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pas plus du côté des dames que de celai de l'autorité ; c'est pourquoi je me suis abstenu de toute réflexion , et dans ce cas j'ai cherché seulement à justifier Cambacérès d'un défaut commun aux habitans de la Pj/ovence, mais que cachent avec soin ceux qui y sont sujets» Ce ne sont donc que des conjectures que Ton peut faire à cet égard. Il est possible aussi que des personnes du beau sexe, piquées contre lui , auront fait courir ces bruits, qui du reste ont pris tant de consistance , qu'il était regardé comme le prototype de ce vice. Ces bruits donnèrent à une réponse de Cambacérès , -que Ton n'aurait pas remarquée sans cela , un caractère qui excita les ris des Parisiens, qui agissent toujours avec les gens qui ont du pouvoir, comme le faisaient lés soldats romains par rapport aux triomphateurs, c'est-à-dire en les accablant de plaisanteries et de railleriespiquantes.
On sait que Cambacérès , voulant mettre un terme aux bruits injurieux qui couraient sur son compte, choisit mademoiselle C'^*'^ pour rétablir sa réputation;
1 assistait régulièrement aux représentaions du théâtre auquel mademoiselle C*** îtait attachée : mais voyez la malveillance , quelques efforts qu'il fît , on prétendait toujours que la place de maîtresse de Cambacérès était une sinécure. Dans le commencement de leur liaison, le bruit courut que mademoiselle C*** était enceinte; là -dessus, un personnage de la cour le félicitant sur cet événement , lui dit : « Comment, monseigneur, voilà, une grossesse qui vous fait honneur ; on dit que mademoiselle C*** porte des marques visibles de votre attachement pour elle. — Cela regarde M. de R**% ré- ^ndit froidement Cambacérès, car je ne l'ai connue que postérieurement. »
L'on doit penser que ce mot répété dans tout Paris, dut faire de l'effet. On rit beaucoup ; Cambacérès s'en inquiéta peu .et fit bien.
Il est difficile en effet, dans le grand nombre de ceux qui ont partagé avec lui la faveur de Napoléon, d'en citer un seul qui, comme Cambacérès, n'ait pas abusé du pouvoir qu'il avait. Je défie de trou^
ret une action qui pcnsse' déraendr ce qw j'aTaoee; sa bonté était extrême , il faisait beaaeoup de bien, et bon nomlnre de hmilles lui doivent d'avoir pu reccroir dans leur setn ceux de leurs membres que la révolution avait écartés de k France, et qui se trouvaient portés sur le» listes d'émigrés. II obtint la ra^atioii, de ces listes, des noms d'un grand nombre d^entre eux', et cependant en i8ii on remarquait parmi ses détracteurs quelques-uns de ceux auxquels il aTait rendu des services. Cette conduite n't ricB q&i doive étonner : l'ingratitude est le vice dominant de ceux qui fréquentent les cours. On connaît ce mot d'un courtisan sous Louis XY : « On doit ténor le pot de-cbambre aux gens en place faut qu'ils j sont, et leur vider sur la tète quand ib n'y sont plus. » C'est expliquer d'une manière un peu libre le donée erisfeUx d'Ovide; mais malheureusement cette manière d'agir a trouvé et trouvera encore bien des imitateurs.
On prétend qu'une autre fois que^ ^'ttn ayant reproclié à Cambacérès qu'il
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choisissait nn^ausse route pour arriver ao bonheur, il répondit par Padage connu, errare humanum est^ etc. Il aurait pu tout aussi bien répondre par ce proverbe italien :
Tuai i guiti Mfto in nattmt Il più ecoeUenti egU il nosfro,
qu'on a parfaitement traduit en français par celui-ci :
Tous les goûts sont dans la natnré^ lie meilleur est celui quW a.
Quoiqu'il en soit, heureuseœeatque c^ lui dont nous parlons n'est pas coauMm , car il indique k démoralisntioii dans Vé^ tat social , et quelque exemfàe que noua puissions tirerdei'an(squilé,iné«e parmi ceux qu'on est convenu d'appeler dea grands hommes , je n'en persiste pas moins à croire que l'instoire nous faitlà<-dessas des contes, comme sur beaucoup d'autres sujets.
Que les anecdotes que je viens de ra« conter scÂent vraiment arrivées à €am* baoérès, soit que la malveillanœ ait cherché à Bocréditer les bnaite que l'on faisait
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courir sur lui, par des faits qui pussent leur donner un air de vraisemblance, j'en vais citer une autre dont je ne puis garantir l'authenticité; elle se passa, si Ton en croit les rapports qui furent faits à cet égard, en 1810. On prétend qu'au carnaval , Cambacérès se trouvant au bal masqué de l'Opéra, fut accosté par m domino qui l'intrigua beaucoup en lui racontant diverses particularités de sa vie qull croyait très-secrètes. Cambacérès supplia le personnage de se démasquer, ce que l'autre lui refusa toujours sous prétexte que la vue de sa figure ne pourrait que lui causer de la peine; après bien des sollicitations le domino consentit à se démasquer, mais à condition que ce serait chez le prince et en secret. L'envie qu'il avait de connaître une personne qui paraissait -si bien instruite de sa vie privée, lui fit accepter/ On monte en voiture, on arrive chez le prince, on entre dans son cabinet, il somme le domino de remplir sa promesse ; mais quel fut sou étonnement de voir sous le capuchon et le masque qui couvraient le domino, la
DE GAMBACiBàs. sSl
figure de Louis XVI ^ avec luie marque sanglante autour du cou! Il ne put sou* tenir cet affreux spectacle et s'évanouit.
Le personnage profita de ce moment pour s'évader, et Ton ne put jamais découvrir celui qui avait joué ce tour à Cambacérès.
