitraires, plus il est intéressant d'en soumettre l'examen et le jugement à des hommies sans passion, dont là vertu soit l'unique règle, et qui ne soient pas influencés par les préjugés de la jurisprudence. Ainsi lorsque l'institution des jurés au civil aura été décrétée , vous aurez bien moins à redouter les conséquences des dispositions législatives qui doivent fixer le sort des enfans naturels.
» Une autre observation m'a paru devoir mériter votre attention. Il est just^ de mettre q^«lq^e difféçence, quant aux drcHts de successibilité, entire les enCans naturels nés après ceux qui sont issus
4ë ^ VIE '
d'une union légitime, fct 6eux dont lu.
naissance a précédé cette union : ceux-ci en venant au monde ont un droit acquis aux biens de leurs parens; les autres par leur présence font éprouver des retran— chemens à ceux qui ne les attendaient pas. Cette considération doit être méditée. L'équité réclame la distinction que j'indique; elle exige en pareille circonstance que dans le partage des successions il soit attribué une portion avantageuse aux enfans légitimes.
» Ce n'est point assez que d'assurer aux enfans naturels dont la filiation est constante des droits à la succession de leurs parens ; il faut encore rappeler à ceux-ci qu'ils doivent nourrir, élever, assurer l'existence et la conservation des enfans auxquels ils ont donné le jour.
» Enfin nous n'aurions rempli qu'à demi notre tâche si nous ne faisions pas participer aux bienfaits de la loi ceux des enfans naturels qui sont en instance avec des collatéraux pour la succession de leur père ou de leur mère. Il s'agit de leur rendre un droit primitif, un droit qu'ik
DE GAMBAC^Ris. 49
tiennent de la nature ; il faut donc à leur égard oii donner à la loi un effet rétroactif, ou leur accorder à titre d'alimens une partie considérable des biens laissés par leurs parens.
» Par ce nouveau plan de législation vous verrez , citoyens , que , pénétrés de toute l'importance de vos devoirs, vous éviterez les deux grands reproches de ne pas respecter assez le mariage , et d'aborder de trop près certaines idées d'immoralité dont ce projet pourrait être susceptible, sans que votre intention pût être soupçonnée.
» A ce double inconvénient j'ai opposé une grande distinction, un privilège unique, qui formera éternellement la ligne de démarcation.
» Etabli au premier rang dans la société, le mariage occupera toujours la place d'honneur; et s'il fallait pour sa gloire que tous les enfans nés hors de son sein lui fussent sacrifiés, loin d'être le dieu tutélaire de l'humanité, il ressemblerait à ces tyrans cruels ^ à ces di-
5o VIE
vinités malfaisantes, dont l'autel et le trône ne sont honorés (pi'à proportion des victimes qu'on leur immole,
» A ce trait principal et caractéristiqtie , joignez tant d'autres précautions de la loi en faveur des enfans légitimes, tou-t^s les distinctions et les nuances entre les enfans naturels, qu'on tient toujours à de grandes distances, jusqu'à rejeter presque Venfant de la prostituée, et l'on verra ^ue par toutes ces attentions, par ces scrupules, le législateur aura con^n^p environné le mariage d'une garde d'honneur.
» Si c'était ici le lieu d'étaler upe érudition fastueuse, ou qu'il fut nécessaire de fortifier mes raisons par le tableau é^g vicissitudes que l'état des enfant n^tuipeb a éprouvées dans les différentes sociétés ^ je vous dirais en finissant : Ouvre» l'Histoire dés nations ;> vous verrez: ces infortunés être sans cess^ le jouet d'une législation incertaine; vendus à Athènes comme esclaves,, par les ordres dfi^ Périclès, des dispositions plus faumained leur aœocdè* rent ensuite, le droM 4'hérilep.
DE CAMêKCÈRts, 5x
» Chez les Romaîns, ils furent d'abord regardés conme des êtres étrangers à la république. Constantin s'occupa le premier de leur sort. Sous le règne de ses successeurs les bâtards purent être avantagés par leur père comme les fils d'une femme légkime, et le droit des Wovelles les admit à recevoir à titre d'institution l'entière hérédité de leurs pères lorsqu'ils ne se trouvaient pas en concours avec des enfans légitimes ou avec des ascendans.
» £n France, dans les premiers temps de la monarohicy il n'y eut aucune différence entre les enfans naturels et les enfans légitimes; ils recueillaient tous également l'héritage de leurs parens , et partageaient même la succession au trône.
» Ce point d'histoire a trouvé , il est ' vrai , des contradicteurs ; mais ce qui n'est pas contesté , c'est que Hugues Capet a été le premier qui ait introduit parmi nous cette maxime, que les bd^ tards n'appartenaient à aucune famille; c'est que cette opinion féroce a servi de base aux invasions féodales;
5» vn
d'est qu'après avoir abattu cet arbre ftineste , dont les rameaux ont répandu si long-temps un sinistre ombrage sur toutes les parties de l'Europe , il est temps de féconder la terre par de nouvelles semences; et il est dans l'ordre de vos devoirs de rendre aux enfans naturels des droits qui leur avaient été si injustement ravis.
» Réunissons-nous donc à la voix de la raison et au cri de la nature! Elles appelaient un vengeur; mais, grâces à vos bienfaits, on ne verra plus cette classe d'hommes dont la naissance était un crime ^ et la vie un opprobre. »
Sur cette proposition de Cambacerès la Conventidn décréta que les enfans naturels succéderaient à leurs père et mère dans la forme qui serait déterminée.
C'est dans le code civil que cette forme devait être prescrite; c'est le 9 août suivant que Cambacerès (présenta le projet d'un code civil, dont la discussion commencée le 22 du même mois, et continuée par intervalle jusqu'à la fin de la session, ne fut point terminée : la Convention n'en posa guère que les bases. Toutefobydans
DE CAMBACiaès. 53
le nombre de ses délibérations sur cette matière , elle régla remerciée du droit de successibilité qu'elle avait rendu aux enfans naturels; cette loi fut promulguée le 2 novembre 1793.
Puisque j'en suis sur ce chapitre , je vais de suite rendre compte des motifs sur lesquels Cambacérès s'appuya pour faire passer cette loi. Il s'exprima ainsi :
« La république attend avec confiance la loi qui doit régler l'exercice des droits attribués par la nature aux enfans nés hors le mariage.
» On vous a dit : Le droit de succession n'est point un droit naturel; l'exécuticm de la loi ne commence que du jour où elle a été publiée.
» Il existe une loi supérieure à toutes les autres, la loi de la, nature; c'est elle <|ui assure aux individus dont nous nous occupons tous les droits qu'on cherche à leur ravir. Ces droits leur ont été rendus le jour où la nation a déclaré qu'elle voulait être libre, le jour où ses premiers représentans ont rédigé cette charte mémo-
rable, monument étemel des droits des hommes et des citoyens.
» Quant àTautorité des coutumes, que Ton a voulu présenter comme le résultat de la volonté générale, serait-il nécessaire dé dire qu'elles furent l'ouvrage de ceux qu'une longue suite d'abus avaient séparés de la société, et qu'elles ne servirent qu'à consacrer les usurpations féodales ?
» Mais assimilera-t-on les enfans adultérins aux enfans nés de personnes libres?
Si je n'avais à vous présenter que mon opinion personnelle , je vous dirais :
» Tous les enfans indistinctement ont le droit de succéder à ceux qui leur ont donné l'existence; les différences établies entre eux sont l'effet de l'orgueil et de la superstition ; elles sont ignominieuses et contraires à la justice. Dans un gouvernement basé sur la liberté les individus ne peuvent être victimes des fautes de leuif père. L'exhérédation est la peine n^ des grands crimes; l'enfant qui naît en a-t-il commis? Et si le mariage est une insti-
\ I>K GAMBACéaSS. 55
tation précieuse, son empire ne peut s'étendre jusqu'à la destruction de Thomme et des droits des citoyens
» Mais ce n'est pas de mes propres pensées que je devais vous entretenir; c'est le résultat de la discussion du comité dont il faut vous rendre compte. On a pensé presque unanimement que le respect des mceurs, la foi du mariage, les convenances sociales ne permettraient point dé comprendre dans la disposition les enfàns nés de ceux qui étaient déjà liés par des engagemens.
