novembre 1430 (Rymer, t. X, p
C'étaient là sans doute les propres termes de sa pétition reproduits par la chancellerie. Le duc de Bourbon était alors (( faible cassé » ; il devait mourir en Angleterre, en 1434, âgé de 53 ans seulement'. Charles d'Orléans de même, se sentit prématurément vieux et sans courage : de bonne heure il se dira rude, lourd et « moisi ».
On comparait alors la vie humaine au développement d'une plante. La racine dans la terre humide, c'est l'enfant dans le ventre de sa mère ; sous la chaleur du soleil le rameau qui jaillit représente la naissance humaine ; puis, dans la douceur de l'air, la sève monte aux boutons, épanouit de délicieuses et plaisantes fleurs : c'est là l'adolescence de l'homme. Ensuite mûrit le fruit et la fleur tombe : c'est son été, l'âge de l'homme parfait ^
Charles d'Orléans n'avait pas connu cette croissance progressive :
Je fus en fleur ou temps passé d'enfance Et puis après devins fruit en jeunesse K
Il se trouvait encore à la semblance d'un fruit vert mis
pour mûrir sur la paille de la prison ; il se disait flétri, allant
vers la vieillesse, sans désirs. Et seul le soleil de France
pourrait nettoyer le moisi de sa tristesse:
Fruit suis d'yver qui a meins de tendresse Que fruit d'esté. Si suis en garnison.
Pour amolir ma trop verde rudesse.
Mis pour meurir ou feurre de prison.
1. Huilhard-Bréholles, La rançon du duc de Bourbon Jean /er, p. 43. — On chantait ainsi sa complainte :
Les faux Angloys, par leur grant tyranie, Apres qu'on eut de sa rançon partie, Dix et huit ans, en prison bien gardée, Tant l'ont tenue qu'il a rendu la vie : En Paradis soit son ame logée !
{Ihid., p. 44-45)-