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Vie de Charles d'Orléans (1394-1465)

On se propose de raconter ici la vie d'un prince et d'un poète. Le seigneur a agi, administré ses domaines, réglé ses querelles et ses comptes, éprouvant tour à tour les faveurs et les disgrâces de la Fortune, tourmenté de « mille propos » qui l'importunaient ; le poète, pour son plaisir désintéressé, a usé de rythmes et de fictions en rapport avec sa vie réelle : il l'a parée de ses chants, embellie de ses rêves.

De ce double aspect de notre personnage découle une double obligation pour son historien : situer cette vie dans son temps et son milieu ; par elle en éclairer la fiction que ses poésies nous présentent.

D'innombrables documents, la plupart encore inédits, ont permis de retracer avec une suffisante exactitude l'existence de Charles d'Orléans. Rares seulement au début, ils ne nous autorisent guère pour sa jeunesse qu'à esquisser une série de tableaux caractéristiques, nécessaires à qui veut comprendre la suite de sa vie. De très bonne heure on les voit se multiplier : de nombreuses quittances, des comptes annuels, parfois même mensuels et journaliers, nous permettent alors d'imaginer l'existence de Charles d'Orléans, de la rendre très proche de nous.

La plupart de ces documents proviennent de la célèbre collection formée par le baron de Joursanvault, le protecteur délicat de Prud'hon. Ce gentilhomme, bienveillant et éclairé, avait réuni à la fin du xviii^ siècle une collection considérable de manuscrits et de chartes sur l'histoire de la Bourgogne ; à la Révolution, il avait fait racheter les titres dispersés dans la tourmente. Ainsi il s'était rendu acquéreur des précieuses archives de la Chambre des Comptes de Blois, supprimée en 1775 ; ces archives, après un triage sommaire, venaient d'être abandonnées à la municipalité qui s'empressa de s'en débarrasser. Sauvés par M. de Joursanvault, de tels documents, mis en vente en 1838 s ne trouvèrent pas d'acquéreur pour

I. Catalogue analytique des archives de M. le baron de Joursanvault contenant une précieuse collection de manuscrits, chartes et documents originaux [par M. de Gaule, élève de l'Ecole des Chartes], Paris, J. Techner, 1838,, 2 vol. in-8. — Le début delà collection (1301-1400) avait été inventorié du temps de Joursanvault (Bibl. nat., ms. fr. 10430-10432).

INTRODUCTION

leur totalité et furent alors misérablement et définitivement dispersés. Une partie fut acquise par le British Muséum de Londres'; la Bibliothèque Royale de Paris, la bibliothèque du Louvre (incendiée en 1871), la bibliothèque de Blois achetèrent certains fragments ; on vit le reste s'éparpiller dans quelques collections privées (entre autres dans celles de Bastard% de Courcelles, de sir Thomas Philipps 3, du collège Héraldique). Un quart des articles avait été retiré par le libraire, n'ayant pas rencontré d'acquéreur.

Dès 1852 on comprit l'erreur commise par une telle négligence. Le comte de Laborde, qui venait de publier de nombreux documents sur les lettres, les arts et l'industrie à la cour des ducs de Bourgogne, entreprit de reconstituer la collection de Joursanvault : ce fut l'origine d'un précieux recueil que nous aurons bien souvent l'occasion de citer 4.

L'important dossier Orléans du cabinet des Titres de la Bibliothèque Nationale 5, la collection des Pièces originales, des Qjaittances et pièces diverses provenant des débris de la Chambre des Comptes 6, les Titres scellés de Clairambault, la collection de Bastard 7, forment des séries considérables de documents. Les Archives Nationales sont riches surtout en débris de comptes ^ et en pièces relatives à la délivrance du duc d'Orléans 9 ; les archives départementales du Loiret et du Loir-et-Cher, les archives communales d'Orléans '° nous font particulièrement connaître la vie du duc Charles dans le « repos » qu'il aimait à goûter « en ses pays »

Telles sont les sources considérables où nous avons surtout puisé. Les

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