De Laborde, t. III
9. Ibid., t. m, nos 5450, 5523, 5675, 5676, 5705, 5750, 5769, 5855, 5944; Arch. nat., KK. 268 (De Laborde, t. III, nos 6157 et suiv.). — Un fragment d'inventaire donne la place de ces tapisseries dans l'hôtel de Bohême et celui des Tournelles (British Muséum, add, ch, il 542, fol. 14.)
l'imagination d'un jeune et précoce enfant ? L'une de ces chambres, celle de tapisserie vermeille, était à la devise du dieu d'Amour ^ N'était-ce pas là la propre cour de Louis? Ainsi l'estimait déjà Christine de Pisan dans le Dit de la Rose \ où la poétesse nous fait le récit d'une fête donnée dans l'hôtel
« Du très noble duc d'Orliens ».
En si bonne compagnie le souper est apprêté à loisir et l'on s'assied, bien joyeux, autour des tables servies de mets excellents :
La n'ot parlé a ce mangier
Fors de courtoisie et d'onnour
Senz diffamer grant ne menour ;
Et de beaulx livres et de diz,
Et de balades plus de dix,
Qui mieulx mieulx chascun devisoit ;
Ou d'amour qui s'en avisoit,
Ou de demandes orracieuses...
Or, malgré que les portes fussent fermées, l'Amour survint et dame Loyauté avec son cortège :
De nymphes et de pucellettes, A tout chapel de fleurettes, Qui chantoient, par grant revel, Hault et cler un motet nouvel Si doulcement, pour voir vous dis.
Que bien sembloit que Paradis.
La déesse qui chantait de si belles ballades, posa les coupes sur la table ; on y mit ces roses odorantes, blanches et vermeilles, que l'Amour présentait. Ainsi, le jour de la Saint- Valentin (14 février 1401) Louis prit l'ordre de la Rose pour
1. Fourniture d'un ciel où est le Dieu d'amours, par Jacques Dourdin en 1404. (Bibl, nat., Pièces orig., 1024, Dourdin, 3).
2. Œuvres pce tiques de Christine de Pisaii, publiées par Maurice Roy, Paris, 1886-1896, 3 vol in-80, t. II, p. 30 et suiv.
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la défense et l'honneur des dames. Dans son Débat des deux amants ' la même Christine nous conta comment, invitée à une soirée que le duc donnait à Paris, elle avait observé la belle compagnie qui se pressait chez lui, demoiselles parées, chevaliers beaux et gentils, tout papillotés d'argent, bons ménestrels. Sur l'herbe fraîche, semée sur les carreaux de la salle, les couples se nouaient :
Ainsi dansoient Tous et toutes, ne point ne s'en lassoient. Et en dançant leurs cueurs entrelaçoient...
Cette dame, que la mort de son mari avait laissée comme esseulée et veuve de toute joie, assise à l'écart sur son banc, observait le monde sans parler. Elle remarqua ce bel écuyer, qui ne cessait de jouer et de rire et semblait l'âme joyeuse de cette fête ; elle nota aussi la triste contenance de ce chevalier, tout pensif, qui tenait sa tête appuyée sur sa main, comme accablé de tristesse. Celui-là censurait l'amour ; l'autre le portait au ciel. Qui a raison des deux ? Dans sa prudence Christine n'osa se prononcer. Elle renvoya la cause au très noble duc d'Orléans, cet autre dieu d'amour :
Cellui est bon, sage en fais et en dis. Juste, loial et aux bons de jadis Veult ressembler...
Ce dieu, Charles d'Orléans bientôt sera en âge de le reconnaître ^ ; devant lui il va comparaître pour recevoir son enseignement.
C'est ainsi que l'enfant grandit nourri de grâces et d'allégories.
1. Œuvres poétiques de Christine de Pisan, t. II, p. 49 et suiv.
2. Le ms. de Christine de Pisan (B. N., fr. 835, fol. 45), contient une représentation contemporaine du Dieu d'amour.