‹ Vie de Charles d'Orléans (1394-1465)Chapitre 168 sur 639 · Le Fèvre de Saint-Rémy, t. I, p · texte numérisé non relu

Le Fèvre de Saint-Rémy, t. I, p

prit à rançonner de nouveaux prisonniers, les nobles achetant aux simples soldats et aux gens de métier les plus marquants des seigneurs de France afin d'en tirer de fortes sommes d'argent. On rechercha ceux mêmes qui gisaient à terre, parmi les morts, ceux-là qui respiraient à peine \

Le roi Henry, qui avait le matin entendu trois messes, termina cette journée par une prière au Tout-Puissant. Dans un silence religieux il disait à ses soldats comment Notre-Seigneur avait livré à leurs bras une armée si nombreuse, humilié l'insolence et l'orgueil des Français ; qu'il fallait remercier Dieu de ce que presque aucun chevalier anglais n'était resté sur le champ de bataille ; il compatissait à la mort de tous, principalement à celle de ses compagnons d'armes ^ Il parcourut alors tout le champ, tandis que ses gens s'occupaient à dévêtir les morts. Et quand il eut regardé cette plaine morne, si triste sous ce ciel gris et pluvieux, plus triste encore de ce carnage de chrétiens 3, il demanda comment se nommait le château qu'il voyait assez près de lui, derrière les bois dépouillés et rougis par l'automne; on lui répondit: « Azincourt ». Le roi anglais dit alors sentencieusement : « Et pourtant que toutes batailles doivent porter le nom de la plus prochaine forteresse, village ou bonnes villes où elles sont livrées, celle-ci dès maintenant et pour toujours se nommera la bataille d'Azincourt » 4.

1. Le Fèvre de Saint-Rémy, 1. 1, p. 258 ; Religieux de Saint-Denys, t. V, p. 569.

2. Gesta, p. 57 ; Le Fèvre de Saint-Rémy, t. I, p. 258; Religieux de Saint- Denys, t. V, p. 568.

3. Les pertes françaises étaient vraisemblablement de 4.000 hommes ; les prisonniers 1.500 : les pertes des Anglais sont estimées à 1.600 h. par Jean Le Fèvre, témoin oculaire. Les sources anglaises fournissent des chiffres invraisemblables (13 hommes d'armes, 100 hommes en tout), étant donné l'ardeur réelle de la seconde bataille et les risques que courut Henry V lui-même. (Gruel, p. 17-18.)

4. Le Fèvre de Saint-Rémy, t. I, p. 259 ; Monstrelet, t. III, p. m.

Il pleuvait toujours et le soir tombait. Le roi Henry gagna son logis de Maisoncelles \

Et les archers ne faisaient que déchausser les morts qu'ils désarmaient ; car, sous les morts, ils trouvaient parfois des chevaliers encore en vie, de bonne prise. Ainsi fut découvert Charles d'Orléans \

Le lendemain samedi, de grand matin, les Anglais quittèrent Maisoncelles ; selon leur prix, on tua ou l'on fit encore prisonniers les Français qui, pendant la nuit, avaient eu la force de se traîner jusqu'à un petit bois voisin K

Pour la dernière fois le roi Henry s'arrêta sur le champ de la bataille, regarda tous ces morts de si grande noblesse, nus déjà comme les enfants qui viennent de naître 4.

Les Anglais prirent alors le chemin de Calais, les trois quarts à pied, exténués et chargés de dépouilles.

Il arriva qu'à une halte que l'on fit sur le chemin, le roi d'Angleterre envoya du pain et du vin à Charles d'Orléans; mais il ne voulut ni boire ni manger pour la grande tristesse qu'il avait au cœur>. Ce qu'apprenant le roi Henry l'alla voir et lui dit : « Beau cousin, comment vous va ? » Et le duc d'Orléans répondit, comme celui qui pense à autre chose : (( Bien, Monseigneur ». Mais le roi Henry insista : ce D'où vient que vous ne voulez ni boire ni

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