Ibid
dérimé et transcrit nombre de vieilles épopées et de romans antiques Une première fois, se fondant « sur la poeterie de Jason », patron des chevaliers, Philippe avait créé son ordre de la Toison d'Or. Le 17 février 1454, à l'issue d'un banquet % imitant en cela Alexandre, Hugues Capet et Robert d'Artois, le duc Philippe avait prononcé un serment tel qu'on aurait pu le lire dans les Vœux de l'Epervier, dans ceux du Héron ou du Paon \ Il avait juré sur le faisan, tandis que circulaient de fabuleux entremets, à l'heure où la tête échauffée on entre facilement en dévotion, de prendre la croix avec Monseigneur le roi de France ou, s'il en était empêché, de le remplacer ou de suivre tel chef de la chrétienté. Mais les Alexandre et les Hugues Capet régnaient sur des royaumes imaginaires et le duc Philippe, sur un duché réel : il lui fallait donc être autorisé à une telle entreprise. Durant le banquet, où chacun admirait les fantastiques allégories des entremets, on avait vu s'avancer un éléphant, conduit par un Sarrasin, et portant sur son dos une tour crénelée : Sainte Eglise, une dame voilée de blanc, était apparue au sommet de la tour récitant sa complainte :
Et vous princes puissants et honorés...
Vous, chevaliers qui portez la Thoison, N'oubliez pas le très divin service 4.
Comme chevalier de la Toison d'Or, comme allié du Bourguignon, et si proche du trône, Charles d'Orléans se trouvait tout désigné pour appuyer l'entreprise de Philippe.
1 . Georges Doutrepont, La littérature française à la cour des ducs de Bourgogne, Paris, 1909, p. 106 et suiv.
2. Escouchy, t. II, p. 116-237 ; La Marche, t. II, p. 340-394 ; Duclercq, 1. III, ch. XV.