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volontaires auxquelles se livraient les Chrétiens convertis de leur nation pour expier les péchés qu’ils avaient commis dans leur pays. Ces pieux entretiens la remplirent de courage pour persévérer dans les pratiques de pénitence qu’elle s'était imposée et dont nous aurons occasion de purler. Un accident qui lui arriva la confirma dans ce dessein. Un jour qu’elle abattait un arbre pour faire du bois de chauffage, l'arbre en tombant la frappa si rudement d’une de ses branches qu’elle tomba par terre et perdit connaissance au point qu'on la crut morte Dès qu’elle eut repris l'usage de ses sens on lentendit dire: ‘“ Seigneur, je vous remercie de m'avoir préservée dans cet accident et de m'avoir conservé la vie, je ne veux en user que pour vous servir et faire pénitence de mes péchés ?”.
Il y avait dans le village une chrétienne très fervente venue de chez les Onneiouts (Oneidar, suivant les / +lais). Elle s'appelait Marie-Thérèse
Tekaiakr Elle avait été baptisée, mais était tombée .s l’ivrognerie après son baptôme. Voici
quelle fut l’occasion de sa conversion. En revenant de la chasse d'automne avec douze Sauvages, dont pas un seul n’avait été baptisé, ils se virent tellement .pressés de la faim, qu’ils mangèrent plusieurs de leurs compagnons pour conserver leur vie. On com-
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mença par un vieillard et on demanda à Marie- Thérèse si la religion chrétienne permettait de le tuer, vu qu’il avait cédé son droit à la vie....Elle n’osa répondre de peur qu’on ne la tuât elle-même pour épargner les autres. Elle ne pensa qu’au malheur qu’elle avait eu de venir à la chasse sans s'être confessée et promit que si elle avait le bonheur de revoir le village du Sault, elle se confesserait ct changerait de vie. Elle tint parole, changea entièrement de vie et devint l’amie intime de Catherine. Voici quelle fut l’occasion de leur première entrevue. On était alors à bâtir la première chapelle au Sault St-Louis et le menuisier travaillait au plancher. Catherine et Marie-Thérèse se promenaient autour de l'Eglise et à l’intérieur sans se parler et sans s'être connues, mais l'esprit de foi qui les animait, les unit parfaitement.
Elles se saluèrent et se mirent à converser ensemble. Catherine demanda à Marie-Thérèse où les femmes se mettraient dans la chapelle. Celle-ci lui montra la place où elle croyait qu’elles devaient être. Catherine lui répondit : ‘ Ce n’est pas cette chapelle en bois qui plaît le plus à Dieu: ce qu’il aime avant tout, c’est d’habiter dans notre cœur; ce qu’il veut, c’est que nous lui préparions dans ce cœur une demeure digne de lui. Je ne suis pas digne d’être dans l’église avec
les autres, ayant eu si souvent le malheur de chasser
Dicu de mon cœur je mériterais d’en être chassée ””. 2e
Elles s’entretinrent longuement ensemble, s’ouvrirent
mutuellement leurs cœurs, parlèrent de leur vie passée, Ce fut alors que Marie-Thérèse se décida à accomplir la promesse qu’elle avait faite à Dieu lorsqu'elle s'était vue en danger d’être tuée dans le bois par ses compagnons de voyage pour être mangéc. Elles se promirent de ne point se séparer, de s’aider mutuellement par de pieux entretiens à bien servir Dicu et à rechercher ce qui pourrait lui être le plus agréable. Elles tinrent fidèlement cette promesse et ne cessèrent d’entretenir l’une à l'égard de l’autre les sentiments d’une sincère et inviolable amitié,
‘ | JS de, L J > : | ; à x a k e CHAPITRE SEPTIEME e F, NEC à ‘à Nouveau combat qu’a à soutenir Catherine ct nouveau 1 je triomphe que remporte son amour pour la virginité pi te —- Esprit de pénitence qui régnait parmi les Chrétiens rl du Sault St-Louis — Catherine visite les religieuses de le l'Hôtel-Dieu de Montréal — Elle fait vœu de virginité perpétuelle.