» A regard des autres, nou$ aurions été en contradiction avec nous-mêmes si nous n'avions pas reconnu que leurs droits étaient les mêmes que ceux qui sont attribués aux enfans légitimes ; mais en consacrant ce principe incontestable, nous avons estimé qu'il devait souffrir quelques modificaticMis , déterminées par l'état 'actuel de la société et par la transition subite d'une législation vicieuse à une* législation meilleure.
» Après avoir vengé la nature, trop long-temps outragée , et fixé le sort d'une
classe d'infortunés victimes de l'avarice et du préjugé, Téquité nous a commandé ces précautions, que les enfans nés hors le mariage ne puissent déranger les partages faits, ni exiger la restitution des fruits perçus, ni enfin préjudicier aux droits acquis aux créanciers et aux tiers acquéreurs.
» £n cédant à la voix de la philosophie et de l'humanité nous avons évité le double inconvénient ou d'aborder de trop près certaines idées d'immoralité, ou d'arrêter des dispositions qui pourraient porter atteinte aux propriété, et jeter le trouble dans les familles. -^'^
» Voilà les considérations qui nous ont guidés dans le if^^rs de notre travail. Si nous sommes tombés dans quelques erreurs, qu'on nous les montre; nous sommes prêts à les abjurer.
» Telles sont les bases des articles que votre comité de législation vous propose. »
Il est facile de voir par ces deux discours que Cambacérès avait envisagé la question comme il fallait qu'elle le fût, et que 9 comme nous l'avons dit, ses coa^
DE CAMBACERis. 67
naissances dans le droit étaient étendues ; il développe d'ailleurs des principes de philosophie et de philanthropie qui ne peuvent que faire honneur à sa mémoire.
Il eût été à désirer qu'il se fut toujours montré le même; mais nous allons bientôt le voir sur une autre scène.
Les événemens subséqtiens qui se passèrent à la Convention furent tropviolens pour permettre à Cambacérès de se montrer sur l'horizon politique : la mise en accusation de plusieurs membres de cette as^ semblée fut bientôt suivie de l'arrestation de ceux qui avaient fait condamner leurs collègues; en un mot, le 9 thermidor arriva, et Robespierre et quelques-uns de ses adhérens furent exécutés. Je vais rendre compte en peu de mots de la manière dont il se conduisit après cette mesure.
Quoique les coryphées du parti fussent abattus, il n'abandonna pas pour cela entièrement la cause des révolutionnaires; il fut président de la Convention du 8 au 23 octobre, et professa pendant quelque temps encore les principes du républicanisme. Lorsque les soixante-treize dépu-
tés exclus par la Montagne rentrèrent au sein de la Convention , il invoqua Tarnnistie pour tous les faits non classés dans le code pénal; ce qui prouve dans quel état était la justice d*alors, puisqu'on avait besoin de prendre une telle mesure:
comme si Ton devait jamais s'écarter de l'esprit de la loi , et si toute infraction ne devait pas être considérée comme une monstruosité! Il proposa ensuite un projet d'adresse au peuple français sur les principes qui devaient le diriger; mais il combattit une pétition de la section du Panthéon , qui demandait le rapport des lois révolutionnaires, et notamment de celle du 17 septembre : c'est cette loi qui instituait Je tribunal de sang que l'on appela tribunal révolutionnaire y si toutefois l'on peut donner ce nom à une assemblée d'hommes. qui jugeaient sans entendre, et qui disaient la conscience des jurés suffisamment instruite lorsque quelque cause les empêchait d'aller aussi vite en besogne qu'ils le voulaient. On sera peut-être étonné de voir Cambacé^ rès y qui jusqu'à présent n'a paru soute*
DE GAMBACJÉBÉS. $9
nir le -parti que parce qu'il y était forcé , OHitiniier à manifester ces mêmes idée$ lorsque les chefs de ce parti étaient tombés $ mais Ton cessera ie Tétre si Ton veut considérer qu'en effet les chefs du parti n'existai^Qt plus , mais que le parti restait sur pied , et qu'on envoyait encore tous les jours à l'échafaud des contre -révolutiQn'noires (cette déncMoainaticm comprenait beaucoup de, gens) : il se serait exposé à passer pour td. Il est vrai de dire que le nombre des condamnés diminua , et que Ton entrevoyait d^ l'aurore de jours plus heureux. Il parut rarement à la iri^ bune jusqu'au mois de janvier 1-795. C'est ■à cette époque qu'il fit un rapport sur les niead>res de la fusille royale détenus jiu Temple, et déclara qu'il serait impos3ible de les relâcher pendant la guerre, et il fit passer à l'ordre du jour sur la proposition 4e les mettre en liberté.
On nomma bientôt après une commis^ sion qui Ait chargée de présenter les lois organiques de la constitution de ^793* Cambacérès en^t partie , mais voyant que, 4ans ces'circQastancea , cas Mts ne couva*
naient plus, il chercha dans le rapport â en dénaturer les bases de manière à les approprier au nouvel ordre de choses.
Il fit aussi rejeter un projet de Personne y qui tendait à faire mettre en jugement les membres des comités et des tribunaux.
Cette mesure l'aurait fort embarrassé, et il n'est pas étonnant qu'il se soit fortement opposé à son adoption.
Il existait une loi qui condamnait à la déportation les prêtres qui troubleraient l'ordre public; il proposa d'y substituer le bannissement, et voyant bientôt que la Convention ne pouvait se soi^tenir dans l'état où se trouvait la France , il jugea à propos de ne se plus mettre en évidence.
En effet , jusqu'au i3 vendémiaire, on ne retrouve pas son nom dans la discussion des sujets qui occupèrent la Convention jusqu'à cette époque; il glissa entre les partis, et le fit avec assez d'adresse pour ne pas tomber.
Le parti modéré dominait alors dans la Convention. Les ennemis de la France, craignant que la république française ne s^appuyâc sur des bases durables, cher-
DE GAMBACl^llÈS. 6^1
tbèrent tous les moyens de troubler le calme qui commençait à renaître. En effet, tant que les Jacobins et leurs mesures féroces eurent le pouvoir , ils régnaient par la terreur; cet état de choses, comme toutes les crises, devait nécessairement se terminer par l'anéantissement, et la France ne désirait que le repos. Comme je viens de le dire, le parti modéré dominait, les lois révolutionnaires ou se rapportaient, ou tombaient en désuétude , et la république s'affermissait. Les puissances se voyaient sur le point d'être obligées de reconnaître l'indépendance du peuple français , Tordre devait naître du sein du désordre. Le gouvernement anglais surtout avait intérêt à troubler cette tranquillité qui promettait de naître; aussi l'or et les intrigues circulaient à Paris, et bientôt se manifestèrent les troubles qui amenèrent le i3 vendémiaire. Les sections de Paris voulurent ôter le pouvoir exécutif à la Convention. Les gens attachés à la cause ,des Bourbons, qui se trouvaient alors à Paris, profitèrent de ce mouvement, quoiqu'il f&t tout-à-fait
républicain , dans Fespoir de le faire tourner à leur avantage. Mais la conduite ferme que tint la Convention à cette époque déjoua leurs projets; les sectionnaires de Paris furent repoussés , et la Convention sortit triomphante de cette lutte ; ce ne fut pas à la vérité pou^ longtemps ^ car peu de temps après elle remit le pouvoir entre les mains de cinq de ses membres. Mais n'anticipons pas.
