‹ Vie de Charles d'Orléans (1394-1465)Chapitre 320 sur 639 · Le 20 mai 1442 (Vallet de Viriville, t. II, p · texte numérisé non relu

Le 20 mai 1442 (Vallet de Viriville, t. II, p

qui, pendant la Praguerie, s'était emparée de la ville de Saint- Maixent et de son fils Louis? Les seigneurs devaient-ils, les armes à la main, revendiquer, avec des libertés générales évidentes, leurs intérêts si particuliers? Etait-ce une façon honnête de s'occuper de la paix entre les deux royaumes que de donner aux Anglais, comme le faisait le comte d'Alençon, des renseignements secrets sur l'état de la Normandie ' ?

Le roi Charles n'ignorait rien de tout cela. Mais sans doute il estimait que le moment n'était pas encore venu de réduire ce mouvement féodal ; qu'une ligue formée sous la direction d'un Charles d'Orléans n'était guère dangereuse. S'il n'avait pas à le combattre, il préféra du moins l'acheter. Le roi Charles avait senti le point faible du duc d'Orléans, toujours besogneux, ^ et pour la grosse rançon qu'il devait payer et pour celle de son frère, demeuré prisonnier en Angleterre K

Vers le i8 mai le roi, qui avait donné sa réponse aux princes, reçut la visite, assez attendue, du duc d'Orléans. Il arrivait à Limoges, en grand appareil, avec sa femme escortée de ses dames et demoiselles sur leurs chariots, suite qu'on estimait plus nombreuse que celle même de la reine. Charles d'Orléans prit logement dans Fabbaye de Saint-Martial.

Si le clergé ne s'était pas rendu en procession au-devant de lui, à cause de la présence du roi, il demeure certain que ce dernier était fort préparé, par Dunois sans doute, à accueillir bien favorablement le duc d'Orléans Par lettres du 8 mai le roi lui avait fait don des aides perçues dans ses

1. Stevenson, JVars of the EngUsh in France, t. I, p. 189-193.

2. Le 7 juillet, Charles d'Orléans reconnaissait avoir reçu en prêt de Mérichon, un habitant de la Rochelle, la somme de 512 1. (Bibl. Nat., ms. fr. 26069, P- 45<^7)'

3. Le 25 mai 1441 Charles d'Orléans envoyait emprunter à Jeanne de Béthune, comtesse de Ligny, la riche veuve de Jean de Luxembourg, 100.000 saluts d'or pour servir à la délivrance de son frère (Arch. Nat., K. 72, no 563).

4. Extrait d'un registre de la chambrerie de S^-Martial de Limoges publié dans les Mémoires de la Soc. des antiquaires de France, p. 371-372.

domaines depuis son retour en France^ : le 24 mai, il lui accordait une aide de 168.900 écus d'or pour contribuer au payement de sa rançon, et des mesures furent prises pour assurer de suite la levée de cet impôt sur tout le royaume ^ ; en outre le duc d'Orléans fut autorisé à pourvoir dans tous ses domaines aux offices de greniers cà sel et aux gabelles. Enfin le roi écrivait à ses bonnes villes pour recommander à leur sollicitude les intérêts du duc, et les inviter à lui prêter leur concours financier \ Il lui assignait une pension de 10.000 1. 1., bientôt portée à 1 8.000 +, garantissant les aides que le duc d'Orléans avait pu lever sur ses receveurs, sans même qu'il en donnât un reçu précisa Le jour de la Pentecôte (20 mai) le roi tint « haute fête », ayant à ses côtés le dauphin, le duc et la duchesse d'Orléans, le comte du Maine, le connétable et le comte de la Marche ^ Après quoi le roi Charles descendit en Languedoc, menant les gens d'armes devant Tartas^.

Charles d'Orléans était vaincu par tant de bienfaits.

Sa joie et sa courtoisie apparaissent bien clairement dans la lettre qu'il adressait de Limoges, le 24 mai, à ses « chers et bons amis » les habitants de Senlis, taxés à 530 écus d'or sur

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