‹ Vie de Charles d'Orléans (1394-1465)Chapitre 140 sur 639 · Bourgeois de Paris, p. 48 ; Monstrelet, t. II, p · texte numérisé non relu

Bourgeois de Paris, p. 48 ; Monstrelet, t. II, p

7. Arch. nat., K. 58, n° 8^ et 3 [Musée des Archives, n" 432]; Religieux de Saint-Denys, t. V, p. 277 ; Juvénal des Ursins, p. 488.

VIE DE CHARLES d'oRLÉyVXS

vaises, et même contraires au respect dû à la majesté du roi et à la foi, seuls les théologiens pouvaient détruire ce qu'un autre théologien avait édifié. Or Jean Petit avait allégué l'autorité de saint Grégoire, les exemples de saint Michel qui occit Lucifer, de Phinées qui occit Zambri, de Moïse qui occit l'Egyptien, de Judith qui occit Holopherne, dejoas qui occit Abner. Il avait dit, suivant la description du tyran, qu'il prétendait avoir tirée de saint Grégoire : (( On appelle proprement tyran celui qui commande ou veut commander dans Yétat sans y avoir aucun droit » ; et il affirmait : « Selon la loi naturelle, morale et divine, il est permis à tout sujet, sans ordre ni mandement quelconque, de tuer ou de faire tuer tout tyran qui par cupidité, déception, sortilège ou artifice, cojispire contre la vie du roi son seigneur et souverain, pour lui enlever sa noble et très excellente seigneurie ; et cela est non seulement licite, mais même honorable et méritoire, surtout quand le tyran est si puissant quon ne pourrait faire justice de lui par les voies ordinaires. » Proposition erronée en foi et en morale, et grandement scandaleuse !

Ainsi l'estimèrent les suppôts de la vénérable Université de Paris, après six ans de silence, tandis que monseigneur de Bourgogne tirait son chemin vers les Flandres. Ils découvrirent aussi quela proposition de maître Jean Petit était contraire au commandement divin : non occides; que les exemples qu'il alléguait venaient de mauvaises interprétations des textes. En résumé les assertions de maître Jean Petit étaient erronées en foi comme en morale, impies, cruelles, attentatoires à la majesté royale, injurieuses et scandaleuses \

Le 23 février, l'évêque et l'inquisiteur, après que toute l'assemblée des professeurs formés en conseil de foi eût

I. Monstrelet, t. II, pp. 416-419 ; Religieux de Saint-Denys, t. V, p. 273 et suiv,

déclaré que le discours de M'^ Jean Petit méritait d'être condamné, décidèrent, en présence d'un nombre considérable de docteurs, de maîtres et de prélats, réunis en la grande salle de l'évêché, que la sentence serait mise à exécution le surlendemain. Au jour dit ils montèrent sur un échafaud dressé sur le parvis Notre-Dame, de façon à être bien vus de la foule ; maître Benoît Gentien, savant professeur en théologie, à haute et intelligible voix, dénonça l'énormité des propositions qui furent ensuite jetées au feu. Et comme maître Jean Petit était mort, certains auraient voulu qu'on allât le déterrer à Hesdin pour le brûler, lui aussi, avec ses écrits ^ Ainsi les enfants d'Orléans obtinrent la réhabilitation juridique de leur père et la condamnation des propositions de Jean Petit.

C'était là le plus difficile et la gravité de cette mesure n'échappa pas à Jean Sans-Peur. Il protestait solennellement à Cambrai, en présence des chanoines et des seigneurs de sa suite, contre ce qui avait été écrit ou dit à Paris par l'évêque, l'inquisiteur de la foi et maître Jean Gerson, concernant sa religion et ses sentiments particuliers; il s'élevait contre les décisions d'une assemblée qui lui avait ôté les moyens de s'expliquer, déclarait s'en rapporter à la décision du pape Jean XXIII et à celle du futur concile ^ Puis, le duc de Bourgogne s'étant retiré à Arras \ il occupait par une garnison la ville royale de Compiègne et celle de Soissons, partie de l'héritage de Charles d'Orléans

L'obstination de Jean Sans-Peur devait bientôt être châtiée et Charles d'Orléans triompher de lui par les armes du roi.

1. Monstrelet, t. II, p. 461. — La lettre du roi au Parlement ordonnant de faire déchirer et brûler l'écrit de Jean Petit est du 6 mars 1414 (Arch. Nat., K. 60, no 5).

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