Quoiqu'on doive ajouter peu de foi àune semblable anecdote, elle peut cependant être arrivée; mais, en supposant que< cela soit vrai, pourquoi s'attaquer à Cambacérès, qui vota la mort du roi à la vérité, mais par timidité; et le votedu sursis qu'il motiva doit être compté en sa faveur, puisquil n'y a pas de doute, comme je l'ai dit en son lieu, que s'il eût été accordé, l'infortuné monarque n'aurait pas payé de sa tète le bien qu'il avait l'intention , sinon les moyens , de faire à son peuple. Je quitte ce triste souvenir, dont^ je me suis déjà trop occupé , pour prendre des sujets plus gais. Puisque Cambacérès a passé pour bien suivre la règle de la syntaxe latine qui dit d'accorder le masculin avec le masculin, je vais .
rendre cctfi^te de iont oé que Fon a 4it I oet égard.
On a remarqué au théâtre des Variétés que mademoiselle C'^'^ jouait souve&t des tôles d'honime, et que dans ce cas la kr> guette du prince aiH^hkhancëtier ne quit-* tait pas cette actrice ; l'on a induit de là qu6 c'était par cette ceôson que Canbacérès l'avait préférée à d'autres, plus jolie» peut*«tre , mais qui n*aYaient pas des formes si marquées.
Il courut même dans ce temps, au théâtre des Variétés y un dessin qui représentait Gambacérès en Amour lançant une âèche; on prétendait que mademoiseile {^^*y profitant de l'ascendant qu'elle avait sur ce caractère faible, avait exigé de lui qu'il prît ce costume étant seul ayec die.
Je me rappdle avoir vu ce dessin : Cambacérès était en Amour, mais il avait conservé sa perruque, sur laquelle on avait posé une guirlande de roses : on se figure aisément que c'était une véritable caricature.
Cambacérès avait, dès l'époqM où il
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était eonaeîUer au parlement de Toulouse, pris l'habitude 4e se pFcmieaer Imitemeut IsB mains demère le dos avec deux ou trois personnes dont il goûtait la conversation. Tout Pai^s a pu le voir dans les galeries ou dans le jardin du Palak-Royal, se promener entre d'Aigrefeuille et une «utre personne 4ont la maigreur faisait contraste avec eelui-*ci. C'était là surtout ^u*ou pouvait admirer son bon caractère ; ^r plusieurs fois les filles qui s'y promenaient lancèrent sur lui des brocards que je ne me permettrai pas de rapporteri parce (pe leur lainage» très*énergique du veste, n'est pas assez décent pour qu'on puisse en rendre compte.
Il paraît aussi, et plusieurs personnes l'ont remarqué comme moi , que ce n'était pas à la figure de mademoiselle C*** que Gambacérès tenait le plus , que c'était à sa tournure, car toutes les fois qu'elle était en scène , pour pouvoir lui faire admirer la beauté de sa taille, elle avait soin de lui tourner toujours le dos.
Si les amÂs de Cambaoérès l'ont aban»
deaDué dans sa disgrâce p leitf exemple fîit
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suivi par sa maîtresse , car, en 18149 un personnagephis considérable quch^-prihce mrchichanceUer de l'empire français ^ le remplaça, pour peu de temps à la vérité, dans les bonnes grâces de sa maîtresse.
Dès ce moment il ne retourna plus au théâtre des Variétés, ou du moins il n'y eut plus de loge : celle qu'il occupait était l'avant-scène du rez-de-<;haussée, à gauche du spectateur \ elle était précédée d'un petit salon garni de glaces et d'un sopha; c'est, dans ce petit boudoir qu'il passait ses soirées ; et au fait , à cette époque sa vie était assez agréable : le matin , présidant le sénat , qui ordonnait de sang'froid des levées d'hommes, et sortant pour se mettre à une table qui passait à juste titre pour la meilleure de Paris , il ne la quittait que pour aller à ce • spectacle où il voyait la belle C*** déployer ses grâces et V élégance de sa taOle.
J'espère que jamais épicurien n'a mieux employé son temps.
A travers ces défauts , Cambacérès possédait un bon cœur ; j'ai déjà dit qu'il avait rendu de grands service» à beau-
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Coup d'émigrés. Lors de la fatale tragédie (|ui priva la maison de Condé de son dernier rejeton , il fit tout ce qu'il put pour empêcher cette catastrophe, et il y aurait sans doute réussi si , comme je l'ai encore dit, il ne s'était trouvé sur son chemin des gens qui,pressés par leur conscience et par la crainte , hâtèrent le moment de la mort uon-seulement d'un innocent, mais encore d'un prince plein de mérite et de talens , et dont les brillantes qualités promettaient à la maison de Condé un héritier digne d'elle. Honneur à ceux qui cherchèrent à empêcher ce crime ; honte et infamie sur ses auteurs , quels qu'ils soient; on finira sans doute par le savoir, et l'impartiale histoire les vouera à l'exécration de la postérité I
Cambacérès était très-charitable ; il donnait beaucoup aux pauvres ; les bureaux de bienfaisance du lo^ arrondissement de Paris reçurent souvent de l'argent de lui pour être distribué aux indigens : avec des qualités comme celles-là on rachète bien des défauts. Je ne crois pas que la plupart de ceux qui se sont enricius sous Napoléon
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en aient fait autant qjae loi k cet éganf.
