‹ Vie de CésarChapitre 9 sur 14 · CLXXXVII · texte numérisé non relu

CLXXXVII

Les trois cents sénateurs semblaient avoir respiré rame de Caton dans ses paroles; ils décidèrent à Punanimité de résister à César par les moyens les plus désespérés, demandant même qu'on donnât la liberté et des armes à tous les esclaves pour doubler les forces des républicains. Mais Caton, qu'inquiétait cette émancipation en masse et sans indemnité des esclaves, propriété sacrée dans l'antiquité, quoique inique, repoussa cette spoliation extrême des citoyens et ne voulut adjoindre à l'armée que les esclaves qui seraient volontairement affranchis pour le salut commun parleurs maîtres, préférant la justice même à la victoire. Les sénateurs, empressés à donner l'exemple, affranchirent à l'instant tous leurs esclaves, et Caton leur donna des armes.

Mais à peine avaient-ils fait ce sacrifice à la patrie et à l'éloquence de Caton , que l'enthousiasme dont ils avaient été saisis en sa présence se refroidit après qu'il fut sorti, et qu'ils commencèrent à se demander s'il était vraiment prudent et raisonnable à quelques

citoyens isolés, et traûguants comme eux dans une colonie d'Afrique, de résister, jusqu'à la perte de leurs biens, de leurs esclaves et de leurs vies, à celui à qui ni Rome, ni l'Espagne, ni la Gaule, ni l'Asie, ni l'Afrique, ne résistaient plus, et s'il y avait réellement du devoir dans l'impossible, de la honte dans la nécessité , et s'il ne valait pas mieux implorer et recevoir le salut de la clémence des vainqueurs en envoyant des députations à César.

Page 1