‹ Vie de Charles d'Orléans (1394-1465)Chapitre 605 sur 639 · I. Coiiihien que fay Jeu en iiiig dH · texte numérisé non relu

I. Coiiihien que fay Jeu en iiiig dH

LA t>OÉSIE

Il y avait dans ces vers plus de bons sentiments que d'inspiration, et l'on conviendra que certains paraissent assez comiques, se rapportant à une petite fille de 3 1 mois ; du moins ils témoignent du grand désir que François Villon avait de plaire à tous, au père comme à la mère de la petite Marie, de l'espérance qu'il avait de rester dans leur domesticité.

Nous avons lieu de croire que François Villon demeura quelque temps l'hôte de Charles d'Orléans à Blois. Il composa en effet une ballade sur le thème proposé alors aux rimeurs de la cour de Blois :

Je meurs de seuf auprès de ki fontaine.

Ce fut la meilleure du recueil sur ce thème. Fait lui-même de contradictions, Villon y mit son propre cœur : Je riz en pleurs.

Il concluait ainsi :

Prince clément, or vous plaise sçavoir due j'entens moult et n'ay sens ne scavoir ; Parcial suis, a toutes loys commun.

Que sais-je plus ? Quoy ? Les gaiges ravoir. Bien recueuUy, débouté de chascun.

L'allusion est bien claire : les « gaiges ravoir », voilà ce que Villon attendait de Charles d'Orléans ou de la petite Marie.

L'identité des écritures % comme aussi l'esprit-, permet encore de restituer vraisemblablement à Villon la ballade :

1. Je n'entends nullement que ces pièces soient autographes. Mais un secrétaire a pu copier (en les brouillant d'ailleurs) sur les papiers de Villon les compositions du poète lors de son passage à Blois. — Le cas serait analogue aux transcriptions de Meschinot, qui sont toutes de la même main sans être autographes (autant que cela ressort d'une quittance autographe de Meschinot, en possession de M. de Laborderie, dont Mme de Laborderie a bien voulu m'envoyer la photographie).

2. Plaisanteries sur 1' « écusson de Vénus », l'équivoque « bourdon ».

Parfont conseil eximiim. Or cette pièce nous montre son auteur, non seulement dans ses rapports avec Charles d'Orléans, mais encore connaissant ses amis% au courant des plaisanteries spéciales à ce cercle littéraire, ayant feuilleté l'album des poésies du « doulx seigneur » ^ qu'il nomme plaisamment (( ce saint livre ». Et sans doute Charles d'Orléans, si grave alors et si enjoué, se plut aux entretiens de ce jeune homme prématurément vieux, fort habile à tromper, à se composer une attitude selon les milieux où il passait 5, si entendu à flatter, et d'un merveilleux talent.

Mais Saturne lui avait réservé un autre « fardelet », et malheureusement l'habitude du mal était déjà trop profonde en lui. Quelques mois plus tard Villon était de nouveau arrêté dans les états d'Orléans : il passait l'été de 1461 dans la dure prison épiscopale de Meung-sur-Loire jusqu'au jour où « Lois le bon roi de France » le devait délivrer par sa joyeuse entrée (octobre 1461).

Bien que le recueil des poésies de Charles d'Orléans ne contienne aucune composition de James ou Jacques, Monseigneur DE Savoie, il serait injuste de terminer une revue des poètes passés à la cour de Blois sans mentionner ce jeune homme, auteur de 21 rondeaux qui se rencontrent dans le manuscrit fr. 9223, bien vraisemblablement exécuté à son usage 4.

Nous savons en effet que ce fils de Louis de Savoie

1 . Cette ballade macaronique, dirigée contre le mariage, n'a de sens que si on la rapproche des rondeaux de Fradet et du duc d'Orléans {Poésies,^. 350-351); la pièce qui a inspiré directement Villon est le rondeau : « Bon régime sanitatis ».

2. « Le bon duc Charles d'Orléans », dit Olivier de la Marche, t. I, p. 102.

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