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de consul , la sagesse de vos conseils et les talens distingués qui vous ont acquis une part aussi importante dans tout ce que je puis avoir fait dé bien.
» Je n'ai donc à désirer /de vous que la continuation des mêmes sentimens pour l'état et pour moi. »
• On voit que Napoléon savait dorer la pUule,
Je vais maintenant rendre compte d'un événement qui a occupé, à l'époque oà il se passa , la France tout entière. Diversement interprété, l'histoire balance encore à le qualifier, et, quoique depuis quelque temps un grand nombre de versions aient été publiées à ce sujet, par des personnages qui y ont figuré, par des jurisconsultes qui ont examiné si, dans toutes les suppositions, on avait le droit d'agir comme on l'a fait, par des gens qui ont prétendu avoir d'amples renseignemens \ on ne sait encore à quoi s*en tenir :
je veux parler de l'exécution du malheureux duc d'Enghien. Je choisirai parmi toutes les hypothèses qui ont été faites celle qui me paraît la plus vraisemblable.
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Le dac d'Ënghieo fut enlevé d'Etcniheim, où il vivait en simple particulier, s'occupant de la chasse et de la culture des fleurs, dans la nuit du i5 au i6 mar^ 1804. On le conduisit à Strasbourg, où il fut enfermé dans la citadelle. Le 18 il monta en voiture, et arriva lev 30 à qua** tre heures aux pofrtes de Paris. Il fut transféré à Yincennes, et à onze hen^ res du soir traduit devant une commis* sion militaire qui le condamna à mort.
Il demanda plusieurs fois à être mené de^ yant' le premier consul; il lui écrivit même; mais on avait trop d^intérét à l'em^ pécher; et au point du jour la sentence étaitexécntée. Cahibacérès, second consul^ demanda et ne piit obtenir que le prince fût traduit devant nn tribunal compétent.
Il s'opposa de tout son pouvoir à Texé-' cution de ce jugement inique. Mais les mesures étaient trop bien prises^ et avant qu'il eût pu obtenir ce qu'il demandait, lé malheureux prince avait cessé d'exister.
Quel est celui qui conduisit Cette horrî^.
Me affaire ? C'est ce qtie je vais tâcher de
4éméler à travers le voile qui/ouvre cette horrible catastrophe.
. Il e3(istait :alors un personnage dont la marche t^tueuse dans la carrière polid- <{ue est maintenant connue de tout le maiid&; dou^ de. beaucoup d'esf>ntyil en fit uçage pour se maintenir sous tous les gouvememens qui se sont succéda en France 4QP^is 17^9* .Trahissait tpus les partis qu'il servait, il fit. usage de U place qu'il occupait 9 et qui le mettait en rela-* tiqn avec les puissances étrangères» pour augmeptpr, çontinuellemenit sa fortune, qui en effet ^t ti^èsr copsidérable , et eut le talent, qui^f^ertei^ n'est pas conomun, de se tirer sajm.et S4u| de toutes les convulsio^is. qui agitèrent notre malheureuse Frai;^. L'opinion qi^e je vais émettre, consifnée dan^ \2i, Suite au Mémor^U de JkL de Las (kfsèfi, est en effet celle qui parait la plus vraisemblable. Les relations que )î^ perso|ui9ge dpnt nous parloi» entretenait avec les cabinets étrangers n'étaieni p9^ toute;» , on le suf^se , :exemptes de bl4n[^e; i^ devait ciraindre que diês révélations ne Jui fissent perdre le crédit
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dont il jonissait; il devait éviter surtout que le prince arrêté eût une entrevue avec Napoléon, ainsi qu'en l'avait demandé à <3elui-ci, qui, selon le témoignage de M. de Las Cases, n'était pas éloigné de raccorder. Il n'est pas douteux en effet que ce prince , qtiiprofessait la plus haute estime pour les talens de Napoléon, qui SLV^it dit, si l'on en doit croire ce qui a été imprimé plusieurs fois, que si s6n nom et l'état de sa IkmiUe ne s'y oppo-paient pas, il demanderait du service an jchef du gouvernement français; il n'est pas douteux, dis^je, qu'il eût été sauvé) d'abord, parce que c'est la seule action de ce genre dont l'on puisse accuser Napoléon; et de plus, qu'il n'avait aucun intérêt à la mort de cet infortuné , qui n'é* liait pas héritier des droits de la maison die Bourbon au trône de France , qui en était même fort éloigné. Ce forfait était âmpolitique; il faut donc que l'intérêt d'un personnage influent de cette époque ait fait avancer l'exécution du mal-^ heureux prince; d'après cette maxime, que les morts seuls ne parient plus* Il est
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étonnant que rien ne puisse nous metti'e sur la voie ; les auteurs ou complices de cet attentat au droit des nations rejettent l'un sur Vautre Todieux de cette mesure.
