Bibl. Nat., ms. fr. 5041, fol
LE SÉJOUR d'honneur
vous serez aussi acertené bien au long de mes nouvelles. Très cher et très amé frère, le Saint Esperit vous ait en sa benoite garde. Escript en ma ville de Dijon, le xxviij^ jour de novembre.
Vostre frère et cousin le duc de Bourgongne de Brabant et de Lembourg,
et Philippe le Bon ajoutait de sa main :
Monseigneur, vous sarés tout par Jehan Damancier et mon chance! lier. Plus ne puis pour le présent escrire : sy le me pardonés, ie vous prie, comme le vostre qui est et sera tel du petit povoir que fay. Philippe.
Charles d'Orléans devait encore être mis en avant par son beau frère de Bourgogne dans le chimérique accomplissement du vœu de Philippe relatif à la croisade.
Non sans horreur, par les lettres du pape Nicolas, Philippe le Bon avait appris comment le grand Turc (ainsi nommait-on Méhmet II), accompagné d'une nuée de païens et de sarrasins, s'était emparé de Constantinople (1453); comment l'empereur des Grecs avait été décapité et sa femme violée ; et les païens avaient traîné les hosties par les rues, détruit toute la ville, occis les chrétiens et les petits enfants Ces nouvelles horrifiques, d'autres encore plus incroyables répandues par les fausses lettres du grand Turc à l'évêque de Rome% avaient vivement impressionné la chrétienté. Le duc Philippe, toujours chevaleresque et magnifique, décidait de se croiser comme un ancien preux. Il lisait, ou se faisait lire, dans les grands livres illustrés de sa riche librairie, les histoires anciennes des Godefroy de Bouillon, des Baudoin de Constantinople (ce héros « d'éternelle mémoire » que l'on disait de ses ancêtres), des saint Louis ; pour lui on avait