LE PROCÈS DU DUC D*ALENÇON
congnoistre et vous guerdonner de grans biens et honneurs en vostre plus ' grant aige, ainsi qu'il a fait, la sienne mercy ; car, passé a longtemps, nulz de vos prédécesseurs n'ont eu le royaume si entier en leurs mains comme ; vous l'avez. Et quant je prens garde dont vient ce mot souverain, je voy bien qu'il fault qu'il viengne du souverain lieu, c'est assavoir de Dieu, qui est sur tous souverain, comme rex regiiin et dom 'niiis dominanciuni, c'est à dire roy des roys et seigneur des seigneurs. Et estes appellé très cresj tien roy qu'il vous a mis pour estre ou royaume de France, comme son i lieutenant et représentant sa présence, parquoy tous François sont tenuz de vous servir, obéir et conseiller loyaument, ainsi qu'ilz en veullent respondre envers Lui, et envers vous, en conscience.
Quant au tiers point, dont par avant j'ay parlé de congnoistre quelle est I la matière que on conseille et la manière de la conseiller, je congnois que S elle touche vous et tous les vostres, en quoy je ay ma grant part entre les I autres, et est la chose la plus desplaisant en mon cueur que j'euz oncques ; I car, quant a la mort de feu monseigneur mon pere (que Dieu pardoint), i j'estoye lors jeune enffant et n'en savoye avoir la douleur ainsi que je y estoye 1 tenu de ma prison. Aussi je congnoissoye que j'estoye prins en faisant I loyaument mon devoir. En quoy je me confortoye que Dieu m'en sauroit i gré, et m'en aideroit, et aussi que tous ceulx du royaume de France estoient j par ce obligez à ne me faillir, quant besoing seroit, et après ma vie m'en 1 avoir en prières pour recommandé. Mais en cette chose que je ne povoye croire, quelque chose que l'on m'en deist, jusques à tant que moy mesme l'aye ouy par la bouche de cellui auquel ^ j'estoye naturelement tenu par lignaige, et aussi obligié à feu son pere qui fut nourry de feu mondit I seigneur mon pere, et que ^ trouvay si parfait parent et amy ; car, en la I querelle de mondit seigneur mon pere, il se habandonna du tout et me f servit ung voyage à ses propres coustz et despens, à huit cens chevaliers ! et escuiers, pourquoy, et pour l'amour que j'avoye à lui, je baillay ma seule fille en mariage à sondit filz qui est à présent. Et combien qu'il ait dit en la présence de tous ceulx qui sont cy presens qu'il a eu fiance et amour à I moy plus que à nul autre, toutesfoiz le me monstroit il mal quand il vou- I loit faire perdre Normendie. En quoy m'eust fait perdre de ma terre, qui a I valu X'" livres de rente, et par ce eust peu ensuir la destruccion du I royaume, et de nous tous François, se nous feussions venuz en la main des j Anglois, anciens ennemis de France. Et quant j'ay bien pensé en ceste matière par plusieurs jours, en grant desplaisance de cueur, il m'est venu en souvenance ung traittié, que je viz une fois en ung livre, qui vient bien à ce propos, lequel je ne vueil tout au long reciter, car il prendroit 3 trop