‹ Vie de Charles d'Orléans (1394-1465)Chapitre 364 sur 639 · Arch. Nat., KK. 271, fol. 64 ro · texte numérisé non relu

Arch. Nat., KK. 271, fol. 64 ro

Le lierre envahissait les murs de la grande salle \ Quant au jardin, entouré d'une clôture de bois, il descendait sur le côté de l'aile nord qui regardait la campagne, proche la chapelle Sainte-Constance ^

Le château formait en somme une rude et vaste construction, sans grandes commodités. On y couchait sur des paillasses de grosse toile (Monseigneur avait toutefois taies d'oreiller de fine toile et fins draps de lit) ^ : mais, pour animer les murailles, il suffisait de tendre les belles tapisseries qu'en l'absence du duc on conservait dans l'église de Saint- Sauveur 4.

Quelle tapisserie, pour égayer une telle demeure, vaudrait le spectacle charmant de la petite ville qui dévale, pressée dans la ceinture de ses remparts, des hauteurs de Saint- Solenne jusqu'aux grèves de la Loire, avec ses rues étroites, sans ordre ni règle, et dont les maisons, construites en bois et couvertes de tuiles, abritent selliers, foulons, orfèvres, changeurs, rôtisseurs et chaussetiers. Tout près du château se dresse la belle et grande église de Saint-Sauveur où gisent, dans leurs tombeaux de cuivre et d'albâtre, les anciens seigneurs de Blois K Chanoines et clercs y chantent solennellement non seulement les messes, mais encore les heures établies par notre sainte Mère l'Eglise. De grandes et surprenantes orgues y rendent un son magnifique et doux, qu'un auditeur lettré comparait au chant d'Amphion, de Pan, d'Orphée et d'Apollon \ On doit l'entendre du haut du château, ainsi que l'horloge que le duc a fait réparer pour

1, De Laborde, t. III, 11° 6663.

2. Bibl. de Blois, Joursanvault, no 3193. — Bibl. Nat., P. orig., 1277, Garbet, 7. j 3. Arch. Nat., KK, 271, fol. 42, 63 v».

I 4. De Laborde, t. III, no 6663 ; Bibl. Nat., P. orig., 2160, Orléans, no 680. ). ThciUre des Cite:( du monde ; Jodocus Sincerus, p. 101-103. 6. Leroux de Lincy, Paris et ses historiens, p. 569.

la dévotion qu'il avait audit saint'. Aux pieds du château surgit la belle et vieille abbaye de Saint-Laumer où Madame Isabelle d'Orléans repose dans la chapelle de la Vierge. De l'autre côté s'étendent champs et pâturages. Il faut maintenant gravir les étages supérieurs du château, les galeries et les tours, pour apercevoir la Loire, tantôt gonflée comme une mer, tantôt coulant paresseusement entre les grèves couvertes d'arbustes, sillonnée de bateaux chargés de bois et de vins qui ouvrent la voile à une brise avare ; le vieux pont défendu par des poternes et couvert de moulins % sous lequel les pêcheurs tendent leurs braies ^ ; sur l'autre rive, en Vienne, le faubourg et l'hôpital ; les chaussées Saint-Victor et leurs pêcheries^; plus loin encore la forêt giboyeuse qui moutonne sous un ciel fin.

C'est là que Charles s'est bien promis de mener une vie sage et molle parmi les domestiques et les familiers de son choix qu'il importe de connaître. Plus de quatre-vingts personnes, attachées régulièrement à son service, reçoivent des gages trimestriels et, suivant leur condition, aux diverses saisons de l'année, robes et chaperons de drap, de soie ou de laine, chausses et pourpoints, houseaux et souliers, fourrures de gris, de martres ou d'agneaux 5. Bourguignons et Picards remplissent les principales charges de la petite cour de Blois, ceux-là que Charles d'Orléans rencontra d'abord sur

Page 1