Cambacérès dénonça les troubles qui avaient eu liçu à Dreux à cette occasion; mais bientôt après, une lettre de M. d'£ntraiguesi saisie chez Lemaître, le com- |Mromit aux yeux de ses collègues. Cette lettre portait : « Je ne suis nullement étonné que Cambacérès soit du nombre de ceux qui voudraient le retour de la royauté; je le connais, etc. » Il repoussa avec beaucoup de feu l'inculpation qui aurait pu en résulter contre lui , et après avoir tracé le, tableau de sa conduite politique , il s'écria : « Et c'est moi que l'on soupçonnerait d'être en correspondance avec des conspirateurs I Le génie de Saint- Justva-t-il donc sortir du tombeau, pour
DE GAMBACléRES. 63
créer encore de ces délits imaginaires , qui opéraient la condamnation des représentans du peuple?» L'assemblée entendît s^n discours avec faveur; mais le soupçon plana toujours sur lui , et lui ôta de son influence.
L'effet produit par la lettre de M. d'Entraigues fut terrible pour Cambacérès , et lui ôta sur-le-champ la confiance de ses collègues ; sa réputation de républicanisme, qu'il avait eu tant de peine à établir y et pour la conservation de la*^ quelle, comme on Ta pu voir plus haut, il se conduisit d'une manière qui ne fut pas toujours exempte de reproches, s'écroula en un instant; quoique le discours quHl prononça pour se disculper fût entendu avec plaisir, le coup était porté; il fut en conséquence écarté du Directoire. Il entra cependant au conseil des Cinq-Cents avec le tiers des conventionnels , qui durent faire partie de ce conseil.
Il présenta alors un nouveau projet de code civil. Dans ce conseil il ne se mit pas beaucoup en évidence; cependant n'ayant
pas pu être nommé membre da Directoire , il obtint de faire créer une convmission pour examiner les actes de celui-ci , lorsqu'ils porteraient atteinte au pouvoir législatif.
Le 2 a octobre 1796, il fut élu président du conseil des Cinq-Cents, et le ao mai suivant il en sortit , le temps de son mandat étant expiré. Il avait acquis alors dans les différens emplois qu'il avait occupés ime fortune honnête , mais qui était bien loin de celle à laquelle il est parvenu depuis.
J'ai oublié de dire qu'à l'époque de i^ vendémiaire Cambacérès présidait le comité de quarante membres composé des comités de salut public et de sûreté générale. Ce comité discuta beaucoup et ne décida rien ; on prétend même que les menaces du parlementaire envoyé par les sections lemurent fortement.
C'est de là que date la connaissance de.
Kapoléon avec Cambacérès, qui sut bieur tôt démêler le caractère souple et craintif de ce deraier, et qui vit quel parti oa pourrait tirer de ces dispositions^ car
D£ GAaUUOlÉRES. M
Cambacérès n'était pas Sians influence, à cause de ses talens.
J'ai dit que Cambacérès sortit le no mair 1796 du conseil des Cinq-Cents. En 1798 il reparut avec les électeurs de Paris , et fut nommé député par l'assemblée électorale séante à l'Oratoire ;. mais le Direotoire , qui le voyait avec peine parmi ses ennemis, l'écarta en annulant ces travaux, électoraux. Ses talens le Erent pourtant , lors de la révolution du 3o prairial an 7, porter au ministère de la justice. Il n'est pas étonnant, d'après la conduite du Directoire à son égard , qu'il seconda Napoléon au I S brumaire , lorsque celui-ci renversa le Directoire et les Conseils; il en fut récompensé par la place de second consul. Ses talens comme législateur et la faiblesse de son caractère le firent choisir par celui qui voulait déjà avoir à lui seul tout le pouvoir. Pour donner une idée des motifs qui ont pu conduire Cambacérès dans la route qu'il a tenue, je dfls encore donner ici une idée 4^s événemens de cette époque : le lecteur remarquera déjà la différence qui existe entre . Cam.-?
bacérès député et Cambacérès consul , et bientôt après Cambaoérès af-chichancelier de rEnipire, duc de Faille , etc. , etc. La chute de Robespierre lnîssa longtemps la république en proie aux intrigans^aùx esaeteufs, aux sophistes politiques. Le peuple n'osait faire un choix entre ses représentais. Il ^brta a^ hommages et son affection stir les défenseurs de la patrie , qui seuls se maintenaient dignes de la reconnaissance nationale y et c'est de leurs rangs qUe sortit un homme, rétonnement dix monde , et auquel Fantiquité n'a rien qui puisse lui être comparé; Imagination ne conçoit rien de plus prodigieux dans Tayenir : il a fait un épisode dans ta marche de Tesprit humain.
Le Directoire fut effrayç de llnfltrence du jeune général, qui avait été envoyé en Italie pscreé qu'après le i3 vendémiaire on ne voulait pas laisser dans l'inactivité celui qui avait montré de si grands moyens pô^ la défense de la Convention, puisiqu'èvec qtiatre ou cinq mille hommes dé troupes de ligne il avait résisté à plu5
de soixante raUle gardes nationaux armé»
et aguerris. Il est vrai de dire qu'il n'existait pas de centre d'action; mais honneur à celui qui sut devins le faible du parti opposé et qui ne desespéra pas de la faiblesse de ses moyens]
Après Taffidre du i3 vendémiaire, la Convention y pensant qu'il pourrait profiter de ses tàlens et lui devenir nuisible après lui avoir été ntile, résolut de l'employer d'une manière utile à la république. On l'envoya commander l'armée d'Italie , qui jusqu'alors avait été repoussée.
II. arriva, trouva l'armée sans discipline, sans vivres assurés, sans habillement; mais son génie sut pourvoir à tout, et pendant deux ans il nourrit son armée , créa et entretint son matériel , solda plusieurs années de solde arriérée, fit passer quarante millions aux caisses de l'État, et envoya en France pour plusieurs centaines de milUons en 'chefs -d'osuvre des arts. Tout aux afikires publiques , il avait négligé sa propre fortune. Il ne possédait pas cent mille écus en meubles^ bijoux, argent, etc. Il n'est pas étonnant
66 vik
que le Directoire ait craint un hommédont le nom était dans toutes les bouches, qui par ses services avait bien mérité de la patrie, que le public était tellement avide de voir que les rues , les places par où Ton croyait qu'il passerait étaient pleines de monde, et qui, cependant, ne se montrait nulle part. Aussi, lorsqu'on proposa de lui donner la terre de Chambord à titre de récompense nationale, le Directoire éluda-t-il cette proposition, et résolut d'éloigner encore celui qui lui causait tant d'ombrage. L'expédition d'Egypte fut résolue. Pour donner le change aux Anglais, on rassembla des troupes dans la Bretagne et la Normandie, et l'on nomma le général commandant de cette armée qui devait en apparence tenter une descente en Angleterre.
Napoléon n'avait peut-être pas alors les projets que depuis il a mis à exécution j mais il ccmimençait à sentir son imr portance; il savait aussi que les yeux des Français seraient aussi bien fixés sur lui en Egypte que s'il habitait la capitale, et que les victoires qu'il devait rem-»
DK GAKBACiRXS. 6^
porter ) se trouvant à la. tête d'une afmé« qui avait confiance en ses moyens,^ et pleine d'enthousiasme à la vue du jeunegénéral qui avait débuté dans la car-> rière d'une manière si extraordinaire, devaient lui donner bien plus d'importance aux yeux des Français. Il partit donc, et , la fortune secondant son courage , il acquit en Egypte une gloire qui ne s'effacera, pas. Je ne puisc rendre compte ici de ses victoires, elles n'ont aucun rapport avec Cambacérès ^ et je passe de suite aux événemens subséquens.