Puisque le public ne peut être exactement instruit à cet égard, il doit alors choisir rhypothèse.qui paraîtra plus vraie.
Quel est celui qui avait le plus d'intérêt à ce que ce jugement fût .prononcé^ et qui devait en presser le plus l'exécution?
Etait-ce le ministre de la police ? on ne voit pas qu'il put eu avoir d'autre que de servir celui qu'il appelait alors son maître; mais quel intérêt ce maître poiivait-il avoir ? aucun , et c'était commettre un crime inutile,* si toutefois un crime peut être utile. Je persiste à croire que le personnage seul, dont j'ai p^rlé en commençant cet article devait seul, crainte de révélations, presser l'issue de cette malheureuse affaire. £n effet, il est hors de doute qu'il entretenait des relaticMOS avec les princes français réfugiés en Angleterre. Il pQUvait se faire que le duc d'Ënghien, obtenant une entrevue avec ]Napoléon, et franc comme il l'était^ eût
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p6ut>€tre rendu compte de ces petites plaisanteries diplomatiques ; dans ce cas que devenait-on ? Il fallait empêcher ces gens de se trouver ensemble; ce qui d'un moment à l'autre pouvait arriver. Les moyens les plus dénués de justice et de morale furent employés, et le malheureux prince mourut victime de Vastuce, de la fraude et de la crainte qu il inspirait. Il •est des gens à qui un crime ne coûte rien quand il leur est utile, nous en avons eu malheureusement des preuves; et Ton agit dans cette circonstance comme le fit la Montagne avec le monarque qu'elle immola. Un délai pouvait et devait le sauver, on pressa son jugement et son exéjcution.
Je n'ai parlé ici de cet événement que parce qu'il mit sous un jour favorable la conduite de Cambacérès à cette époque :
il employa tous les moyens auprès de Napoléon pour obtenir cette entrevue tant désirée, et pour empêcher par conséquent cette funeste exécution. Il eût certamement réussi sans la précipitation que l'on mit à consommer cette œuvre d'iniquité.
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Il est très-lionorable pourCambacérèsTy que nous avons vn jusqu'à présent plier sous toutes les autorités, d'aVoir dans cette circonstance agi suivant sa conscience y qui lui démontrait l'infamie de cette mesure. U ne fallait pas en effet être profond jurisconsulte pour voir qu*il y avait violation d'un territoire neutre, arrestation illégale ^ et enfin manque de forme; puisqu'en supposant que le prince fût coupable d'avoir conspiré contre le chef dn gouvernement , il devait être traduit devant une cour d'assises oiu au moins devant une haute cour criminelle, et non devant une commission militaire qui ne pouvait en aucun cas le juger j de plus le prince émigré n'avait pas rompu son ban, puisquHl résidait en territoire neutre ; et Cambacérès dans cette circonstance plaidait la cause dé l'hamanité et du dl^oit des g^ns. Honneur donc à sa mémoire, s'il n'a pu empêcher le mal, il a du moiiis fait tous ses efforts [tour s'y opposer, et l'intention dans ce cas doit être réputée pour le fait.
