‹ Vie de Charles d'Orléans (1394-1465)Chapitre 523 sur 639 · Champollion-Figeac, p · texte numérisé non relu

Champollion-Figeac, p

Monseigneur',

Selon mon advis, en toutes grans matières esquelles on doit donner conseil trois choses sont à regarder : la première, qui est cellui qui conseille ; la seconde, qui est cellui à qui on donne le conseil ; la tierce, quelle est la chose qu'on conseille et la manière de la conseiller.

Quant au premier point sainct Bernard dit : multi inulla scituit et seipsos nesciuut, c'est à dire : plusieurs congnoissent plusieurs choses et ne se congnoissent pas eulx mesmes. Et pour ce, quant je me regarde et congnois comment je suis tenu de vous conseiller loyaument, au bien de vous et de vostre royaume, congnoissant que je ne suis ne saige ne bon clerc, je me treuve fort entreprins, après tant de grans et notables oppinions, de parler, car ce n'est que apporter une petite chandelle entre tant de grans lumières de sens et clergie qui ont cy esté en vostre présence Et por ce, s'aucune chose je diz qui puisse valoir. Dieu m'en doint la grâce, vous suppliant qu'il vous plaise prendre en gré 3 mon bon vouloir, sans prendre garde à mon non savoir.

Secondement, en ce que j'ay dit que on doit prendre garde à qui on donne le conseil, je congnois que je le donne à vous en trois manières. Premièrement, comme à mon seigneur et à mon maistre ; et sans en faire la petite bouche, je vueil que on congnoisse à 4 ceste présente notable, assemblée que, ainsi comme le chien est trouvé 5 auxpiez de son maistre, je demourray tousjours loyaument aux piez de vostre obéissance, prest de foire, en tout ce que je devray, mon loyal devoir. Secondement, je congnois qu'il a pieu a Dieu ^ me faire venir de vostre maison, si prouchain que 1 chacun scet et congnoist, par quoy me doy naturelement acquiter envers vous. Le tiers, je congnois que vous estes mon souverain. Et, quand je pense bien que c'est à dire de ce mot souverain, il fault quelque grant chose : car vous n'estes que ung homme comme moy, de char et d'os, subgiet aux dangiers, périlz, adversitez, maladies et tribulacions de ce monde », dont avez eu et essuyé beaucoup en vostre jeunesse.- En quoi Dieu vous monstroit qu'il vous aymoit et chastioit pour le

1. On a suivi le texte du ms. des poésies de Charles d'Orléans qui lui a appartenu (Bibl. Nat., ms. fr. 1104, fol. 49 ro). — Les variantes données sont celles du ms. fr. 5738, fol. 23 : Uoppinion donnée au roy par Monseigneur le duc d'Orléans ou parlement de Vètidôsnie touchant le fait de mondit seigneur d'Alençcn.

2. Pour donner clerté entre tant de grans et notables oppinions qui ont cy esté en vostre présence.

3. garde a — 4. en — 5. couschié — 6. de — 7. comme — 8. comme moy et tous autres sommes et

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