Le Fèvre de Saint-Rémy, t. I, p
î$6 VIE DE CHARLES d'oRLÉANS
et capuchons blancs, l'escortait Le maire, les aldermen, ainsi que les corporations, le rencontrèrent à Blackheath, sur les 10 heures du matin. Ainsi, menant toujours avec lui les princes de France, ses prisonniers, le roi Henry entra triomphalement dans sa capitale le 23 novembre ^ Triste et lente procession pour eux car, à chaque pas, le cortège se trouva arrêté par la foule qui acclamait le roi Henry, par la suite des allégories et des mystères célébrant la gloire du vainqueur?.
Ainsi Charles d'Orléans put voir au sommet de la tour du pont de Londres, orné de faisceaux d'armes, le géant tenant d'une main la hache et de l'autre les clefs de la ville. Au milieu du pont, de chaque côté, une colonne s'élevait comme une tour.'^sur celle de droite l'antilope soutenait du pied les armes royales et le sceptre ; sur celle de gauche le lion déployait la bannière du roi; au travers du pont se dressait la statue de saint Georges sous la figure d'un chevalier. Charles vit l'allégorie qui célébrait les bienfaits du fleuve; il entendit chanter les chœurs d'enfants, comme les anges du Paradis, et résonner les orgues harmonieuses. Du pont on gagna la tour de l'aqueduc de Cornhill, où se tenait la belle assemblée des prophètes chantant le psaume : Cantate domino. A l'entrée de Cheapside un échafaud soutenait encore des écus ; les apôtres, les douze saints rois anglais y distribuaient pain et vin. Quant cà la croix de Cheapside elle était transformée en tour : au sommet de nouveaux chœurs d'enfants jetaient des pièces d'or et des anges chantaient le Te Denm : à l'étage inférieur des demoiselles saluèrent le nouveau David avec des cris de : Noël! Noël! « IVeJcome Henry the fifte Kynge of En gland
1 . Registre de la ville de Salisbury (ChampoUion-Figeac, Lettres des rois et reines, t. II, p. 338 ; J. Capgrave, p. 117.)
2. Walsingham, t. II, p. 314. Cf. Shakespeare, Henry V, acte V, prologue.
3. Elham, p. 125 ; Gesta, p. 60-66; H. Nicolas, op. cit., p. 293 et suiv.
LA « PRISON )i ANGLAISE I57
aud of Frauncc. » Sur la voie menant à Saint-Paul étaient construits des tabernacles : là se tenait une vierge pudique distribuant l'or contenu dans un calice. Qiiant à l'échafaud il représentait un ciel de saphir constellé d'étoiles, l'archange doré, Dieu le Pére sous la forme d'un soleil; le chœur des anges chantait au pied de son trône : Deo grattas.
Le roi Anglais s'avançait à cheval, vêtu d'un manteau rouge, grave, comme en méditation, ayant interdit les chants en son honneur et défendu de montrer le bassinet bosselé qu'il portait au jour de sa victoire \ Arrivé à Saint- Paul il met pied à terre, s'avance, entouré du clergé, baise les reliques et fait son offrande, au milieu des chants : un ange descend du haut des voûtes l'encenser. On assure que les princes français, qui suivaient si tristement le cortège, se lamentèrent à un tel spectacle.
Ainsi ils allèrent à travers Londres, sous bonne escorte, et la veuve du roi Henry IV put voir parmi eux son hls, le jeune Richemont, qu'elle ne connaissait pas \ Après quoi le roi Henry, s embarquant sur la Tamise, gagna son palais de Westminster 3. Et telle avait été la presse que, parti de Saint- Georges de Southwark à dix heures du matin, le roi arriva seulement à Westminster sur les trois heures de l'après-midi Son palais avait été richement paré et tendu de tapisseries, pour sa gloire comme pour l'honneur des princes de France, monseigneur Charles d'Orléans, le duc de Bourbon, les comtes d'Eu, de Vendôme et de Richemont, le maréchal de Bouci-
1. Gesta, p. 68 ; Elham, p. 125-129 : celui-là qui est aujourd'hui à Westminster Abbey.