IEU réservait à cette Âme d’élite un nouveau à et rude combat qui ne servit qu’à faire à éclater davantage sa vertu et lui assurerun. ce nouveau triomphe. Sa cousine essaya à son tour de. gagner ce que ses proches n'avaient pu autrefois « obtenir d’elle dans son pays, à savoir : de li persuader, \ de se marier, moins dans l'intérêt de Catherine que Li dans le sien propre. Cette femme ambitieuse ne ï
doutait pas que celle qui était si haut placée dans. l'estime de tous, ne vint à trouver un parti distingué.
Da fait, elle avait fait choix d’un jeune homme"pieux 4c |
et doué de toute sorte de bonnes qualités. Elle pensait
par ce moyen pourvoir à l’avenir de Catherine et
assurer son bonheur en même temps que lesien. Elle
n'ignorait pas cependant quelles étaient ses inten-
tions, et combien était grand son amour pour la
veru ; mais elle .ne se découragea pas et se crut
capable en lui parlant avec force de lui faire partager
ses idées et de vaincre son obstination. Un jour
donc elle vint la trouver et commença par lui faire
des compliments sur le bonheur que lui faisait goûter la vie sainte qu’elle menait, sur l’estime dont elle jouissait dans le village où Dieu l'avait amenée dans des desseins de miséricorde, puis elle entra franchement en matière et lui demanda : As-tu réfléchi à ce que je te disais dernièrement ? — J’y ai réfléchi, répondit Catherine, et situ veux que je te reconnaisse et t'aime comme une parente, ne me tiens plus de semblables propos — Et d’où te vient, ma cousine, cette manière de voir? Pourquoi cette aversion pour le mariage que nos femmes, surtout les plus jeunes, ont coutume de désirer si fortement, puisque c’est par là qu’elles se procurent les vêtements et les aliments dont le corps a besoin ? Scras-tu capable toi seule de faire ce à quoi les autres n’ont jamais pensé ? N'est-ce pas de ta part un excès de présomption que de te croire, à l’âge où tu es, à l’abri des
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pièges du démon et n'avoir rien à craindre pour ton salut ? Je suis âgée, ainsi que mon mari. Qui vi prendre soin de toi quand nous ne serons plus ? Par pitié pour nous et pour toi-même, renonce donc À ton projet et suis mon conseil,
Catherine répondit en peu de mots, en la remerelant de ses bonnes intentions, et en lui disant que la chose étant sérieuse, elle désirait avoir du temps pour y réfléchir. Sa cousine, ne se contentant pas de cette réponse, appela à son secours la pieuse Anastasie qui avait sur Catherine l’ascendant d’une mère. Elle répondit aux instances qui lui furent faites, qu’elle Me voulait pas se marier. Elle alla aussitôt trouver e prêtre, lui raconta ce qui s'était passé. Le Missionnaire, après l’avoir consolée, lui conseilla de ne pas se hâter dans une affaire de si grande conséquence, mais de prier avec ferveur pour connaître la volonté divine. —Mon Père, répondit Catherine, j'ai assez délibéré : voilà longtemps que mou parti est pris. Je me suis consacrée entièrement À Jésus ; je Pai choisi pour époux et lui seul n'aura pour épouse. Je ne crains pas la faim, je scrai capable par mon travail de me procurer de quoi manger et mé vêtir.
Après avoir prononcé ces paroles avec une sainte ardeur qui se reflétait sur son visage, elle se disposait
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à se retirer, lorsque parut tout à coup Anastasie qui vint à son tour se plaindre de ce que Catherine ne voulait obéir ni à elle ni à sa sœur. Le Père leur fit des reproches de ce qu’au lieu de louer une si sainte résolution, comme elles lauraient dû, elles la blâmaient. Catherine supplia plus tard le Père de venir à son secours, afin qu’elle pût tenirla promesse qu’elle avait faite à Notre-Seigneur de se donner entièrement à lui, et lui demander d’user de son influence auprès de sa cousine et d’Anastasie, afin de leur faire cesser leur opposition.