Lors de la conspiration de Mallet, Guidai et Lahoricy quand messieurs Pasquîer et S^ysxy firent un tour de Force, les conjurés ne pensèrent point à s^emparer du prince archichaneelier, et dè& le matin Cambacérès fit venir, comme je l'aï déjà dit, un bataillon de vieille-garde qui garda les avenues de son hôtel; ob pr6* tend qu'il voulut les haranguer , mais iine Inrillait point pour l'éloquence militaires aussi fut^on plus sensible k quelques bouteilles de vin qu'il fit distribuer, qu'à touD» ses fleurs de rhétorique. Ils restèrent toute la journée et toute la nuit chez lui , car on ne pouvait pas se figurer que tout fit fini par l'arrestation des conjurés; cm ne pouvait croire que des hommes, avec aussi peu de moyens, aient tenté de renverser un gouvernement qui paraissait si IbrtementétaUi, et qui s'écroula cependant avec tant de rapidité,. parce que Napoléon, fort de la puissance à laquelle il était parveiHi» négligea le peuple dont il avait été l'idole, pour se jeter dans les bras des flatteun> qui le perdirent : sU transii, etc. CepoiK
4teiilCambaeérès était, par sa place, après FiinpératFicie et soil ûls, le premier perso»» nage de Tetat, et si yéritablement les conspirateurs avaient eu un but t)ien déterminé, ils eussent certainement commencé par s'emparer de l'épouse et du fils da souverain; de plus ils se fussent assurés ds sénat et surtout de son président, parce qu'alors en effet ils auraient pu dé- Inter toutes les nouvelles qu'ils auraient voulu. Napoléon étant trop loin pour les «mpécber (l'agir, en aurait pu introduire le gouvernement qu'on aurait voulu j mais, comme je l'ai déjà fait observer, les républicains Mallet, Guidai, Lahorie, et le royaliste Lafon, n^avaient qu'un seul point dans leur manière de voir qui leur f&t commun, c'était la chute de Napoléon. Ce que j'ai oublié de dire, c'est que l'abbé Lafon parvint à échapper an sort qui l'attendait , et que, quelque perquisition qu'ait faite la police, elle ne put jamais parvenif à àavoir <<e qu'il était devenu. Du mom^Qt que Napoléon eut abdiqué, Cambacérèsse retira k Paris où il vécut dans l'obscurité. On ns iro^M, plus chez lui cette foale de dîneurs
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qui s'y rendaient auparavant; il* n*smàt plus comme alors le pouvoir de rendre des services, par conséquent les courtisans du nouveau- gouvernement qui rentrait en France, selon Fusage, lui 'tournèrent le. dos. Il apprit alors à connaître ceux qui du temps de son élévation kii donnaient du monseigneur; et quoiqu'il dût s'y attendre, cela le chagrina, et le vide qu'il trouvait dans son hôtel lui fat .très-sensible; mais il surmonta cette légère peine, et fut ^sez :philosoph€ pour se contenter d'une fortune considérable et de ridée qu'elle n'était pas mal acquise:
elle fut, il est vrai, le prix de sa faiblesse et de son dévouement aux volontés de .Napoléon. Il n'employa aucun des moyens par lesquels on acquiert des fortunes rapides et qui ne donnent pas une opinion favorable de ceux qui les emploient. L'époque de i8i5 le remit sur le théâtre de la politique, mais il avait reçu une leç<Mi, il en profitar et ne reçut plus comme il faisait avant les événemens de i8i4* H parut au Champ de Mai en sa. qualité de ministre de la justice; mais dans la cham*
brç des pmrs» où â entra le t, juin, il ne proni»iça awsun discours et ne se mit nullenuefit en évidenee. Se trouvant excepté de 4a loi d'amnistie ,- pour avoir voté la mort; de Louis XVI et avoir repris des fonctions publiques lors du retour de Napoléon, il (foitta la Franee, et se réfugia dans le royaume des Pays-Bas; il choisit Bruxelles pour le Heu de sa résidence, et y occupa un superbe h6tei dans la rue de FEmpereur : là, vivant très-simplement pour la fortune qu'il possédait, chaque jour des pauvres attendaient sa sortie pour recevoir les aumônes qu'il avait coutume de distribuer lui-même : ils se rangeaient en haie c^s deux côtés de la porte; et lui, fouillant 'dans ses poches, leur distril^uait de la monnaie avec une bienveillance qui doublait le prix du bienfait. Il allait de là se promener au Parc avec son secrétaire. C'est ainsi que se passaient toutes ses journées. Il obtint enfin l'agré^ ment de rentrer en France. Il logeait dans le faubourg Saint^Germain, et se tenait aussi tranquille que quand il émit en pays étranger. Il est probable même que quel^
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que graùcle qu'ait été sa réputation et son influence dans les affaires de l'Etat , on n'aurait pas.su son arrivée à Paris si les journaux n'en avaient pas rendu compte.
On le voyak cependant quelquefois au Luxembourg où il faisait sa promenade accoutumée, qui était devenue pour lui ime habitude; mais sa mise ne le fsôsait nullement remarquer, car elle était d'une grande sim^dicité.
Le ler mars 1824 il fut frappé d'une attaque d'apoplexie , et malgré tous les soins que l'on prit de lui , ou ne put le sauver ; il languit huit jours dans cet état. Enfin y le 8 mars, il expira, laissant sa famille dans l'affliction, ainsi que tous ses amis et ses domestiques ,'dont il était trèsaimé. Il vécut soixante - dix ans quatre mois et vingt-trois jours. Pendant cette longue carrière, qu'il sut bien employer pour son intérêt, il montra qu'on arrive plutôt aux honneurs par un caractère souple qu'en montrant de la tête et du courage. Parmi ceux qui se montrèrent partisans de la révolution, soit par intime conviction, soit par espoir de parvenir.
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il s'en rencontra beaucoup qui , doués de beaucoup de moyens, 'mais ne sachant pas transiger avec leur conscience , subirent le sort du chêne de la fable de Lafontaine ^ tandis que Cambacérès et quelques autres, pliant toujours sous les coups des tempêtes qui passèrent sur la France, surent toujours se relever, et restèrent debout.