, ^ Le Directoire pesait à la nation; il avait perdu toute influence , et ne se soutenait que pacce que Toa était indécis sur le gouvernement qui convenait à la France. Une crise était inévitable et nécessaire. Tous les partis cherchaient un chef; tous les vœux invoquaient un héros; déjà plusieurs généraux avaient reçu ou fait des propositions.
C'est alors que Lucien Bonaparte et Syeyes écrivirent à Napoléon pour l'engager à revenir en France. lîs ne lui donnèrent pas d'autre motif q\ie l'intérêt
7d ri«
public 9 et ié mifent à méine de jagér d^es dangers de TËtat par quelques détails particuliers ajoutés aux nouvelles que lui portaient les journaux.
Kapoléon s'en^^arque en Egypte, et, avec un bonheur incalculable y évite la croisière anglaise, et débarque à Fréjus le 8 octobre 1799, ^P^^ quarante-sept jours de navigation. £n montant sur le vaisseau il avait dit: Si j'akorde en France le règne des nuocéOs est fini. Il fut reçu aviec ivresse : aux témoignages de tant de confiance et d'amour devant un tel peuple, Fâme d'un, homme de génie ne devait- elle pas s'ouvrir à une vaste ambition?
A ce retour imprévu les hommes jaloux de la liberté prévirent sa chute et voulurent s'opposer de toutes'lëurs forces à l'élévation de Napoléon ; les partis s'agitèrent, et Ton put deviner dès lors que la crise approchait; la masse des gens qui sont toujours disposés à passer du' parti du plus fort se tint prête à fêter le soleil naissant, Deux des cinq membres du Directoire étaient seuls sincèrement républicains. Syeyes, d'accord avec les.
DE CAMaA.ciais. 71
mismbres du .cob»^ des AiuâenSy aVtif, nou-seulemait le prc^'et de substitiier une de ses oQuyres métaphysiques à la caasn^ tution existante^ mais il méditait encore Je projet plus éloigné de rétaUxr en France une moparohie au profit d*un .prince étranger; Barras ne vonlaît qpe .£rapper un coup d'£tat qui le mûnrîni:
.dans l'autorité en abaissant les pafrtis qu'il trahissait. Chacune de œs deux factions cherchait à s'attacher un qapUaine rfipommé : Joubert venait de leur éoh^ per par un^ mort illustre dans les ehampii de ]Vovi; Moreau héskait.
£nfin arriva le 18 brumaire i lès coa^ seîls avaient été convoqués à^int^-Gloud:
on sait que sans égard à la répi^ésenta-* tion nationale, la force armée fut intr»duite dans rorangerie, où siégeait le conseil des Cinq-Cents, et força les dépij^t^s à se retirer. Je passerai- sous silence toutes les proelamations qui ont été faites à cette époque. Cambacérès en fit une aux adnûînsteaiiona centrales, aux tribunaux , etc.^ c'est cdHe que je vais donner plus }>aç. Cependant il seconda
ibrtemfliit ïfapoléon dans cette jortmée.
Syeyes et Roger Ducos furent nommés consuls avec I^apoléon. jCambacérès fiil •conservé au ministère de la justice ; mab quelque temps après il remplaça avec Lebrun les consuls provisoires Syeyes et Rog^ Ducos. C'est de ce moment que Gambacérès fut tout-à-fait dévoué à Napoléon. Il sentit de quelle importance il était pour lui de se tenir bien avec ce dernier. Il vit que sa puissance ne s'arrêterait pas à ûe point; il .en fut récompensé de la manière la plus avantageuse.
Je ne quitterai pas cette partie de son liistoire sans faire remarquer la difïérence qui existe entre les discours que j'ai cités et ceux que je vais mettre sous les yeux du lecteur. Voici sa circulaire aux tribunaux :
« Depuis long-temps y citoyens , la voix publique appelait des' changemens daps les dispositibns^rganiqUes de notre pacte social.
» Ces changemens se feront.
» On va^ préparer dans le calme de la méditation et discuter avec sagesse des
«odes ëtablis sur les bases imniad[>Ies de la liberté, de TégaUté des droits, et du respect dû à la propriété.
- » Alors tous les cœurs se r^tacheronC au système représentatif, et la république recevra de la législation un édat non moins brillant que celui qu'elle tient des triomphes de ses défenseurs.
» C'est afin de parvenir à ce but si désirable que les représentans de la nation ont décrété les mesures consacrées dans , la loi du 19 de ce mois, que je vous trans»mets avec cette lettre.
» Recevez cette loi comme un bienfait, et secondez de tou» vos moyens les efforts généreux des consuls, qui travailleront sans relâche pour assurer à la patrie desi jours de paix et de prospérité.
» Je recommande aux administrations centrales de procéder avec pompe à la publication ordonnée , et de veiller à ce que des exemplaires, en placard, de la loi soient affichés dans les lieux accoutumés.
» Il me sera rendu compte dB faccom*plissement de cette double formalités'
9 Sabit et. fraternité. »
7'4 viï^ ^
Les» consuls conservèrent Cambac^ès au ministère de la justice, et Fouché à la police générale. Plus tard, lorstju'il remplaça avec Lebrun les consuls provisoires Syeyes et Roger-Ducos, Abrial le remplaça à la justice.
Je vais transcrire ici, sur la situation générale, de la France, im extrait de l'ouvrage intitulé ; Choix des rapports et opinions prononcés à la tribune natio-nale, etc.; l'impartialité qui y règne, et les vues qu'il développe , mêle font choisir parnfii ceux qui rendent compte des événemens qui se passèrent à cette époque de l'histoire de notre révolution. Je suis . persuadé que le lecteur appréciera cet extrait.
SITUATION GÉmhLALE.
« Ce nouvel ordre de choses , dans le^ quel on ne vit que Bonaparte, fut accueilli avec un enthousiasme qui empêcha de reconnaître l'absurdité des inculpations portées cpntre des membres de la représentation nationale. Un petit
BS CA|f»AC£RKS. <jS
nombre de républicains gémissaient en répétant : Serait-^U vrai que la vertu fût en minorité sur la terre? mais la masse des citoyens , habituée , il est. vrai , à voir les partis s'entre-déchirer et s'abattre , exagérer leurs griefs et leurs succès , resta dans une indifférence complète sur la recherche de la vérité. De dignes mandataires du peuple, après avoir, au péril de leurs jours y rempli un devoir sacré , tom-r bèrent oubUés par leurs commettans ; unie atroce calomnie pesait sur des réputations sans taches, et aucune voix ne 5'éleva pour les défendre. Au contraire^ ]a tourbe des écrivains préconisait le crime heureux, et présentait sons les couleurs du crime les efforts du patriotisme. Des hommes que l'on avait aperçus incertains et tremblans à Saint-Cloud, et que bientôt on retrouvera dans les premiers emplois du gouvernement; ces hommes, plus riches de talens que de vertus, chargeaient les journaux et les murs de leur adhésion au nouveau système y ils faisaient hommage de leurs vueç, ils^ offraient leurs services, ils
7$ vlÉ
louaient surtout le héros. L'adulution et Toutrage poursuivirent au théâtre les vainqueurs et les vaincus , et, si l'on peut s'exprimer ainsi , rendirent tout étonnée la tète du bon grenadier Thomé , en la couvrant d'une couronne , pour prix d'une action imaginaire; car, on ne sau* rait trop le redire, il n'y eut dans le parti républicain, m poignard^ ni armes à feu , ni menaces d'assassinat , ni com^ plot; Bonaparte ne fut point blessé à Ut figure par Aréna, Le brave grenadier Thomé , chez qui l'erreur caressée est devenue une conviction, n'a point arra»
ché son général à une mort certaine, mais peut-être à la honte de rester sans connaissance devant les législateurs qu'il venait pour humilier et chasser; enfin, si les habits de ce grenadier se sont trou* yés percés f c'est par autre chose que par des stylets , et dans une autre traire i^'^ celle de Saintr-Cl'oud.
