De Laborde, t, III, n
Tout en condamnant les ménestrels, compagnons légers et diseurs de bourdes, l'austère Philippe de Mézières a cependant loué la coutume de les former en compagnie sacrée 1 pour l'honneur de Dieu et de la majesté royale, comme I naguère en usa Moïse : « lesquelles grosses troupes tu feras 1 sonner doucement à l'élévation du Saint Sacrement, aux I armées, dans toutes les solennités royales ; et les trompettes aussi, qui seront partout devant le Roi. Et c'est encore une chose convenable que le roi ait des ménestrels de bas instruments pour se récréer et faire bonne digestion après conseils I et travaux »
j Ainsi le fit Charles d'Orléans dans la belle église du châ- I teau de Blois, à Saint-Sauveur dont les orgues produisaient I un son puissant et doux, au témoignage de Nicolas Astesan ^ ! Sa chapelle se composait de quinze chantres \ tous vêtus de I gris de Rouen 4 : Charles les soignait et se montrait indul- I gent aussi à leurs fredaines >.
j Dans ses voyages, les ménestrels n'auraient pas manqué d'aller se faire entendre d'un prince si connaisseur ^ Ainsi le fit Jean Roquelet, « joueur d'instruments de musique », qui I joua et chanta devant lui à Chauny, avec sa femme et ses [deux enfants ^ et bien d'autres. Le duc les accueillait I volontiers à Blois. 11 faisait divers dons d'argent à Robin Courrat et à Antoine Bedon, ménétriers de Monseigneur d'Argueil^; à Laurencin le Bascle, ménétrier d'Orléans, qui
1. Champollon-Figeac, p. 253. — Les hauts instruments étaient à vent.
2. Leroux de Lincy, Paris et ses historiens, p. 569. j $. De Laborde, t. III, no 6756.