CHAPITRE XIV
Les biens et les droits que Charles d'Orléans possédait en Italie devaient être pour lui l'origine de fatigues et de travaux non moindres, la source de déceptions, l'origine de longues guerres pour la France.
Le mariage de Valentine de Milan avait fait de l'Astesan une terre orléanaise, comme bien dotal', l'an 1387. Ainsi avait raisonné dans sa sagesse, ou dans sa ruse, Jean Galéas Visconti, vicomte de Milan : estimons dans le contrat de notre fille les revenus de l'Astesan au double de leur valeur^ ; laissons notre gendre garder cette cité, éloignée de nos domaines, déchirée par les discordes, exposée aux coups de ses puissants voisins : nous nous assurerons, à peu de frais, l'amitié de la France qui nous est utile.
C'est pourquoi une cité italienne, sentinelle avancée dans une austère région des Alpes, boulevard et passage de l'Italie, riche d'ailleurs et faisant le commerce du vin, ville de banque et d'usure, devint terre de France \
1. J. Camus, La venue en France de Valentine Visconti, duchesse d'Orléans, et l'inventaire de ses joyaux apportés de Lombardie, Turin, 1898.
2. En 1387 on estimait le revenu annuel de l'Astesan à 30.000 ducats ; en 1389 cette estimation tomba à 18.000 (De Maulde, Hist. de Louis XII, t. p. 132-133).
3. Gli Astigiani sotto la dominaiione straniere(i'^j^-ï$^j) saggio storico del prof. Carlo Vassalo dans VArchivio Storico Italiano, 4e série, t. II (1878), p. 254-277. — Asti e il Piemonte al tempo di Carlo d'Orléans ('1407-1422) del Gabotto, dans la Rivista di storia délia provincia di Alessandria^ anno v, fasc. XIV, p. 227 ; vi, fasc. XVII, p. 47 ; fasc. XX, p. 67. — A. S. Grassi, Storia délia città d'Asti, 2 vol.
Pour un homme entreprenant comme Louis d'Orléans, qui songeait à se tailler un royaume en Italie, la possession de cette place d'armes était utile, sinon avantageuse'. En fait les bourgeois d'Asti avaient prêté serment à Valentine, en 1387, et la cité demeura en paix jusqu'en 1407, gouvernée par des officiers qui se contentèrent de réorganiser son administration et ses finances sur des bases plus sévères ^ Car les Astesans se gouvernaient suivant le livre enchaîné de leurs privilèges, n'ayant d'autre signe d'une domination étrangère qu'un gouverneur français. La cité d'Asti conserva son podestat, le conseil des douze « sages » et son conseil général, signe de la souveraineté populaire ^
Louis d'Orléans meurt assassiné en 1407 ; en 141 5 Charles est fait prisonnier des Anglais. Les Astesans, certes, seraient demeurés volontiers fidèles au duc d'Orléans, cette fidélité étant plus légère que toute domination. Les factions ne le permirent pas : pendant trois ans (1419-1422), privée d'un vrai gouverneur, la cité demeura en proie aux partis : l'empereur Sigismond y fit un séjour et Giovanni Turco tenta de s'emparer de la ville. Et comme Charles d'Orléans, de sa prison, avait demandé au duc de Savoie de lui conserver sa cité, d'y intervenir, s'il le jugeait nécessaire, les Astesans, pour éviter une domination plus lourde, donnèrent leur ville à Filippo Maria Visconti, qui l'accepta de fait, promettant de restituer l'Astesan au duc d'Orléans, plus tard^. Le duc
Asti, 1890. — G. Gorrini, // coniniiine Astigiano e la sua storiografia, Firenze, 1884, in-8, p. 4, 244 ; De Maulde, op. cit., p. 130- 131.