*> La somme prodigieuse de biens et de gloire que Bonaparte a répandue sur là France, pourrait seule faire oublier là faiblesse qu'il eut de s'élever par de si
D£ CAUBACISIIÀS. 7^
cottpaUés ikibjens. Dans Fétàt d'avHisse* ment où le gouvernement était tombé, si Bonaparte, en arrivant à Saint-Cloud, eàt abandonné la niàrche tortueuse des conjurés, évité leurs discours, leurs vaines formes , et ce^ ridicules et déshonorantes comédies jouées sous le nom de séances; si, fort de son nom, et sur comisie il Tétait de Farmée, il eût de primeabord établi le gouvernement provisoire , tel qu'il le ftit par un acte monstrueusement injuste , et eût ensuite appelé sur sa conduite le Jugement de la France entière , le renversement de la constitution eût été accueilli avec le même enthousiasme , et justifié avec plus dé franchise ; l'opposition également impuissante n'aurait pas eu l'occasion du combat et la gloire du dévouement ; enfin la nomi^ nation des consuls ne serait pas restée étemeUement attachée à une liste de proscription, et l'attentat contre la représentation nationale aurait acquis ce caractère de confiance et de grandeur qirî lui manque essentiellement. Mais, comme Bonaparte Va souvent répété de-
puis, ilny arien de plus rare qUé des desseins; et il est évident que l'enchaÎBement de ses actions est dû à renchaînement fortuit des circonstaBces, saisi et fécondé par la puissance de son génie.
Quoi qu'il en soit de ce grand délit de lèse-nation , si justement nommé attentat réparateur , il se présente sous deux aspects devant le tribunal de l'histoire : les représentans conjurés,. convaincus d'avoir déchiré leur mandat et trahi leurs scr- ,mens , n'attendent qu'un étemel ana- ,thème : Bonaparte recevra d'étemelles actions de grâce, pour avoir établi en France, au lieu d'une avilissante tyrannie , une dénomination tutélaire et brillante. .
» Ses démarches, ses actes, son unique pensée, dès qu'il posséda le pou^roir, n'eut pour but jque de faire oublier comment il l'avait obtenu. Il s'appliqua à consoler les partis ; à les éteindre en se les attachant! à soulager le peuple en le délivrant des ex acteurs , en restituant des vols ou réparant des injustices.; à récompenser les services et honorer les
DE CA]fBAG£&KS. 7^
.vertus ; à rechercher les talem et à (es «niployer; à relever les sciences et les arts; à. inspirer Tamour qa'ilryeur por<*tait; à rendre à la Fraiice toute sa force; à lui conserver la gloire accpise;. à lui doubler de nouveaux titrés au respect et A l'admiration du monde. L'ivifluence ra- ;pide qu'il exerça sur les esprits révéla -et; fit éclore une foule de talens cjui seraient restés ignorés ouj perdus sans i^'hoimeur de se développer sous sa pro- •tectiony de se grouper, atitour de sa personne : un regard du consul fut; placé audessus d'une couronne civique décernée par le peuple ; on vit e» lui toute lapatrie. ... La reconnaisëance publique seule fera Je malheur de Bonaparte; car il sera le dernier à ne plus prononcer les mots république, liberté, nation ; les Français auront repris toutes les moeurs monarr «biques 9 avant que leur idole songe à se faire monarque.
».Les discours et les reparties du consul, soit en .public, soit danis ses relations particulières , étaient avidement ve>^ cueillis, répétés, admirés: Partout oa le
ÔO VIE
suivait de là pensée, quoique partout k$ yeux pussent le suivre* Dans son m* coticerable activité, le même jour lui sul^ fisait pour féconder, d'un rayon de son génie, toutes les parties du corp$> social.
Conférer avec les ministres et les légis«latents qu'il instruisait ^ leurs devoirs et qu'il enrichissait de ses propres vues; visiter les administrations et les établis^ seraens publics, que jamais il ne quittait sans en fortifier les ressorts, sans y laisser des améliorations; passer une re* vue, où toujoiirs on le voyait serrant la main à ceux de ses compagnons d'itr^ mes qu'il estimait le plus, et reconnaissant dans vingt mille hommes le simple soldat qui avait mérité cette distinction^ saluer ses vieux camarades à l'Hôtel des Invalides et encourager ses jeunes amh à l'Ecole polytechnique, rapprochant ainn l'espérance de la gloire nouvelle à ce témoignage de l'honneur des temps anciens; descendre dans les prisons, où d'un coup d'oeil sAr il repoussait le crimey accueillait l'innocence et respectait le malheur; assister à une séance de llnsti-
tut y dont il était membre, et étomier ses collègues autant par l'étendue de sa connaissances que par le calme et l'abandon de 3on esprit; enfin se rendre au spec-tacle, non par une vaine ostentation, mais pour entendre et applaudir les chefs-d'œuvre lyriques et littéraires, dont il se montra constamment le plus juste appréciateur; et de là, comme pai^ tout où il se montrait , recevant le prix de tant de sollicitude dans l'explosion spontanée de l'amour et des bénédictions d'un peuple juge naturel de la véritable grandeur. Voilà un jour cent fois répété du consulat de Bonapafte.
» Quelque chose qu'il fît pour son ambition et sa gloire, il ne fit rien pendant long-temps qui ne fût dans l'intérêt et à la gloire de la France. L'homme dont la destinée était de remplir le monde , devait d'abord édifier un théâtre digne de sa fortune ; et cette ficticm monarchique, qui couvre le chef d'un Etat d'une infaillibilité absolue , si jamais on peut raisonnablement l'admettre, c'est à l'égard de
8a ' Vi»
Bonaparte consul ; le bien est tout h iur,
tout le mal est à ses agens.
» C'est ainsi que les proscripteurs qui Tobsédaient, après avoir obtenu mainte arrestation arbitraire , arrachèrent aux consuls une liste officielle de déportation, comprenant des députés- républicains, d'autres citoyens connus par leur patriotisme , et quelques individus dont les noms déshonorés serviront plus d'une fois encore à outrager les patriotes. La publication précipitée de cette naesure impolitique ^ œuvre d'une basse vengeance, fut d'abord désavouée par le gouvernement comme une indiscrétion, puis la mesure elle-même réduite à une simple surveillance de la police , et bientôt après définitivement annulée. Plusieurs des citoyens qu'elle avait frappés reparurent presque aussitôt dans les emplois publics ; d'autres , républicains inflexibles, se refusèrent de se soumettre, et restèrent inaperçus. Aurait- on agi de cette manière envers des brigands et des assassins ?
DE GAMBAC^RES. 83
» D'un autre côté des mesures franches et salutaires se succédèrent rapidement, soit cfa'elles fussent formellement proposées par les consuls aux conunissions législatives , soit que les consuls les prissent directement en vertu des pouvoirs dont ils étaient revêtus; et parmi ces dernières il en est;une ( du 8 frimaire ) qui provoqua, dans une classe de citoyens, de ferventes actions de grâces; elle était favorable aux prêtres perturbateurs que le Directoire avait déportés conformément à la loi du 19 fructidor an 5. Mais la France entière applaudit à la décision relative aux émigrés naufragés à Calais :
quoique ramenés contre leur volonté sur la terre qui les repoussait , ils attendaient encore, depuis quatre années, la peine due à rémigration. Ils obtinrent d'être relâchés. »
J'ai donné -cet extrait afin de mettre le lecteur à même de voir que plusieurs individus ont pu être de bonne foi dans leur amour pour Napoléon; Cambacérès a pu être de ce nombre ; ce qui ne serait pas éton-
oant en effet au miHeu des témoiguiges de reconnaissannce que la France entière donnait.au prentîer consul.
