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6lO VIE DE CHARLES D ORLEANS
Des biens, honneurs, bonté et courtoisie,
Que m'avez faiz tous deux par vostre humblesse ;
Aussi fais-je de vostre grant largesse
Et très soingneuse et bonne compaignie.
Mon pauvre cueur pour paiement vous laisse :
Prenez en gré et je vous supplie
En oultre plus, tant que je puis vous prie,
Que m'octroyez estre maistre et maistresse.
La politesse de Nevers est bien représentative de ce qui dut se passer maintes fois à Blois. Les visiteurs de Charles ont éprouvé, comme ses domestiques, que la plus délicate des flatteries envers le duc est de tourner à son intention un rondeau, sinon de forger une ballade. On écrit son compliment le moins mal qu'on peut, ou d'autres le font pour vous.
Mais ce ne sont pas seulement les princes qui passent à Blois. Un pauvre rimeur sait bien que s'il peut se faire entendre d'un connaisseur tel que le duc d'Orléans, il a, sinon des chances d'être admis au nombre des gens de sa maison (ainsi l'espéra et le fut sans doute Villon), du moins la certitude d'en obtenir une honnête récompense. Il peut devenir son correspondant poétique (le duc adore ces épitres et ces débats versifiés sur des points de casuistique amoureuse) : situation non seulement flatteuse pour la vanité d'un rimeur, mais qui doit vous attirer bienfaits et cadeaux. Enfin on n'ignore pas que le duc d'Orléans apprécie de plus en plus, à mesure qu'il avance en âge, les bons compagnons rimeurs. Aussi nommer les lettrés passés à Blois, c'est faire en grande partie l'histoire littéraire de la seconde partie du xv^ siècle, celle du moins qui concerne les rondeaux galants. Il importe donc de dresser, autant que nous le pouvons, la liste de ces visiteurs, anciens ou nouveaux venus, de les suivre toujours plus nombreux dans le journal poétique du duc.
LA POÉSIE 6ll
C'est suivant cet ordre, vraisemblablement chronologique, que nous devons les présenter au lecteur.
Jadis, nous l'avons vu, Charles d'Orléans avait participé à un jeu parti avec Garencières; pendant la dernière année de sa captivité d'Angleterre il avait correspondu avec Philippe LE Bon dans une suite de ballades relatives à sa délivrance.
C'est peu après (1443 ?) que Charles de Nevers, le cousin germain de Philippe le Bon, qui vivait pauvrement à la cour de France, avait été l'hôte gracieux de Blois ' ; mais c'est vers 1456 qu'il composa le rondeau : En laforest de Longue attente-.
A la Saint Valentin de l'année 1444, on a vu déjà que le duc d'Orléans avait échangé une suite de rondeaux avec le Roi René \ Leurs relations demeurèrent amicales et suivies. Charles d'Orléans fut l'hôte de Tarascon 4 en 1447; René d'Anjou, celui d'Orléans en 1449 >. En 1452, le roi René faisait fêter le chantre du duc d'Orléans ^ En 1457, au mois de mars, René était reçu par Charles ci Orléans et à Blois. Ce fut lors de cette visite que René dut signer, ainsi que sa suite, un exemplaire des poésies d'Alain Chartier qui appartenait à Marie de Clèves^ Il prit aussi connaissance des compositions nouvelles de son hôte : car on ne saurait nier que le Livre du Ciier d'Amour espris, que René composa à la fin de l'année 1457, n'ait été écrit sous l'influence directe de l'esprit de Charles d'Orléans ^ René et Charles échangeaient des
1. Poésies, p. 243. — Cette pièce précède la Saint Valentin de 1444.
2. Poésies, p. 319. — Charles d'Orléans rencontra Charles de Nevers dans la ville de Nevers en septembre 1454.