Je me suis arrêté assez long-temps sur
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ce fait , dont on voudrait pouvoir ne pas se rappeler. Il est. étonnant que parmi le grand nombre de personnes qui y participèrent on n'ait pas encore pu en trouver Aine qui ait exactement dit la vérité : on jdoit naturellement en induire que toutes <mt des torts à se reprocher. Si je me suis trompé dans l'opinion que j'ai émise , ce qui est très-possible, au moins je puis dire pour ma justification que je crois que les probabilités sont en ma faveur : et en effet I si quelqu'un pouvait avoir intérêt à la prompte exécution du jugement, ce fut .certes le personnage dont-il s'agit. Cettis manière de voir confirme l'explicaticMi qu'a donnée de cette affaire le duc deR***.
Je trouve dans le Mémorial de Sainte^ Hélène une. note à ce sujet qui me paraît veàir à l'appui de ce que j'ai avancé ; je Vais la transcrire ici. Kapoléon disaic que la mort du duc d'Ënghién devait être attribuée à un excès de zèle autour de lui, ou à des vues privées, ou enfin à des intrigues mystérieuses. Il y avait été, disait -il, poussé . inopinément ; On avait, pour ainsi dire> surpris ses idées;
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on avait précipité ses mesures ^ enchaîné ses résultats. «J'étais seul un jour, i^acontait il; je me vois encore à -demi assis sur la table où j'avais dîné , acherant de prendre mon café ; on accourt m'apprendreune trame nouvelle; on me démontre avec chaleur qu'il est temps de mettre un terme à de si horribles attentats ; qu'il est temps enfin de donner une leçon à ceux qui se sont fait une faabîrtude journalière de conspirer contre moi; qu'on n'en finira qu'en se lavant dans le sang de l'un d'entre eux ; que le duc d'Ënghien devait être cette victime »
puisqu'il -'pouvait être pris sur le fait, faisant partie de la conspiration actuelle; qu'il avait paru à Strasbourg; qu'on croyait même qu'il était venu jusqu'à Paris; qu'il devait pénétrer par l'est au moment de l'explosion, tandis que le duc de Berri débarquerait par l'ouest. Or, nous disait l'Empereur, je ne savais pas même précisément qui était le duc d'Ën^ ghien : la révolution m'avait pris bien jeune ; je n'allais point k la cour ; j'igno- XBiis où il se prouvait* On me satisfit sur
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tous ces points. Mais s'il en est ainsi , m'e-^ crîai~je, il faut s*en saisir et donner des o r d res en conséquence. Tout avait été prévu d* avance ; les pièces se trouvaient toutes prêtes, il n'y eut qu'à signer; et le sort du*prince était décidé.
» Rien de plus faux que les motif;» variés qu'on m'a prêtés, dans cette circonstance î ces motifs ont pu exister peut^tre dans V esprit et pour les vues particu-^ Hères des acteurs subalternes qui y con-* coururent.
» Assurément , si j'eusse été instruit à temps de certaines particularités concernant /e.f opinions et le naturel du prince ; si surtout f avais vu la lettre qu'il m'é^ crivit et qu'on ne me remit. Dieu sait par quels motifs , qu'après qu'il n'était plus y bien certainement j'eusse pardonné!*
Cette explication n'a pas besoin de commentaires; on est à même d'aj^récier ce que j'ai dit plus haut.
Cambacérès fut donc nommé archi-cbancelier de l'empire lorsque Napoléon s'empara du pouvoir absolu; il fut par là récompensé de son changement
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d'opinion. Sa fortune ne se borna pas là.