Depuis rinstallation du gouvernement provisoire y le premier omisuI ne paraissait pas s'apercevoir qu'il eût deux coUé^ gués ; toutefois il était impatient de pos^ séder seul- et légalement le pouvoir suprême. Syeyes , tout entier à ses projets métaphysiques , ne convenait pas à Napoléon y qui ne voulait que des idées positives et exprimées en peu de mots.
Ce dernier résolut de s'adjoindre plusieurs de ses collègues dont il pût tout-à-*fait disposer; il jeta les yeux.sur Cambacérès et Ifcbrun : le premier avait beaucoup d'influence, et d'ailleurs ses connaissances en jurisprudence pouvaient être très-utiles.
Les nouvelles institutions parurent remplir tous les besoins et tous les vœux. La constitution fut promulguée et acceptée par le peuple , et Cambacérês fut mis en tiers dans le gouvernement y ou plutôt, son nom parut sur la liste des consuls; car ses fonctions administratives se bor-
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nèrent à peu près àpréskier le sédat dftns ks fléanoes d'apparat.
Cepasdant le système administratif de la France prenait de la consistance y et promettait de suivre mie marche ferme et vigoureuse; Forage, qui long-^temps avait grondé sur la France, s'éloignait; la tranquillité renaissait, et l'on pouvait croire qu'enfin cette tranquillité succéderait au désordre et à l'anarchie; et, selon l'expression de Lucien Bonaparte, « la révolution qui avait commencé au Jeu de Paume de Versailles, fut consolidée dans l'orangerie de Saint-Cloud. *
Les ennemis de la France ne pouvaient voir d'un <|pîl tranquille cet état de choses , et devaient employer tous leurs moyens pour troubler le repos dont la France paraissait devoir jouir. L'Angleterre eut re- 43i>ur» à ses moyens ordinaires ; son or , distrU)ué à propos, engageâmes autres puissadces à rompre les traités conclus avec la Frante; et bientôt die fiit menacée de tous les côtés. Une année dut se formera Dijon, et le prérater consul
dut en prendre le commandement; mais il fallait des hommes et de l'argent , et le 8 mars idoo la communication suivante fut faite au tribunat :
« Français , vous désirez la paix, votre gouvernement la désire avec plus d'ardeur encore : ses premiers vœux , ses démarches constantes ont été pour elle. Le ministère anglais la repousse ; le ministère anglais a trahi le secret de son horrible politique. Déchirer la France, détruire sa marine et ses ports , l'effacer du tableau de l'Europe ou l'abaisser au rang des puissances secondaires ; tenir toutes les nations du continent divisées , pour s'emparer du commerce de toutes, et s'enrichir de leurs dépouilles : c'est pour obtenir ces affreux succès que l'Angleterre répand l'or, prodigue les promesses et multiplie les intrigues.
» Mais, ni l'or, ni les promesses, ni les intrigues de l'Angleterre n'enchaîneront à ses vues les puissances du continent :
elles ont entendu le vœu de la France; elles connaissent la modération des principes qui la dirigent; elles écouteront la
DE CAMBÀC^ftis. 87
■voix de rhumanîté et la voix puissante de leur intérêt.
» Si elles balancent, le gouvernement, qui n'a pas craint d'offrir et de solliciter •la paix, se souviendra que c'est à vous de la commander.
» Pour la commander il faut de l'argent, du fer et des soldats. Que tous s'empressent de payer le tribut qu'ils doivent à la défense commune! que les jeunes citoyens se lèvent! Ce n'est plus pour des factions, ce n'est plus pour le choix des tyrans qu'ils vont s'armer : c'est pour la garantie de ce qu'ils ont de plus cher ; c'est pour l'honneur de la France; c'est pour les in- 'téréts sacrés de l'humanité. Déjà les ai^ mées ont repris cette attitude présage de la victoire. A leur aspect, à l'aspect de la nation entière réunie dans les mêmes intérêts et dans les mêmes vœux , n'en doutez pas. Français, vous n'aurez plus d'ennemis sur le continent. Que si quelque puissance encore veut tenter le sort des combats , le premier consul a promis la paix; il ira la conquérir i\ la tête de ses guerriers, qu'il a plus d'une fois conduits
à la victoire. Avec eux il saura retrouver ces champs encore pleins du souvenir de leurs exploits; mais au milieu des batailles il invoquer^ la paix, et il jure de ne combattre que pour le bonheur de la France et le repos du monde. » Suivait ensuite Tarrété qui prescrivait à tous les jeunes gens de prendre les armes , etc. Ce fut Cambacérès qui fit passer au* trîbunat cette communication. On remarquait ensuite les dispositions suivantes:
« Tous les Français qui ont terminé leur vingtième année au premier vendémiaire dernier sont à la disposition du gouvernement^ pour être mis en activité de service à mesure que les besoins de l'armée le requerront.
» Il sera créé une armée de réserve forte de soixante mille hommes. Elle sera directement commandée en chef par le pre^ mier consul,
» Les conscrits de première jc^lasse fourniront provisoirement un détachement de trente mille hommes.
» Les anciens soldats qui auraient obtenu leur congé, ceux qui même fidsant partie
]>E GAXBACÉ&ÈS. %g
des compagnies de vétérans y sont encore en état de faire la campagne, les réquisitionnaires et les conscrits , tous sont sommés, au nom de Thoniieur, ou de rejoindre leurs drapaux, ou, s*ils ne sont attachés à aucun corps , de se rendre au quartier-général de Tarmée de réserve, à Dijon. Le premier consul les passera en .revue dans le courant de germinal.
» Les citoyens français y autres que ceux ci-dessus dénommés, qui dans cette circonstanoe extraordinaire voudront accompagner le premier consul, et participer aux périls et' à la gloire de la campagne, se feront inscrire chez les préfets et sous-préfets. Us seront formés en bataillons volontaires^
» Le département qui , à la fin de germinal, aura payé la plus forte partie de ses contributions, sera proclamé comme ayant hien mérité de la patrie. Son nom sera donné à la principale place de Paris. »
Ce fut le prélude de cette foule de demandes d'hommes et d'argent qui se sont succédé jusqu'en i8i4* Et, à cet égard 9
'Napoléon fut bien servi, et souvent il ob* tint plus qu'il- ne demandait.
Le premier consul quitta Paris le i6 floréal; vingt -cinq heures après il était à Dijon ; le a3 son quartier-général était à Lausanne. Bientôt chaque jour est marqué par une victoire. Pour la première fois, de Fartillerie a franchi le mont Saint- Bernard. Gènes, Turin, le Piémont, la Lombardie. raitrent par une seule bataille sous la protection des Français. Un mois s était écoulé : Bonaparte est à Milan. Le 25 prairial lltalie est délivrée par la bataille, de Marengo. Quarante jours ont suffi pour opérer ces prodiges.