On: a pu voir dans le cours de cet ouvrage que Can^acérès fut toujours guidé par l'ambition et le désir d acquérir de la fortune. 11 dut être, pleinement sa*tisfait sous ces deux rapports, car peu ;d'bommes ont pu voir dans le cours de .leur -vie se multiplier pour eux à ce point la fortune et les honneurs. Il était prince archichancelier de Tempire français , duc ■de Parme (ce dernier titre lui est resté), grand-officier de Tordre de la Légiond*Honneur,.grand*croix de Tordre de la Réunion : les souverains étrangers s'empressèrent de lui envoyer les ordres de leur empire ou royaume. 11 était, si Ton peut se servir de cette expression , chamarré de décorations. Voilà pour Torgueîl. D'un aa-
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tre coté, son duché de Parme, les émo^ lumens de ses places, lui permirent de ccmserver, même après la chute de Sapoléon, une fortune considérable. Ce qu'il y a d'étonnant dans toutes les rérolutions qui se sont opérées sut la sùrfipice dja^giohe et chez toutes les nations, c*estque toutes les fois que le peuple s'est soulevé il a toujours été le jouet d'intrigans qui l'ont conduit à des excès ,'et qu'il a toujours été obligé de revenir au point d'où il était parti; de sorte que januûs la masse générale d'une nation ne change d'état. Td est le fruit. du peu dé lumtàres et dTin* struction qui circule chez ies difFérens peuples : le poids de leurs chaînes les ^êne, ils les secouent; mais bientôt, £itigué» de l'anarchie, ils suivent le premier homme dont le gouvemement leur offre une lueur de bonheur, et bientôt leurs fers se rivent aussi solidement qu'auparavant. Ainsi l'on passe du despotisme à l'anarchie, et de celle-ci au despotisme.
Le seul peuple qui ait fourni une exception à cette règle générale est celui des États-Unî», e^ encore cet effet tient à an
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{;iaiid nombre de causes dont la discus-^ sion m'entraînerait et m'écarterait trop de mon sujet. Cambacérès, à l'époque de la révolution, se voyait, à la vérité, conseiller d'une cour souveraine, et c'était déjà beaucoup pour un homme qui n'avait pas de fortune ; mais il aperçut dans les mouvemens qui se préparaient un moyen de se mettre en évidence; ce qui du reste dans ces affaires n'est pas toujours prudent , car la foudre des tempêtes révolutionnaires, comme le fluide électrique, s'attache à frapper les objets les plus élevés. Il vit que le ministère luttait contre les parlemens; que ceux-ci, lors de leur suppression par le chancelier Maupeou , avaient acquis une grande popularité , et que , lorsque Louis XVI rétablit les parlemens, ce fut une fête générale par tout le royaume. Ces cours souveraines, dont l'opposition aux actes du ministère avait un but louable, comptaient encore sur la protection de la nation ; mais les écrits des philosophes du dix -huitième siècle avaient commencé à oclairer cette nation sur .ses droits. De
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plus les places de la magistrature se donnaient à la naissance , et quelquefois , mais moins que cela n'aurait du être, au mérite. Lesparlemens, s'opposant à lenregistremeot des édits bursaux, comptaient humilier le ministère, mais ne pensaient pas qu'une foule d'avocats , pleine de mérite et de talens, tâcheraient de profiter de l'ébranlement qui ne pouvait manquer d'avoir lieu, pour parvenir à leur tour aux places qui auparavant étaient occupées par la noblesse de robe.
Cambacérès , se trouvant une fois lance dans la carrière politique , où il n'entra que tard à la vérité , puisque ce ne fut qu*en 1 792 qu'il parvint à la Conventioo, et que déjà deux assemblées avaient diligé la France , se trouvant donc à celte Convention qui se déclara. régulatrice, et qui elle-même était influencée par la Commune de Paris ; Cambacérès, dis-je , eut le bon esprit de préjuger quelle serait la marche que suivrait cette assemblée. U vit que là majorité , dirigée par la Commune , aurait long-temps le dessus , et cfu/elle finirait par se défaire de ceux des
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membres qui lui résisteraient. Il fit taire sa conscience qui , d*après sa manière de viviïe, qu'il a toujours suivie depuis, devait le détourner de ces exécutions sanguinaires qui souillent les pages de notre histoire à cette époque , et se rangea, du "|>arti qu'il jugea devoir être le plus fort. Ce qu'il y a d'étonnant, et ce dont je n'ai jamais pu me rendre compte, c'est que j'ai connu et je connais encore beaucoup de personnes qui à cette époque ont marqué , soit à la Convention , soit à la Commune, et que la plupart, bons maris, bons époux, amis sincères, n'auraient pu jamais faire soupçonner par leur manière d'être ce qu'ils avaient été autrefois; c'est que la plupart de ces niveleurs étaient tous despotiques dans leurs opinions et leur manière d'être dans leur famille : après cela cherchez à connaître le cœur humain. J'en ai connu un. entre autres. qui, avec le plus grand sang-froid , aurait condamné ou fait condamner tous ceux qu'il aurait pu supposer conspirer conti'c la liberté de ses concitoyens, et qui, hors de là, était l'être le plus doux, le meilleur qu'on puisse.
jaratis voir. U n'est donc pas étolioaiii que Cambacérès ait pu se lancer dans k canidés montagnards, quoique au fond il fàt bien loin, par son caractère, de partagek* leurs excès. Il est certain que son cœur devait saigner de voir tous lesjtmn une foule de victimes devenir la proie de ce tribunal révc^utionnaire, alimenté par ceux dont Cambacérès était obligé , par les circonstances, de faire sa société. Lonque Robespierre tomba, sa chute entraîna celle de son para; mais, comme on Ta vu , Cambacérès craignit le retour de ce temps de troubles, car il s^opposa an rappel des lois révolutionnaires. Il ne croyait pas le parti de la Montagne vendu à l'étranger, car un jour Napoléon loi demandant ce qu'il pensait de la conduite de Robespierre : « C'est, répondit Cambacérès, un procès qui a été jugé y mais non plaidé. » Il est étonnant du reste que parmi les papiers dé ceux des amis de Robespierre qui furent arrêtés lors de la chute de celui-ci, on n'ait rien trouvé qui puisse fixer l'opinion publique à cet égard. Quant à celle que j'ai émise, je
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'" puis, comme je Tai dit plusieurs fois, ^'^^ m'être trompé, mais je ne m'y suis ar- '^''' rêté qu'après avoir mûrement examiné -'''-^ la conduite des membres influens de cette '^ époque qu'on a pu supposer trahir la ^^'* cause delà révolution. En effet, les prpeTflL'i scriptions qui atteignirent d'abord les ir^i membres -des parlemens, premiers auteurs de la révolution y ensuite les membres de la noblesse qui en avaient adopté les principes, la destruction de la ville de Lyon, et enfin une foule d'autres actions de ce genre, prouvent que s'ils ne s'étaient pas vendus à l'étranger, ils agissaient du moins de manière à le faire croire. J'ai d'ailleurs sur ce sujet la même manière de voir que l'estimable auteur de VHistoire de Paris eX des Esquisses historiques sur la réifolution française. 11 a été plus à même que personne d'avoir une opinion fixe à cet égard, puisqu'il était lui-même membre de la Convention, qu'il fut au reste forcé de quitter pour se réfugier en Suisse.
