Ibid., p
3. Arch. nat., K. 56, n° 18; fragments dans le ms. 249, fol. 83 de la Blhl. de Clermont-Ferrand ; éd. dans Le Laboureur, Hist. de Charles VI, 166}, t. II, p. 759, " C'est aussi la date donnée par Juvénal des Ursins, p. 459 et le Religieux de Saint-Denis, t. IV, p. 434. L'exemplaire reproduit par Monstrelet portait celle du 10 juillet, (t. II, p. 149). — Ces lettres furent expédiées jusqu'à Liège, à Verdun, au comté de Namur, à Metz et au duc de Gueldres (Bibl. nat.. Pièces orig., 1747, Loriot, 2).
4. Je suis le texte de Juvénal des Ursins, p. 450, — Les variantes de sens fournies par K. 56 no 18 sont en notes.
Il est vray, nostre très redouté et souverain Seigneur, que un nommé Jean, qui se dit duc de Bourgoigne, par une très grant hayne couverte, qu'il avoit longuement gardée en son cueur, et par une faulse et mauvaise envie, ambition et convoitise de dominer et seigneurier et avoir auctorité et gouvernement en vostre royaume, comme il a bien clairement démonstré, et démonstre notoirement chascun jour, en l'an mille quatre cens et sept, le vingt troisiesme jour de novembre, fist tuer et meurtrir traistreusement vostre dit frère, nostre très redouté Seigneur et pere, en vostre bonne ville de Paris, de nuict, par aguet lointain, de faict appensé et propos délibéré, par faulx, mauvais et traistres meurtriers affaictés et alloués pour ce faire, sans luy avoir monstré par avant aucun signe de malveillance, comme c'est chose toute notoire à vous et à tout le monde, avérée et confessée publiquement par ledit traistre meurtrier, qui est le plus faulx et desloyal traistre, cruel et inhumain meurtre qu'on puisse dire ne penser. Et pensons qu'il ne se trouve point escrit que oncques mais, à quelque occasion que ce peust estre, tel ne si mauvais ait esté fait ne pourpensé par quelque personne ne à l'encontre de quelque personne que ce ait esté.
Premièrement pour l'horreur et cruauté abhominable dudit meurtre en soy, tant parce qu'ils estoient si prochains et si conjoints ensemble par sang et lignage, comme cousins germains enfans de deux frères. Ainsi il ne commist pas seulement crime de meurtre et homicide, mais commist avec ce le plus horrible des crimes, c'est à scavoir le crime de parricide, auquel les droicts ne savent imposer peines assez grandes, pour la très horrible cruauté et abhominable detestation d'iceluy. Comme aussi qu'ils estoient confédérés et alliés ensemble, par deux ou trois paires d'alliances, scellées les aucunes de leurs sceaux et signées de leurs propres mains, par lesquelles ils avoient promis et juré l'un à l'autre, sur les Saintes Euvangiles de Dieu et sur le Sainct Canon, pour ce corporellement touchans, présens aucuns prélats et plusieurs autres gens de grand estât, tant du conseil de l'un comme de l'autre... Et firent en outre, au regard de ce, plusieurs grandes et solennelles promesses, en tel cas accoustumées, car en signe et demonstrance de toute affection et perfection d'amour, d'une vraye unité, et comme s'ils eussent et peussent avoir un mesme cueur et courage, firent, jurèrent et promirent solennellement vraye fraternité et compagnie d'armes e'nsemble, par especialles convenances sur ce faites. Laquelle chose doit de soy emporter telle et si grande loyauté et amour mutuel, comme scavent tous les nobles hommes. Et encores pour la plus grande confirmation desdites fraternité et compagnie d'armes, ils prirent et portèrent l'ordre et le collier l'un de l'autre, comme c'est chose toute notoire.
8é VIE DE CHARLES d'oRLÉANS
Secondement par les manières tenues par ledit traistre meurtrier au regart de l'execucion et commission dudit meurtre. Car luy feignant avoir avec vostre dit frère tout amour et loyauté, pour ce que dit est, conversoit souvent avec lui, et par especial en une maladie qu'il eut un peu avant qu» ledit meurtre fust commis en sa personne ; icelluy l'alla voir et visiter, tant à Beauté comme à Paris, et luy monstroit tous signes d'amour que frères, cousins et amis dévoient et pouvoient porter et monstrer l'un à l'autre, jaçoit qu'il eust desja traité et ordonné sa mort, et que les meurtriers fussent ja par luy mandés en la maison louée pour eux receler et embuscher. Qui prouve et monstre trop clairement que c'estoit une bien cruelle et mortelle trahison. Et qui plus est, le jour de devant l'accomplissement dudit meurtre, vostre frère et luy, après le conseil tenu à Sainct Pol, en vostre présence et des seigneurs de vostre sang et d'autres plusieurs, qui la estoient, prirent et mangèrent espices et beurent ensemble et le semonnit i vostre dit frère à disner avec luy, le dimanche ensuivant, qui le luy accorda, jaçoit qu'il luy gardast telle fausse et corrompue pensée de le faire ainsi meurtrir honteusement et vilainement, qui est une chose trop abominable et horrible à ouyr seulement raconter. Le lendemain, non obstant toutes les promesses et choses dessus dites, luy comme obstiné en son desloyal propos, et en mettant à exécution sa cruelle et corrompue volonté, le fit meurtrir le plus cruellement et le plus inhumainement qu'on veit oncques homme, de quelque estât qu'il fust, par les meurtriers alloués et aiïaités comme dit est, et qui ja par longtemps l'avaient espié et aguetté. Car ils lui coupperent une main toute jus, laquelle demoura en la boue jusques à lendemain ; après ils lui coupperent l'autre bras par dessus le coûte, tant qu'il ne tenoit que à la peau et outre lui fendirent et acravanterent^ toute la teste en divers lieux et tant que la cervelle^ en cheut presque toute en la boue, et le remuèrent, toillerent3 et traisnerent jusques ad ce qu'ils virent qu'il estoit tout roide mort. Qui est et seroit une très grande douleur, pitié et horreur à ouyr reciter du plus bas homme et du plus petit estât du monde ! Ny oncques mais le sang de vostre noble maison de France ne fut si cruellement et honteusement respandu, ne dont vous, et ceux de vostre sang, et tous vos subjets et bienvueillans, devez avoir tel deuil, courroux et desplaisance, et mesmement la chose demeurant sans punition et reparacion quelconque, comme elle fait jusques icy...