Mais l'autorité que Napoléon avait, comme premier magistrat de la république, ne isuffisait déjà plus à son ambition; la brillante campagne qu'il venait de faire ajoutant à l'admiration qu'il avait inspirée, lui rendait plus facile toute usurpation à cet égard. Je vais transcrire ici le sénatus-ôoH$ultte du \% floréal an lo, le message adressé au corps-législatif et au tribunat, par les second et troisième con-
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suis y le 21 floréal an lo, la réponse du premier consul à ce sénat, et enfin l'arrêté pris par les second et troisième consuls en conséquence de la résolution du .premier; le lecteur sera à même d'ap- "précier cette jonglerie politique. Je n'en .parle que parce que Cambacérès a prêté son appui à Bonaparte pour parvenir au suprême pouvoir. Je fais grâce an lecteur du préambule du sénatus - consulte pour ne m'attacher qu'à ses considérans; ils portent que : « Dans les circonstances où se trouve la république, il .est du devoir du sénat conservateur d'employer tous les moyens que la constitution a mis en son pouvoir pour donner au gouvernement la stabilité qui seule multiplie les ressources, etc. , etc. (i) ; i » Que le magistrat suprême qui , après avoir conduit tant de fois nos légions républicaines à la victoire, délivré l'Italie, triomphé en Eiu'ope , en Afrique , en Asie ,
(i) Ce qui sait dans ce considérant se trouvant exactement rapporté dans un discours que Cambacérès prononça le lo theimidor an xj j'y renvoie le lecteur.
et rempli le monde de sa renomntée , a préserve la France des. horreurs de l'anarchie qui la menaçait, brisé la faux révolutionnaire , dissipé les factions , éteint les discordes civiles et les troubles religieux, ajouté aux bienfaits de la liberté ceux de l'ordre et de la sécurité, hâte les progrès des lumières, consolé Thumanité, et pacifié le continent et les mers, a les plus grands droits à la reconnaissance de ses concitoyens, ainsi qu'à Tadmiration de la postérité;
» Que le vœu du tribunat parvenu au sénat dans la séance de ce jour, peut, dans cette circonstance, être considéré comme celui de la nation française ;
» Que lé sénat ne peut pas exprimer plus solennellement au premier consut la reconnaissance de la nation, qu'en lui donnant une preuve éclatante de la confiance qu'il a inspirée au peuple français ;
» Que les second et troisième consuls ont dignement secondé les glorieux travaux du premier consul de la république.
» D'après tous ces moti&, et les soffra-
DE GAMBAGE&ES. qS
ges àyknt été recueillis au scrutin secret,
» Le sénat décrète ce qui suit : etc. »
Venait alors la nomination de Napoléon ail consulat, pour les dix années qui suivraient celles pour lesquelles il était en fonction.
Le second consul adressa le message suivant au tribunaux et au corps-législatif :
« Les consuls de la république vous transmettent la réponse du premier consul à la délibération du sénat conservateur, en date du i8 de ce mois, et l'arrêté qu'ils ont pris en conséquence de la résolution du pranier consul. »
Je la transcris ici parce qu'elle contient un passage très - remarquable , et que du reste elle est , comme je l'ai déjà dit y une jonglerie politique. La voici en entier:
« Sénateurs, la preuve honorable d'es^ time consignée dans votre délibération du i8 sera toujours gravée dans mon cœur.
» Le suffrage du peuple m'investit de la suprême magistrature ; je ae me croi-
rais pas assuré de sa confiante , si l'acte qui m'y retiendrait n était encore sanctionné par son suffrage.
» Dans les trois années qui viennent de s'écouler , la fortune a souri à la république; mais Infortune est inconstantCy et combien d'hommes qu'elle avait comblés de ses fayeurs ont vécu trop de quelques années!
» L'intérêt de m,a gloire et celui de mon bonheur sembleraient avoir marqué le terme de ma vie publique du moment oà la paix du monde est proclamée ;
» Mais la gloire et le bonheur du citoyen doivent se taire quand l'intérêt de l'Etat et la bienveillance publique l'appellent.
»Vous jugez que je dois au peuple un nouveau sacrifice : je le ferai si le vœu du peuple me commande ce que votre suffrage autorise. »
Suivait l'arrêté du second consul, qui devait soumettre à la sanction du peuple la question suivante : « Napoléon Bonaparte sera-t-il consul à vie ? »
Il ne restait plus qu'un pas à faire pour
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arriver au trône; cet espace fut bientôt franchi, et non-seulement Napoléon s'empara du pouvoir que le peuple lui avait confié pour un temps limité, mais encore il en fit décréter Théridité dans sa famille, il fut en cela puissamment secondé par Cambacérès , c'est ce qui fait le sujet des discours que je vais mettre sous les yeux du lecteur.
Le lo thermidor an lo (ag juillet 1802) les deux consuls, auxquels le gouvernement était confié en Tabsence de Napoléon, dépéchèrent un message au sénat sur Témission du vœu pour le consulat à vie.
Voici la teneur de ce message , qui est signé par Cambacérès ; c'est pourquoi je la rapporte.
«Sénateurs, le 16 floréal dernier le tribunal émît le vœu qu'il fût donné au premier consul un gage éclatant de la reconnaissance nationale. Ce vœu fut applaudi par le corps-législatif, et répété par un mouvement spontané des citoyens.
» Le sénat éleva plus haut ses pensées, et , dans l'accomplissement de ce vœu , il voulut trouver un moyen de plus, de
g6 ..VIE .
donner au gouvernement oMe stabilité ^ui seule multiplie les ressources^ «>wprime la confiance au dehors ^ établit le crédit au dedans , rassure les aJUés ^ décourage les ennemis, écarte les fléau je de la guerre , permet de jouir des fruits de Ui paix^ et laisse à la sagesse le temps d' exécuter tout ce qu'elle peut concewr pour le bonheur d'un peuple libre,
» Le premier consul pensa que les circonstances de sa première nomination lui faisaient une loi de p'accept^r cette réélection que quand le peuple français aurait donnée par son assentiment, une preuve de son attaclieoient et de sa confiance per* manente pour le magistrat qui avait été 'Vobjet de son premier choix.
» Dans cette position ^ nous cr&mes devoir exécuter en entier k pensée du sénat.
D Le peuple français y a répondu : de presque tous les départemens sont pârve^ nus au gpuvernement les actes qui con* tiennent Texpres^ion de sa volonté. C'est au sénat que nous aveiis eiM^ dans ce^te circonstance nouvelle , qu'il appartenait
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de dépouille? et de proclamer le vœu du.
peuple : nous avons ordonné au ministre de rintérieur de mettre à sa disposition les registres où le vœu national est consigné.
» Nous invitons le sénat à {M-endre dans sa sagesse lès mesures qu'il croira les plus convenables pour constater ce résultat. »
Le a6 floréal an i a, Cambacérès présidant la séance du sénat , prononça le discours suivant , relativement à Théré^ dite du trdne impérial.
« Citoyens sénateurs , vous avez communiqué au premier consul votre pensée sur la nécessité de donner un prindpe de permanence à Tordre actuel , et vous l'avez éclairé sur les circonstances qui déterminent Turgeoce' et l'opportunité dé cette disposition.
» Avec un peu de réflexion, Fesprit occupé d'un but aussi important ne voit^ pour l'atteindre, que Fétablissement d'un gouvemeinent héréditaire.
» Votre prudence a pressenti le vœu de
la nation; elle vous a fait connaître que Uppinion était mûre pour le retour d'une institution dont la conservation nous parut nécessaire lorsque Teffervescence des passions n'avait point encore confondu toutes les idées, et vers laquelle tout nous ramène depuis que les faits ont détruit des illusions inspirées par le zèle bien plus que par la prévoyance.
» Aussi le bruit de votre démarche s'est à peine répandu , que des milliers de voix ont réclamé un chef héréditaire sous un titre qui flit tout à la fois digne de la grandeur de la nation, et compatible avec les principes de nos lois constitutionnelles,
» Toutes ont déféré à Napoléon Bonaparte ce témoignage de la confiance la plus signalée, et de la reconnaissance la plus universellement sentie.
» Les adresses des tribunaux , des administrations, des municipalités, celles des armées , le cri de tous les bons citoyens , ont annoncé un élan dont le gouvernement n*a pu, ni méconnaître,
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ni négliger Vexpression ; ce que votre sa • gesse , de concert avec lui y est appelée à diriger.
