‹ Vie de Charles d'Orléans (1394-1465)Chapitre 534 sur 639 · Ibid., p · texte numérisé non relu

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sant autant de révérences que s'il fût vif, et ordonna que les religieux récitassent le de profundis\ à genoux, avec trois d'entre eux, Charles fit une oraison à sa dévotion.

Les vingt-quatre crieurs avaient proclamé leur cri : Dites vos pfltenôtres pour le très haut et très excellent prince, le roi Charles VII^ de ce 7iom, et à heure de trois heures vene^ à Vigiles en ï Eglise Notre-Dame de Paris !

Le chariot s'ébranla, traîné par cinq grands destriers, houssés de satin noir jusqu'à terre, par la rue Saint-Jacques et le Petit Pont : et sur tout le parcours on avait fait démonter les enseignes afin qu'il pût passer. Les seigneurs, qui avaient mis pied à terre, suivaient le chariot et les pages conduisaient leurs chevaux. Derrière eux venait le char de cuir bouilli, portant le corps du roi, bien oint et embaumé, accompagné d'un grand nombre de gens à cheval.

Charles conduisait les seigneurs, chevauchant un mulet et portant un grand manteau de deuil avec un large chaperon : deux homme de pied le menaient, tout pleurant et larmoyant, entre le comte d'Angoulême et Dunois ; puis venaient le prévôt de Paris à pied, les seigneurs du Parlement vêtus d'écarlate, les échevins à robe mi-partie, les seigneurs de la cour des Comptes tout noirs, les pauvres de l'hôtel-Dieu portant les torches, les aveugles des Quinze- Vingt que l'on menait par la main. Et les processions des gens d'église se suivaient, croix en tête, au glas des cloches.

Soixante hommes portèrent le corps dans l'église où l'on récita les vigiles.

Le lendemain, une messe était dite le matin à Notre-Dame. Charles d'Orléans qui se tenait à l'entrée du chœur, tout tendu de bleu, prit le premier cierge ; Angoulême, le second ; Eu, le troisième; Dunois, le quatrième. A l'offrande quatre hommes menèrent le duc, deux le prenant par le bras, deux

portant son manteau. Il s'inclina, n'offrit rien, sinon sa personne. Sur ce, Jean de Chateaufort prononça le sermon sur le thème : Mémento jiidicii mei, Domine. A une heure le corps du roi Charles fut porté à Saint-Denis. Quand on sortit de la ville, les seigneurs montèrent k cheval. A la Chapelle on rencontra la procession de l'abbesse de Montmartre, et on fit halte à la Croix de bois, au Lendit. Là, les gens de Saint-Denis devaient porter le corps; mais comme ils ne purent soulever la lourde bière, Dunois ordonna que ceux de Paris la porteraient.

Il était nuit quand on arriva à Saint-Denis. Le lendemain matin avait lieu le service dans l'abbatiale, toute tendue de satin noir et resplendissante du luminaire.

Charles alla seul encore à l'offrande. Puis, avec son épouse, il se tint en la chapelle où le corps devait être enseveli : on le descendit à l'aide d'une poulie fixée à la voûte. M. de Baveux prit de la terre, la jeta dans la fosse. Et, tout pleurant, le héraut cria : « Priez pour l'âme du très excellent, très puissant et très victorieux prince le roi Charles, VIP de ce nom ! — Vive le Roi ! ». Et les secrétaires se mirent à crier c( Vive le roy Loys ! » Les notaires délivrèrent alors le procès-verbal. Deux claies furent mises sur la fosse. Charles d'Orléans s'agenouilla dessus, récita, le plus dévotement qu'il put, une oraison ; il fit deux révérences, les autres, une seule. Et tous défilèrent autour de la fosse \

Ainsi, pieusement et noblement, le duc conduisit le deuil du roi Charles, son cousin.

Le 31 août 1461, le duc d'Orléans, qui était demeuré à Paris, n'alla pas au devant du roi Louis ; il se sentait (( ancien », et portait encore le deuil du feu roi. Du moins

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