‹ Vie de Charles d'Orléans (1394-1465)Chapitre 589 sur 639 · Poésies, p · texte numérisé non relu

Poésies, p

La poésie

(Dont joye en moy trop surhabonde) Par vostre humilité parfonde :

Dieu vous en soit retributeur...

J'ay peu science, moins faconde, Et encore prudence mineur :

Et vous me clamez serviteur Digne pour estre en table ronde !... Cadier, qui endormy estoit.

Avez tout esveillé en joye :

Il prie Dieu qu'il vous octroyé Autant de bien qu'il vous vouldroit.

C'est encore un Bourbonnais de petite noblesse que Fraigne' qui séjourna aussi à la cour de Blois.

Jean de Fraigne, le père, était mort à Azincourt. Il laissait, de Jeanne de la Faye, deux fils jumeaux : Guillaume, écuyer, qui épousa Isabeau, fille de Jean de la Condamine, sieur du Bouchât; un autre fils, Etienne, sieur de Vaulx, qui, le 29 septembre 1468, obtenait de Jean II la restititution de sa part de l'héritage paternel abandonnée à son frère. Car cet Etienne, encore au ventre de sa mère l'an 1415, avait suivi les aventures. A l'âge de 12 ans on le trouve au service du duc de Bourbon ; il accompagnait le roi de Sicile dans sa tentative surNaples ; il avait constamment « esté aux guerres du royaume avec Monseigneur le roi » ; en Guyenne il avait combattu sous Jean II : « Et à cause desdits services, et par son industrie, avoit eu et acquis des biens soufiisamment pour entretenir son estât ». D'autre part son frère était chargé d'enfants. Mais aujourd'hui Etienne entendait obte-

I. Voici les renseignements que donnent sur cette famille noble du Bourbonnais un mémoire dressé en 1548 (Bibl. Nat., Dossiers bleus, 281). — Jeanl^r, seigneur de Fraigne, épousa l'an 1381 Françoise de Bourbon, demoiselle de Gannat, et fit hommage au duc de Bourbon de sa terre de Fraigne^ paroisse de Verneix, en 1393. Guillaume de Fraigne, en 1445, épousa Isabeau de la Condamine : d'où Jean de Fraigne, prêtre, et Eustache de Fraigne qui épousa, en 1458, Catherine Brachet. Cf. Soultrait, Armoriai du Bon rhon nais, I, 262.

nir restitution de sa part d'héritage sur ses neveux

duel est le poète ? Est-ce Guillaume qui demeura tranquille en ses terres et mourut avant 1468? Est-ce l'aventureux Etienne? Ce qui est hors de doute c'est qu'il rimait avec charme, et le recueil des poésies du duc nous a conservé cinq compositions de sa façon : une chanson sur le thème de Petit Soupir % un rondeau sur le Défi des Yeux 5 ; les trois autres pièces sont des rondeaux d'amour indépendants : Le ciieiir dont vous ave^^ la foy^, ProphetiTcint de vostre advenement , Mon oueil je te prie et requier^.

Comme le duc de Bourbon, ce fut aussi un grand amateur de poésies, et fort habile à tourner les rondeaux, que Jean de Calabre, fils du roi René, qui porta le titre de Lorraine après 1453 7. C'était alors un jeune homme de 26 ans qu'avait élevé Antoine de la Salle ^ Tout enfant, Jean était demeuré l'otage de son père entre les mains des Bourguignons jusqu'en 1435. ^ 143 7? on l'avait

uni à Marie de Bourgogne, la nièce du duc Philippe et la sœur de Charles de Bourbon : ainsi Anjou et Bourgogne avaient fait leur paix. Calabre avait accompagné son père dans cette héroïque campagne à travers le royaume deNaples, en 1445 ; le 26 mai 1453, à la mort de sa mère Isabelle, il avait hérité et du titre et du duché de Lorraine. Mais le jeune homme était alors tout occupé à soumettre Gênes. Il devait rentrer en France, le 18 décembre 1455, et reprendre le

Page 1