» Citoyens, le projet de sénatus-consuite organique soumis à votre délibération, est fondé sur cette grande base de l'organisation sociale :
» Il confie le soin de régir la France au héros qui Ta retirée de Vabîme;
» Il le transmet héréditairement à sa descendance , et à défaut de celle-ci à des souches de sa ligne collatérale;
» Il sanctionne les acclamations du peuple entier. Ce peuple demande au ciel .que le sauveur de la république puisse être long-temps Fauteur de sa gloire, et que des rejetons de sa race, imitateurs de ses vertus , puissent étendre jusqu'à nos derniers neveux le bonheur que nous lui devons.
» Sénateurs , lorsque vous avez provoqué la grande disposition qui nous occupe, vous avez senti que tout ce qui pouvait exister avait besoin d'être mis en harmornie avec elle.
V Cette indication a été suivie, et, en resserrant le principe et l'action du gou-
vernement, toutes nos institutions ont été conservées , et n'ont subi que des modifications commandées par le nouvel ordre de choses.
» Vous le savee , le grand art du législateur consiste à régénérer les états sur les bases existantes , et sa tâche est de subvenir aux circonstances avec les matériaux qu'il a sous la main.
x> Vos yeux exercés reconnaîtront dans le projet que Ton vous présente Tempreinte du génie qui la trace.
» Si ce projet n'a pas atteint toute la perfection dont une imagination hardie conçoit la possibilité , il renferme du moins les élémens qui peuvent l'y conduire.
» Les améliorations durables sont toujours l'ouvrage de l'expérience et du temps; vous y trouverez d'ailleurs des garanties contre les écarts de l'ambition , tout ce qui est nécessaire pour assurer l'indépendance et la dignité des grands corps , et ta création des premières places dont les fonctions seront souvent utiles et toujours nécessaires pour ajouter à la pompe qui doit environner le chef de l'é-
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ta( dans les actes éclataus de la puissance publique.
» Il est glorieux pour vous, sénateurs, d'être dans une époque aussi mémorable les interprètes et les arbitres d'une grande nation, et de concourir à en assurer les bases inébranlables.
» Ah ! s'il était permis de mêler le langage des affections personnelles à la pensée des plus grands intérêts, je vous dirais qu'en terminant la carrière à laquelle la confiance du premier consul et le suffrage de la patrie m'avaient appelé, il est doux pour moi de déposer dans votre sein l'expression de mon admiration , de ma reconnaissance , et de mon respectueux dévouement pour celui que nous nommons à juste titre le père et le chef du peuple français. »
Enfin, le 28 floréal an 12 , un sénatosconsulte organique remit à Napoléon les rênes de l'état, et lui donna le titre d'empereur des Français. Cambacérès prononça dans cette circonstance les discours suivans :
« Sire , le décret que le sénat vient
loa VIE
de rendre , et qu'il s'empresse de présenter à votre majesté impériale, n'est que l'expression authentique d'une volonté déjà manifestée par la nation.
» Ce décret, qui vous défère un nouveau titre, et qui, après vous, en assure l'hérédité à votre race , n'ajoute rien ni à votre gloire ni à vos droits.
» L'amour et la reconnaissance du peuple français ont donné depuis quatre années à votre majesté les rênes du gouvernement, et les constitutions de l'état se reposaient déjà sur vous du choix d'un successeur.
» La domination imposante qui vous est décernée , n'est donc qu'un tribut que la nation paie à sa propre dignité, et au besoin qu'elle sent de vous donner chacpie jour des témoignages d'un respect et d'un attachement que chaque jour voit augmenter.
» Eh ! comment le peuple français pourrait-il trouver des bornes pour sa reconnaissance, lorsque vous n'en mettez aucune à vos soins et à votre sollicitude pour lui?
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» Comment pourrait-il , conservant le souvenir des maux qu'il a souffrerts lorsqu'il fut livré à lui-même, penser sans enthousiasme au bonheur qu'il éprouve depuis que la Providence lui a inspiré de se jeter dans vos bras ?
» Les armées étaient vaincues , les finances en désordre , le crédit public anéanti; les factions se disputaient les restes de notre antique splendeur ; les idées de religion et de morale s'étaient obscurcies; Thabitude de donner et de reprendre le pouvoir laissait les magistrats sans considération, et même avait rendu odieuse toute espèce d'autorité,
» Votre majesté a paru ; elle a rappelé la victoire sous nos drapeaux; elle a établi la règle et l'économie dans les dépenses publiques : la nation, rassurée par l'usage que vous en. avez su faire, a repris confiance en ses autels; les notions du juste et de l'injuste se sont réveillées dans l'Ame des citoyens, quand on a vu la peine suivre le crime, et d'honorables distinctions récompenser et signaler les vertus.
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» Enfin , et c'est là sans doute le plus grand des miracles opérés par votre génie , ce peuple, que l'efTervescence civile avait rendu indocile à toute contrainte, ennemi de toute autodté, vous avez su lui faire chérir et respecter un pouvoir qui ne s'exerçsdt que pour sa gloire et son repos.
» Le peuple français ne prétend point s'ériger en juge des constitutions de$ autres états ;
» Il n'a point de critiques à faire, point d'exemples à suivre; l'expérience désormais devient sa leçon.
» Il à pendant des siècles goûté les avantages attachés à l'hérédité du pouvoir; il a fait une épreuve courte, mais pénible , du système contraire.
» Il rentre , par l'effet d'une délibération libre et réfléchie, dans un sentier conforme à son génie.
» Il use librement de ses droits pour déléguer à votre majesté impériale une puissance que i^on intérêt lui défend d'e^ei^ cer par lui-même.
» Il stipule pour les générations à ve-
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tiir, et y par un pacte solennel , il confie le bonheur de ses neveux à des rejetons de votre race.
» Ceux-ci imiteront no9 vertus; ceux-là hériteront de notre amour et de notre fidélité.
Heureuse la nation qui, après tant de troid>les et d mcertitudes, trouve dans son sein un homme digne d'apaiser les tempêtes des passions y de concilier tous les intérêts et de réunir toutes les voix!
V Heureux le prince qui tient son pouvoir de la volonté , de la confiance et de l'afTection des citoyens !
» S'il est dans les principes de notre constitution, et déjà plusieurs exemples semblables ont été donnés, de soumettre à la sanction du peuple la partie du secret qui concerne rétablissement d'un gouverment héréditaire, le sénat a pensé qu'il devait supplier votre majesté impériale d'agréer que les dispositions organiques reçussent immédiatement leur exécution; et , pour la gloire comme pour le bonheur de la république , il proclame à l'instant même Napoléon empereur des Français. »
ràTandieiice ^z le consii] loi diti ■■s ie présenter * À-erct «pd hii ■ ' .r* - -aaerrar. :2: mi. étabfb-
zzr*. il ly I, "S- 'rjLL.5- aiCiues an
DE
^^^Bac^rés. 107
wujoursd exemple ^ ^^^ successeurs pour leur app * art de gouverner les
nations, ren/**^^^^^ vivante de votre boDte ^"*V^ j ^ à leurs augustes corn-
mes ^"^ « ^ "^ *^ le plus sûr de régner sur tous les coe^^^ ^ b
» X«e se Se f^élicite de saluer le premier ^^^^^i^f)^^^é impériale et royale; et celt^^ ^ hanneur d'être son organe,
ose espe ^^^ Vous daignerez le compter »^ ^ ^'^ de vos plus fidèles serviteurs. » •
Ces " discours n'ont pas besoin de coïï*^^*^**\^^^ , et le lecteur peut les mettre à je^^J^ste valeur.
Voici la lettre que Napoléon écrivit à CaO^aceres lorsque , par suite de la déliy^ération du sénat citée plus haut, il cessa ^es fonctions de second consul.
« Citoyen consul Canabacérès, votre titre va changer; vos fonctions et ma confiance restent les mêmes. Dans la haute ^lignite d'archichancelier de TEmpire dont vous allez être revêtu, vous manifesterez, comme vous l'avez fait dans celle*