J'ai oublié de dire en son lieu, et je crois devoir le faire maintenant, que Cambacérès, depuis le commencement de la ré-
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volation jusqu'au moment où il fut nomme membre de la Convention, c'est -à-dire depuis 1789 jusqu'en 1792, remplit plusieurs fonctions publiques, tant civiks que judiciaires, et que ce sont ces fonctions qui, l'ayant mis en évidence, portèrent les électeurs du département de l'Hérault à le choisir pour un de leurs représentans.
Lorsque Cambacérès vit que le parti révolutionnaire était tout-à-fait abattu, il retourna à ses premières idées, aux principes monarchiques : il en fut acciisr à la Convention, ainsi qu'on a pu le voir.
Porté au ministère delà justice, sa perspicacité lui fit voir que le peuple , las de l'anarchie et des secousses qui nécessairement en dérivent, courait lui-même audevant, des fers que le premier ambitieux voudrait lui imposer : il sut démêler If talent du général qui avait tant fait avi'C si peu de moyens; il résolut de s'attacher à sa fortune et de le seconder de tout son pouvoir.
On voit que la conduite que tint Cambacérès à cette éjMMjue est conforme «t
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son ambition et à son amour des richesses.
Il suit la révolution, parce qu'elle peut contribuer à sa fortune et à son avancement; il plie dans les orages politiques, et se range du parti de la majorité par crainte; et, toujours par ce désir de parvenir, il voit que pour satisfaire les deux mobiles qui r.ont guidé , il faut le retour des distinctions : il seconde de tout son pouvoir celui qui doit être le dispensateur de ce qui peut le rendre heureux. Au moins ne Ta-tril pas trahi; et son adhésion à l'acte du sénat', bien qu'il eut pu se dispenser de le donner, puisqu'il rentrait dans la vie privée, ne fut envoyée que lorsque Napoléon eut abdiqué, et par conséquent lorsqu'en effet il ne pouvait plus lui être d'aucune utilité. En i8i5, il refiifîa de reprendre le porte-feuille de la justice , parce que , prévoyant le peu de durée du gouvernement d'alors, il jugea qu'il pourrait par là s'attirer des désagrémens par la suite: ce qui est en effet arrivé, puisqu'il fut forcé de s'expatrier. Il ne le reprit en effet, comme je l'ai déjà dit, qu'après de pressantes sollicitations, et
parce qiji'il y aurait eu d« Fingradtade de ^ part à refuser un homme qui l'avait comblé de bienfaits.
Le caractère de Cambacérès présente un contraste frappant avec celui d'un grand nombre de ceux qui comme lai se trouvaient toujours dévoués aux volontés de Napoléon; il rentra dans la vie privée sans que cela parût en rien inioer sixr sa mamère d'être» Il ne recevait plus, à la vérité ,. comme autrefois , beaucoup de monde j. mais c'était unicplement par mesure de sûreté, c'était afin de ne pas s'exposer à une surveillance toujours désagréable , car on n'aurait certainement pas manqué de supposer qu'un homme qui avait joué un grand rôle dans le monde put se résigner à se tenir tout-à-fait dans l'obscurité. Cependant la conduite de Cambacérès pendant les cent jours devait prouver qu'il ne se souciait plus, de ce rôle éclatant, et qu'il ne désirait que le repos.
Je crois en ^ffet que quelque emploi qu'il put avoir dans le nouveau gouvernement , à coup sûr il eût été au-dessous de celui qu'il avait occupé précédera-
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ment ; et par conséqaent il ne devait pas le déshrer avec ardeur. Nous avons vu cependant bien des gens occuper des emplois sous tous les gouvememens qui se sont succédés depuis 17^9 jusqu'à nos jours. Il est rare cependant de se tenir si solidement et si long-temps sur le terrain glissant de la feveur; il faut en général se tenir à plat ventre ou ramper , si l'on aime mieux , pour n'être pas renversé y car ceux qui veulent marcher le sont tou> jours par les secousses qui ébranlent si souvent ce terrain volcanisé.
Cambacérès était aimé de tous ceux qui l'approchaient; il rendait des services, et la manière dont il le faisait ajoutait à la reconnaissance de ceux qui lui avaient des obligations. M. Lavollé, son secrétaire y ne Va pas quitté jusqu'à l'époque de sa mort; et cela prouve en faveur de tous ks deux. Ses domestiques ne l'ont pas non plus quitté, sauf ceux qui lui devenaient inutiles, puisqu'il ne tenait plus cm train de maison si considérable; et en cela ils ont plus fait que ses amis, c'est-* à-direqueceux qui prétasdaient à ce titre
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lorsqu'il était en faveur y. car ceux-ci, sitôt qu'il fut tombé, s'empressèrent non-seulement de l'abandonner, mais encore ib l'accablèrent de railleries piquantes, et la fable de Lafontaine se trouve encore une fois réalisée, et certes il reçut plus d'un coup de pied d* âne. Je ne rapporterai aucune des caricatures qui furent exposées à cette époque, parce qu'aucune n'était faite avec esprit, et qu'on n'y apercevait que de la méchanceté; on fit aussi un grand nombre d'épigrammes , dont une entre autres avait rapport à M. d'Aigrefeuille ; la voici :
D'Aigrefeuîlle de monseigneur Ne pouvant plus piquer Fassiette, Pour en témoigner sa douleur, . A mis un crêpe à sa fourchette.
