‹ Vie de Charles d'Orléans (1394-1465)Chapitre 332 sur 639 · Poésies, p · texte numérisé non relu

Poésies, p

Si vous étiez comme je suis vous seriez bien à plaindre. Mais Charles de répondre doucement: « Chacune vieille son deuil plaint! » — « Bien défendu, bien assailli », concluait le Roi. « C'est beau débat que de deux bons », ajoutait le duc Charles'. Et comme il aimait allégoriser les faits réels de son existence, lui qui venait de faire la trêve avec l'Angleterre jusqu'au terme de Pâques, il déclarait prendre abstinence de guerre avec Amour pendant ce même temps \ A Tours il venait de rencontrer Fradet qui demandait, lui aussi, trêves pour ses « pensées » pendant ce même terme. C'était bien l'avis de Charles qui se déclara de son sentiment. Et de ce jour ils furent amis K

Il est difficile de dire la joie qui se répandit par toute la France à la nouvelle des trêves. A Paris, pendant les négociations, on avait vu quarante mille personnes suivre en dévotes processions le chef de saint Louis, la vraie croix de Notre-Dame, la châsse de Saint Benoît, celle des Saints Innocents, le chef de saint Jacques l'apôtre, le bras de saint Thomas d'Aquin, les bras de sainte Opportune et de saint Georges, le doigt de saint Jacques, l'hostie bouillie par le juif de la rue des Billettes^. Un peu partout le peuple, enfermé dans les murailles des cités et châteaux, comme des condamnés dans une prison, pour les grandes terreurs et dangers de la guerre, s'estimait délivré du plus dur des esclavages. On rencontrait par troupes bourgeois et bourgeoises, sortant de leurs cités pour se rendre aux églises et aux pèlerinages. On se réjouissait de revoir enfin les forêts et les champs, déserts jadis arides, les prés verdoyants, « rivières, fontaines

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