Le Missionnaire s'adressant à Catherine, lui dit : Mon enfant, ton dessein est sans doute bien louable, mais il faut prendre le temps d’y réfléchir. Penses-y pendant trois jours, prie le Seigneur de t’éclairer et de te faire connaître ce qu’il demande de toi. Et quand tu seras bien décidée, je me mettrai de ton côté et t’aiderai autant que je le pourrai. — Merci, mon Père, répondit Catherine ; j'y réfléchirai de nouveau. Elle sortit, et étant rentrée peu de temps après, elle dit : Mon Père, mon parti est pris, ma résolution est arrêtée, il est inutile d’y réfléchir plus longtemps. J’ai choisi pour époux Notre-Seigneur Jésus-Christ, et je veux n’appartenir qu’à lui seul, Le Missionnaire voyant dans sa manière d'agir l'inspiration du Saint-Esprit, lui dit : Sois tranquille, je
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te viendrai en aïde afin qu’on ne te pousse plus à te marier et que tu puisses en toute liberté suivre le genre de vie qui te plaît.
Après être sortie de ce combat pénible, Catherine remercia Dieu de:lavoir fortifiée et de lui avoir accordé la victoire. Quoiqu’étant malade, elle se livra avec une nouvelle ardeur au jeûne et aux pratiques de pénitence, ce qui ne lempêchait pas de travailler comme les autres. À l’automne, ceux qui prenaient soin d'elle partirent pour la chasse. Le Missionnaire lui conseilla de les y accompagner, afin de reprendre des forces. Elle lui répondit : Mon Père, sans doute le séjour dans les bois fera du bien à mon corps, parce que jy. serai mieux nourrie et aurai moins de travail, mais mon âme y souffrira de la faim et s’y affaiblira. Au contraire, si je reste ici, mon corps aura à souffrir quelques privations, mais mon âme goûtera le vrai bonheur au pied de N. $. J.-C., que je pourrai visiter et recevoir dans mon cœur. Je tiens plus à la nourriture de sa grâce qui fortitiera mon âme et la fera vivre, qu’à la nourriture du corps. Elle resta donc au village tout l'hiver, se contentant de prendre de l2 soupe de blé d'Inde. Toute malade qu'elle était, elie ne cessait pas de s’infliger des privations et mortifications de toute sorte, se privant de tout ce qui pouvait contenter son goût et se livrant
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même à de rudes flagellations, à l’exemple des saints. Il y avait alors une remarquable ferveur de piété dans la mission de $t François-Xavier du Sault St-Louis. Comine dans toutes ies chrétientés naissantes, on y voyait une merveilleuse etluxuriante éfHorescence de la vie surnaturelle causée par une effusion abondante de l'Esprit de Dieu. Parmi les
faits que nous allons citer, il en est plusieurs plus
admirables qu'imitables. Les hommes qui jugent de tout par les sens et d’après lesprit du mende, ne sont pas capables de les apprécier. Ce sera pour eux, dit saint Paul, une folie à laquelle ils ne comprennent rien ; ils blasphèment ce qu’ils ignorent. Mais-les Chrétiens auxquels sont connues les opérations sublimes de lEsprit-Saint, opérations qui ont éclaté dans l’histoire des martyrs et des saints pénitents, comprendront et admireront le courage et la générosité de ces fervents Chrétiens du Sault St-Louis. Après avoir souffert lui-même sur la terre, N. $. J.-C. impassible et.glorieux dans le ciel, continue à souffrir dans ses membres. Suivant la parole de saint Paul, ils achèvent et complètent en leur chair ce qui man: que à la passion de leur Chef, pour qu’elle leur soit appliquée et aussi pour le bien de son corps mystique qui est l'Eglise. Il fallait que, dans cette nation Troquoise où Je crime avait surabondé, la grâce de
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Dieu appelée par des expiations volontaires vint à surabonder. D'ailleurs, étant exposés à être soumis à toute sorte de tortures par leurs compatriotes infidèles dans le cas où ils seraient pris et emmenés dans leur pays, ces Sauvages convertis voulaient s’exercer d'avance à la souffrance et mériter la grâce de la persévérance.