Si à cette époque Ton n'eût attaqué que ceux qui avaient abusé du pouvoir qu'ils avaient eu entre les mains, cette conduite pourrait sembler toute natureUe, , quoiqu'il n'y ait pas de générosité à i battre les gens à terre; car un homme se \ vengeant d'un personnage éminent en ' le traduisant devant le tribunal du pu-
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blic et le ridiculisant , on ne peut lui en vouloir , et Ton trouve tout naturel d*employer le seul moyen qui soit en son pouvoir pour réagir contre l'oppresseur ; •mais quand TofFensant est déchu, l'offensé doit être content et ne pas pousser plus loin sa vengeance. Cambacérès ne se trouvait pas dans ce cas : n'ayant jamais fait de mal à personne, il ne pouvait avoir d'ennemis que chez les envieux de son pouvoir et parmi ces hommes pour lesquels il semble que les bienfaits soient des injures.
J'ai déjà dit que Cambacérès possédait une fortune considérable ; elle était le fruit de ses économies ainsi que des fonds qu'il possédait à titre de duc de Parme :
il n'a point eu d'enfans , et cette brillante fortune passe entre les mains de ses collatéraux. On doit trouver étonnant qu'il ne se soit pas plié au joug du mariage, car on doit supposer que dans le cours de sa longue carrière il a dû recevoir bien des propositions à cet égard, non-seulement par rapport à sa fortune , mais encore par rapport à ses places. En effet , à
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la cour, bien des gens ont dit rechercher son alliance : il est si agréable d'être beaupère ou beau-frère d'un personnage important. Il n'est rien à quoi Ton ne puisse arriver^ et Ton sait de quelle importance cela est pour un courtisan. Si Cambacérès n'avait pas montré dans tontes les circonstanœs combien il craignait de mourir , on aurait pu supposer qae , ne fiaisant pas cas tle la vie , il ne se souciait pas d'en faire part à d'autres. Quoi qu'il en soit, il ne se maria pas; et, comme je viens de le dire, toute sa fortune passe entre les mains de ses collatéraux. Je vais rendre compte deja distribution de cette fortune, d'après le Journal des Débats, qui est celui qui s'est le plus étendu sur ce chapitre. Les journaux avaient déjà rendu compte de la mort de Cambacérès , et l'on a remarqué que dans cette circonstance personne ne s'est permis le moindre mot contre lui , et cela prouve que tout ce qu'on a dit, écrit ou dessiné en 18149 n'était que contre Vhomme en place, et non contre lui particulièrement. Sa vie privée ne présente aucun de ces événe-
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mens remarquables qui intéressent le public , ou bien il faudrait fouiller dans une source qui n'est pas pure , car dans tout ce -qu'on a écrit en 1 8 1 4, rien n'est prouvé, et même rien n'est vraisemblable. Voici comment le Journal des Débats rend compte de ses dispositions testamentaires.
« La fortune de M. Cambacérès était, comme on sait , très-considérable. On dit que, par son testament, il Ta répartie à J)eu près de la manière suivante :
»Les deux fils de son frère sont institués ses héritiers ; l'aîné pour les deux tiers , et le cadet pour le troisième. Le premier aura de plus son hôtel de Paris avec le mobilier, l'argenterie et les bijoux qui s'y trouvent. Ce jeune homme, âgé de vingt-cinq ans , est le gendre de M. Thiibon j régent de la banque de France. Il se trouve ainsi possesseur d'une fortune de 25o,ooo fr.de rente, d'un magnifique hôtel et d'un mobilier de la valeur de 800,000 fr.
Le cadet, qui n'a que près de vingt et un ans , vient de se faire émanciper , et il entrera ainsi immédiatement en jouissance de ses i5o,ooo fr. de rente.
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M M. Cambacérès laisse à son frère 12,000 fr. de rente et quarante actions des canaux.
» Il laisse à madame Gilles , sa sœur, la jouissance d'un domaine de 5,ooo fr. de rente, et quarante actions de la Banque; à M. Gilles, ûls aîné, son neveu, la propriété dudit domaine , et 80,000 fr. en argent; à M. Gilles jeune, son autre neveu , tine somme de 60,000 fr. ; et 6,000 fr. à mademoiselle Gilles , sa nièce. Madame Delaire, son autre nièce, doit , diton, recevoir une somme de 1 5o,ooo fr.; et l'on ajoute qu'il hii avait donné à une pareille somme lors dé son mariage.
i> Quant aux ' autres legs particuliers, M. Cambacérès laisse au baron Séguier, premier président de là cour royale,iooo fr. de rente viagère; à M. La voilée, son secrétaire, qui ne l'avait pas quitté dans son exil , a,5oo fr. de rente viagère, réversible sur la tête de sa femme, et quelques actions sur les canaux ; à cbacune des deux filles de M. Lavollée, i5oo f. de rente. ^ » Il laisse un legs de 25o fr. de rente à chaque paroisse de Paris, et à chaque
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succursale i5o fr. de rente. La cathédrale de Montpellier, sa ville natale , a aussi un legs de 3,ooo fr. de rente.
» M. Carion de Nisas, son cousin, est porté sur le testament pour une somme de looo fr. , et 5oo fr. de rente ^iagère.
»Son intendant recevra 10,000 fr., et jouira de 1000 fr. de rente viagère.
» M. Thibon, qu'il a nommé son exécuteur testamentaire, est prié d'accepter un diamant de 6000 fr. »
M. le duc de Cambacérès avait, à ce qu'on assure , commencé depuis longtemps à écrire, des Mémoires qui ne peuvent être que fort curieux et très-importans pour l'histoire. On estime que seà manuscrits pourront former six volumes.