lies émolumens attachés à cet emploi étaient considérables, et l'cm se doute bien que se& services ne furent pas payes seulement par des honneurs. Bientôt après nommé grand- officier de la Légion-d'Honneur, prince de Tempire , duc de Parme, celui que nous avons vu zélé partisan de la démocratie chargea sa poitHne de ce qu'il signalait précédemment comme les insignes de la tyrannie. Il fut en effet décoré de presque tous les ordres étran-^ gers. Pourquoi faut-il que l'ambition et le désir des richesses ternissent les plus beaux caràctèftes ! Auri sacra fumes ! Du reste, si l'exemple d'un grand nombre peut atténuer une faute, à coup sÀr celleci est toès-pardonnable. Parmi les hommes de grand talent qui^se sont élevés pendant la révolution , c'est-àniilre dans le temps où le mérite pouvait parvenir, abstraction faite du nom et de la richesse, il en est pea 4|ui n-aîent pas iéchi le genou devant l'idole. Jusqu'au moment où nous sommes parvenus, aucunreprochetie peut leur être fait. Napoléon avait tellement illustré son
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nom, ses. victoires l'avaient rendu cher au peuple français , les arisiées retentissaient de ses louanges, la gloire de la France paraissait être le but de toutes ses actions; tous ces motifs réunis avaient pii fasciner les yeux de ceux qui l'entouraient et qui n'étaient pas accoutumés à tant d'éclat. Biais ce. qu'on ne peut pardonner à Cambacérès, c'est l'emploi qull fît de ses talens , nourseulement pour jus^ tifîer, mais encore pour provoquer ces levées d'hommes et d'ai'gent qui auraient fini par ruiner la France. Il semblait que tous çeuK qui à cette époque figuraient dans le gouvernement, trouvant encore trop letotp la marche hasardeuse du chef de ré(at, youlaient, par tous les moyens qui étaient ep leur pouvoir, lui donner plus de rapidité pour accélérer sa chute.
On a vu Cambaoérès, peu jaloux du tNtre de second magistrat de là république française, y renoncer facilement pour la place ^d'archithfnccËer de. remjrâre, et provoquer, ea trè^^pèu de temps la no«« iiubation de Napoèéoh pour dix ans de plu3 à la première place de l^tat ^ le faire
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ensuite nommer consul à vie, demander pour lui l'empire, et enfin le iiécider à accepter l'hérédité de cette auguste fonction pour sa famille. Dès lors Caniibacérès tint un état de maison considérable; déjà le ventre était devenu une partie influente du corps, et il s'occupa de le contenter.
Napoléon avait choisi en Cambacérès et Lebrun deux hommes de mérite, deux personnages distingués ; tous deux sages , modérés , capables ; mais d'une nuance tout-à*fait opposée. Cambacérès , du moment où les affaires prirent une tournure stable et où l'on s'occupa de reconstruire ce que la révolution avait détruit , devint Pavocat des abus, des préjugés, des anciennes institutions, du retour des honneurs, dès distinctions, etc. , etc. 11 avait été le partisan de la révolution, parce qu'il la regarda comme le seul lïioyen qu'il eût de parvenir : forcé par crainte de se jeter dans le parti de la Montagne y du moment où il vit que par ses talens et sa position politique il avait acquis de l'influence., il devint r homme du pouvoir»
Iiebrun, au contraire, froid, sévère, in-^.
sensible^ combattant le retour des bonneurs, etc: , y cédant sans illusion, tombait dans l'idéologie. Napoléon se servait de leur caractère selon ses vues. C'est la réunion de ces trois bommes de caractère et de moyens si opposés que l'on appelait plaisamment dans le temps le tiers con-solide,
Napoléon avait déjà dit: Le 'ventre dlrige les hommes^ on l'a bien répété depuis ; mais il ne ppuv^t présider à de longs repas; la multitude des affaires, son goût particulier l'en éloignaient entièrement. Lebrun^ par son caractère et ses habitudes, n'était nullement propre à ce genre de représentation. Cambacérès était, l'homme qui convenait : flatté du titre de Monseigneur^ que ne manquaieiit pak de lui donner ses convives, occupés de la re-:
présentation, il oublia les premiers succès de sa vie, et ne se réveilla que lorsqu'il fallait au sénat ou provoquer ou soutenir quelque levée de conscrits. On disait alors : On dine très- vite chez V empereur, très-bien chezVarchichancelier, chezVar^ chitrésorier pa$ ^ tout, Cambacérès à