Ils savaient bien que les péchés de leur vie passée étaient effacés par le baptême ; mais, connaissant par les lumières de la foi la gravité de l’offense commise contre Dieu, ils se traitaient eux mêmes avec une picuse cruauté. Ils étaient habitués à se ceindre les reins avec des ceintures de fer pendant plusieurs jours de la semaine, À se mettre le corps en sang par de fréquentes flagellations, à se rouler dans la neige, à y marcher pieds nus, et à se elonger dans l’eau glacée pendant l’hiver. Le désir ardent qu’ils avaient d’apaiser Dieu, poussa plusieurs d’entre eux au delà des bornes d'une sage discrétion et les Missionnaires se virent souvent obligés de les modérer. Ce n’en est pas moins un spectacle digne d’admiration. Quelle différence entre ces hommes jadis vicieux, ivrognes, méchants, et ces nouveaux chrétiens devenus chastes, tempérants, mortifiés, après leur baptème ! La religion catholique seule, par sa doctrine comme par le ministère de ses
prêtres, et par la grâce attachée à ses sacrements, est capable d’opérer de tels changements. Ces faits sont à eux seuls une démonstration palpable de la réalité de l’ordre surnaturel. Nous verrons que peu d'années après la mort de Catherine Tekakwitha plusieurs des néophytes du Sault St-Louis, n'ayant pas voulu se rendre dans le pays de leurs ancêtres pour prendre part à la guerre qui se faisait alors entre les [roquois et les Français, malgré la promesse qu'on leur avait faite de les y laisser librement pratiquer leur religion, furent pris par leurs anciens compatriotes, lorsqu'ils étaient à la chasse dans les
: bois, et emmenés dans le pays des Iroquois où ils
furent cruellement martyrisés et sacrifièrent leur vie en témoignage de leur foi.
La piété des Chrétiens de la mission de St François- Xavier du Sault St-Louis resplendissait à la maison et au dehors dans leurs paroles, leurs œuvres et surtout dans l’assiduité et la ferveur admirable qu’ils apportaient à la prière. Catherine se distinguait parmi tous les autres par sa piété et par sa mortification. Elle s’attachait sans cesse à rechercher ce qui pourrait être le plus agréable à Dieu et à imiter ce qu’elle avait entendu dire des austérités pratiquées par les saints. Ayant eu occasion d’aller à Montréal et d’y passer quelques jours, elle vit les religieuses
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de l'IHôtel-Dieu servir les malades avec charité et dévouement. S’étant informée qui elles étaient, elle apprit que c’étaient des Vierges qui avaient renoncé à leurs richesses et aux plaisirs du monde pour se consacrer à Dieu. Elle eut tout de suite la pensée de les imiter. De retour au village, elle alla trouver le Missionnaire et lui demanda de vouloir bien recevoir à l’Eglise la consécration qu’elle ferait à Dieu de son corps et de son âme, à l’exemple des Religieuses dont l’Evêque avait reçu la profession. Le directeur de sa conscience s’opposa d’abord à sa demande, parce que c’était une chose nouvelle et inouïe chez les Sauvages ; mais, après, avoir réfléchi et considéré la vie vraiment angélique de Catherine, il jugea sans hésitation que cette pensée ne lui avait été inspirée que par le Saint-Esprit et se rendit enfin à sa pieuse demande.
Le jour de PAnnonciation de là Sainte Vierge, vers 8 heures du matin, tandis que le Missionnaire célébrait le saint sacrifice à l’autel en présence des Sauvages et que les néophytes s’approchaiïent de la table sainte, Catherine fit publiquement le vœu de virginité et conjura la Sainte Vierge de présenter elle-même à son divin Fils le sacrifice qu’elle lui faisait d’elle-même et la résolution qu’elle prenait de marcher sur les traces de la Reine des Vierges.
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