Les deux principaux héritiers du duc de Cambacérès sont, comme on voit, ses deux neveux; ce sont les fils de son frère le général Cambacérès, dont j'ai déjà parlé dans cet ouvrage: c'est hériter d'une belle fortune , et l'on assure qu elle est passée en bonnes mains ; je n'ai pas l'honneur de connaître ses neveux, mais leur réputa-
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tion est faite et Ton prétend que les pau* vres, qui recevaient beaucoup d'aumônes de Toncle, ne perdront rien auprès des héritiers. Je suis bien aise ici de payer ce tribut d'éloges à deux jeunes gens qui, possesseurs d'une fortune considérable, se feront un devoir d'imiter leur oncle, auquel ils la doivent.
Quelque chose cependant dans ce testament ne me setnble pas bien expliqué.
Chaque paroisse de Paris reçoit de lui aSo francs de rente, et chaque succursale i5o; je voudrais savoir si ces sommes sont destinées aux pauvres, comme je ne doute pas que ce ne fâtt l'intention du testateur, car les paroisses de Paris sont assez riches pour n'avoir besoin de rien, et il me semble que dans ce cas les bureaux de bienfaisance auraient été mieux choisis; car je crois que c'est à ces établissemens philanthropiques que devraient être adressés tous les secours, que l'on veut donner aux indigens.
Une chose aussi me semble étonnante, c'est que les deux fils de son cousin,
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M. Carion de Nisas , ne soient pas portés sur son testament , car, à coup sûr, il ne pouvait mieux placer ses bienfaits que sur ces deux jeunes gens, dont Vtm est auteur de plusieurs ouvrages estimés , et l'autre officier dans ia garde royale; tous deux sont pleins de mérite , et ne peuvent que faire honneur à leur parent.
On voit aussi dans ce testament que Cambacérès a écrit des Mémoires ; si le public peut en jouir, je nedoute pas qu'ils* ne soient accueillis avec la plus grande faveur. En effet Cambacérès, depuis l'époque de la révolution, s'est trouvé en relation avec tous les personnages qui ont marqué dans tous les gouvememens, et il n'y a pas à douter que l'on y trouvera bieti des vérités qui pourront ne pas plaire à tout le monde; aussi baucoup de gens sont sari? doute très-contens de la mesure qu'on a dû prendre de s'emparer des papiers de la succession; on pourrait supposer même que plusieurs de ces personnes ne sont pas étrangères à cette mesure. Je ne m'étendrai pas sur ce procès,
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qui maintenant est pendant à la conr royale, parce que des raisons particulières m'en empêchent;il y aurait cependant beaucoup à dire sur ce sujet ; mais le public est déjà instruit du procès par le compte qu en ont rendu les journaux , et il le sera aussi, par la même voie, de la décision du tribunal. Cambacérès parlera sans doute de l'événement malheureux auquel il ne prit part que pour tâcher de l'empêcher, et que tous les auteurs ou complices rejettent les uns sur les autres , événement sur lequel le public ne peut encore former que des conjectures. Cambacérès a eu aussi beaucoup de part au mariage de Napoléon avec une princesse autiichienne.
Il soutint son opinion au conseil d*£tat, et le parti qu'il prit l'emporta; on ne peut lui attribuer les malheurs qui sont survenus depuis ce mariage, puisqu'il ne'k conseilla que parce qu'il le jugeait utile aux intérêts de la France; en cela il s'est trompé, et rendit un très-mauvais service à Napoléon; il aurait pourtant dû connaître la politique du cabinet de Vienne, et savoir qu'il sacrifierait les liens du sang à
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l'orgueil et au désir de se venger d'avoir été si souvent vaincu : ce que Cambacérès dira à cet égard ne peut manquer d'intéresser vivement. L'époque du i8 brumaire est une de celles où le rôle de Cambacérès a été un des plus importans : sa nomination au second consulat, et peu après Celle de prince archichancelier , furent le prix des services qu'il rendit.
Une chose remarquable, c'est qu'à peine Napoléon parvint-il au pouvoir, que déjà il aspira à le posséder seul; car en nommant des consuls on devait avoir pour but d'adjoindre à Napoléon, dont les talens pour la guerre avaient été éprouvés par des victoires signalées remportées sur les ennemis de la France, deux hommes dont les talens administratifs et judiciaires devaient faire espérer uh gouvernement heureux; mais dès lors Napoléon ne voulait pas avoir à partager le pouvoir, et on le nomma premier consul; de plus, il choisit Cambacérès et Lebrun pour collègues, parce qu'il savait qu'il trouverait en eux des collaborateurs entendus lorsqu'il voudrait en faire usage,
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et des hommes qui jamais n oseraient censurer ses démarches. D'après la mamère d'agir de Cambacérès, et surtout dans la conduite qu'il tint depuis la chute de If apoléoD, il 7 a tout lieu de supposer qu'agissant comme il le faisait, il riait ai dessous de la conduite de tous les g/eos qui l'entouraient, tout en s'occupant d'augmenter sa fortune, de sorte que ces Mémoires n'aysmt dû paraître qu'après sa mort, il n'a du rien ménager; et certes je crois qu'à cet égard ses Mémoires seront très-piquans ; et je crois que si Cambacérès a été le plastron d'un grand nombre de plaisanteries, je crois que cette fois les riiçnrs seront de son c6té, et.q^'D prendra sarevsvniche, si toutefois soa principal héritier peut en garder la, propriété , et s'il se décide à les faire imprimer. Je crois en un mot que dans ce moment où les mémoires parti<HiUers sont en bkveur, aucun de ceux qu'on a fait paraître ne présentera autant d'intérêt, soit par les faits dont ils rendront compte, et dont une partie s'est pass^ sous les yeux de ceux qui les liront, el qui par oonsé-
