Juvénal des Ursins, p
ambassade au roi, lui demandant de faire entretenir la paix jurée; il réclamait aussi ses places, prises pendant la guerre, protestait contre les arrestations et les mutations des officiers royaux'. Les bouchers repoussèrent cette « paix fourrée », mais délivrèrent les demoiselles et certains prisonniers \
En ces jours le duc de Berry, qui, bien malgré lui, portait le chaperon blanc, s'était logé au cloître Notre-Dame, dans l'hôtel de Simon Alligret, son physicien. 11 avait la confiance des Parisiens, qui lui rendaient de grands honneurs et venaient tous les jours le prier de prendre la direction des aftaires, vu l'état de santé du roi et le « très petit gouvernement » de monseigneur le dauphin qu'ils estimaient «; devenu gorment et ungputiez », entièrement mené par de c( mauvais tristes ». Ainsi les Parisiens nommaient ceux qui ne pensaient pas comme eux. Le duc de Berry, qui malgré son grand âge, se trouvait alors en fort bon point, se serait bien gardé de les contredirez Mais presque chaque jour aussi il voulait que Jean Juvénal des Ursins allât vers lui pour conférer du temps qui courait : « Serons-nous donc toujours en ce point que ces méchantes gens aient autorité et domination? » Et Juvénal de répondre : « Ayez espérance en Dieu, car en bref temps vous les verrez détruits et venus à grande confusion. »
C'était là l'opinion d'un homme sage et prudent, qui avait gouverné la ville de Paris pendant douze ou treize ans en bonne paix et concorde. Or, malgré qu'il sût bien que plusieurs, des plus grands comme des moyens, étaient de
1. Le 10 juillet (Religieux de Saint-Denys, t. V, p. 80; Juvénal des Ursins,
2. Religieux de Saint-Denys, t. V, p. 90; Juvénal des Ursins, p. 482.
3. Archives du Tarn-et-Garonne, A. 41 (De l'estat de Monseigneur de Berry). Cf. P. Champion, ff Document inédit sur l'insurrection parisienne de 141^ n, dans le Bulletin de la Société de l'histoire de Paris, 19 10, pp. 36-39.
son avis, il n'osait s'en ouvrir à personne. Une nuit qu'il en rêvait, il crut entendre ces paroles : Siirgite postqiiam scderitis qui mandiicatis pauem doJoris, que la veille, sans doute, il avait lues dans son Psautier Sa femme, une bonne et dévote dame, les lui rapporta au matin : « Mon ami et mari, j'ai ouï ces mots contenus en mes heures, que vous disiez, où il y a : Siirgite postquam sedcritis... Qu'est-ce à dire ? » Et le bon seigneur de répondre : « Ma mie, nous avons onze enfants et il est grand besoin que nous priions Dieu qu'il nous donne bonne paix; et ayons espérance en lui et il nous aidera. » Or il lui revint en mémoire les noms de deux quarteniers, drapiers de leur métier, bien mécontents des Cabochiens. Tous trois s'en vinrent vers le duc de Berry, dans la petite maison du cloître Notre-Dame, à l'ombre de la cathédrale. Et là ils promirent d'exposer corps et biens pour déjouer les entreprises des Bouchers.
Entreprise malaisée que celle de soulever le peuple contre eux en faveur des princes ! N'avaient-ils pas répandu, au nom du roi, des lettres très séditieuses contre les seigneurs d'Orléans et leurs alliés, déclarant qu'ils voulaient détruire les habitants de la bonne ville de Paris, faire tuer les plus grands, prendre leurs femmes et les donner comme épouses à leurs valets^ ? Un rapprochement entre le roi et les seigneurs aurait démenti de tels propos. Il se fit dans le courant du mois de juillet à Pontoise ^ : Charles d'Orléans et les seigneurs se trouvaient alors réunis en armes au Pont-de-l'Arche ^ sous