Perceval de Cagny, p
parlant de lui, elle l'appelait son beau duc ou gentil duc ^ Et quand il fallut se séparer, la petite duchesse dit à Jeannette qu'elle craignait beaucoup au sujet de son mari ; que jadis Alençon avait été fait prisonnier; que de bien grandes finances avaient été exposées pour son rachat : doucement, elle avait prié le duc de rester auprès d'elle. Mais à la jeune dame d'Alençon Jeanne avait répondu : « Madame, n'ayez crainte, je vous le rendrai sain ou dans un tel état ou meilleur qu'il n'est » Madame d'Alençon avait dix-huit ans et Monseigneur d'Alençon vingt-quatre.
Au frère, Jeanne montra autant de familière confiance qu'au gendre de Charles d'Orléans.
Le Bâtard assurait la défense de la ville de son frère lorsque des rumeurs lui vinrent, qu'une jouvencelle, vulgairement dite la Pucelle, était passée par Gien, affirmant qu'elle allait vers le noble dauphin pour lever le siège d'Orléans et le conduire sacrer à Reims. Or, il avait la garde de la cité d'Orléans et il était lieutenant général sur le fait de la guerre ; le Bâtard envoya donc vers le roi le seigneur de Villars et Jamet du Tillay afin d'être plus amplement informé du fait de cette pucelle. A leur retour, ceux-ci lui rapportèrent, puis déclarèrent au peuple assiégé, qu'ils l'avaient vu arriver à Chinon, qu'elle persistait à dire qu'elle était venue pour lever le siège d'Orléans, demandant chevaux et hommes d'armes.
Un mois après la Pucelle, un convoi de victuailles, des hommes d'armes, arrivaient par la Sologne, sur la rive gauche de la Loire, en face d'Orléans. Jeanne, qui croyait venir par la Beauce, là où étaient les Anglais, se montrait irritée : « C'est vous le Bâtard Orléans ? — C'est moi, tout réjoui de votre venue. — Est-ce vous qui avez conseillé que