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->€]ueiit seront à même d'apprécier ces Mé- :, maires. Je m'étends un peu sur ce sujet, . mais ea le faisant j'analyse la vie de Cam- baeérès, et je reporte le lecteur sur les événemens dont j'ai rendu compte. Je ne sais, danskla circonstance où^ous nous trou- .,; voins, comment Cambaçérès aura rendu .^ compte de l'époque de sa vie où il se ^ trouvait membre de la Convention ; cette, époque est l'Orne des plus remarquables ^ de sa vie. Son opinion sur des person- « nages qui marquaient à cette époque sera d'autant plus précieuse que la plupart ^1 d'entre eux, ou n'ont pas été jugés, ou ^ l'ont mal été; tels que Robespierre et ses adhérenSy dont plusieurs Tabandonnèrent , et pajèrent de leur tête leur amour pour . leur patrie ; car il n'y a pas à douter que beaucoup de. ceux des m^aoïbres de la Convention qui passèrent de son sein pour aller au tribunal révolutionnaire, et de là à l'édiafaud, ne fussent véritablement des patriotes, égarés peut-être par la fougue de leurs passions , en un mot, fanatiques de liberté, mais sincères dans leur passion pour le bonheur de la
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France* Excepté celle quia rendu la liberté aux Etats-Unis d'Amérique, le fanatisme, soit religieux, soit politique, a enfanté toutes les révolutions, et a fait couler des torrens de sang , parce que ceux qui sont atteints de cette maladie sont d'abord en petit nombre^ et par conséquent , en raison des faiblesses humaines, persécutés; bientôt, faisant des prosélytes, ils sont forcés de se servir de ce qu'on appelle en général peuple y mot par lequel on entend une nation en général, dont vous qui me lisez, moi qui écris, faisons partie, et dont chacun se garde bien de le vouloir : car parle-t-on de préjugés , par exemple, contre lesquels beaucoup de personnes s'élèvent dans ce monde, on répond : // en faut pour le peuple , sans jslmais définir ce que l'on entend par ce mot. Je pourrais citer d'autres exemples de ce qu'on prétend nécessaire an peuple ; mais je me rappelle les paroles de Figaro, et comme beaucoup de grands hommes craignent àepetiîs écrits, et que l'éditeur de cet ouvrage m'a bien recommandé de ne lui mettre personne à dos
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en écrivant la vie de Camhacérès y je ne pousserai pas plus loin mes citations; je me permettrai seulement de trouver ridicule que parmi les choses qu'on dit être nécessaires au peuple y personne ne parle .d'instruction ni de morale : il me semble cependant que ce senties deux choses les plus nécessaires non-seulement à ce que les gens du monde appellent le peuple, mais encore à eux -mêmes , car ce sont celles qu'on rencontre le moins chez elles. Je sais que tout ce que je dirai dans ce cas ■ne servira à rien, et je m'en inquiète fort peu; d'ailleurs il est possible qu'en lisant cet ouvrage, fait un peu à la hâte, on Hie reproche de manquer d'une de ces deux choses que je dis être si essentielles, parce que des fautes de langue , des expressions ou des tournures hasardées auront pu m'échapper; je laisserai dire, et je ne m'en fâcherai pas.
Je me suis un peu écarté de mon sujet, car en parlant de fanatisme je me suis laissé entraîner à parler morale et instruction ; ces mots sont tout-à-fait étrangers l'un à l'auti'e , et doivent! se trouver fort
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étonnés de se rencontrer ici. Je disais donc que les fanatiques inspirant une partie de leurs passions au peuple , le portaient à s'armer contre ceux qui les avaient persécutés;niais on ne peut sans danger déranger le peuple, et une masse aussi considérable ne se remue pas sans écraser quelqu'un; la plupart du temps ce sont ceux mêmes qui ont soulevé ce colosse qni en sont les victimes. Notre révolution ne l'a que trop prouvé, et la mobilité des affections comme des haines est si grande, que celui qui se trouve le plus en faveur aujourd'hui, demain sera conduit à l'échafaud, aux cris de joie de ce même peuple qui la veille voyait sa présence avec transport. Mirabeau l'a dit; Il n'y a qu*unpas du Capùole à la roche tarpëieime. Il avait raison; car s'il eût vécu , il aurait sans doute éprouvé le destin- de ceux de ses collègues qui ont aidé à la construction de ce pacte social qui devait avoir aussi peu de durée que la constance du peuple. On a beaucoup crié sur le sang ' qui a été répandu dans notre révolution, aiais il s'en est beaucoup moins versé que
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dans celles qui ont précédé; car si Ton Veut se reporter aux guerres de religion ^ aux troubles qui ont eu lieu pendant la fin du règne du roi Jean ; à cette Jacquerie ( l'association des paysans pour ise dérober à la tyrannie des seigneurs ) , juste au fond, mais qui prit un caractère atroce par le peu d'instructicm que possédaient ceux qui en faisaient partie (les historiens de ce temps , tous moines »
^n.font des factieux, des scélérats : ce doit être ) ; si nous nous reportons au règne malheureux de Charles VI, où les Bourguignons et les Armagnacs s'égorgeaient réciproquement, et faisaient faire ensuite le procès à ceux qui avaient été les victimes de ces atrocités ; à ce temps où f assassinat du duc d'Orléans par le duc de iBoctrgogne trouva des défenseurs jus'que dans la chaire , où les ministres, de l'Evangile devraient ne prêcher que la paix et la concorde; à la Saint-Barthélemi ; en, un mot , à toutes les révolutions que la France à éprouvées, nous verrions que le sang y a coulé à grands flots; ce qui n'arriverait pas, dit un auteur
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du règne de Henri III , si l'on avait de rinstruction, car alors on s'entendrait sur les mots.
Puissent bientôt ces mémoires paraître et mettre au jour des points de l'histoire de nos jours qui ne sont pas bien éclaircis !
J'ai pu me tromper dans bien des opinions émises dans le cours de cet ouvrage , mais j'ai mis sous les yeux du lecteur tous les discours remarquables pnmoncés par Caàibacérès; on sera à jnéme de le juger, et de voir si j'ai erré- Je le répète ici, Cambacérès a été t homme du pouvoir : ambitieux, il a eu des honneurs et de l'argent: il n'a jamais fait mauvais usage ni de l'un ni de l'autre. J'ai dit la i>érité^ je crois avoir mis dans cet ouvrage de V impartialité ;\^ ne me suis pas par conséquent écarté de l'épigraphe que j'ai choisie.