‹ Vie de Charles d'Orléans (1394-1465)Chapitre 80 sur 639 · Juvénal des Ursins, p · texte numérisé non relu

Juvénal des Ursins, p

3. Bibl. nat.. Pièces orig., 2294, Plainval, 2 ; Pièces orig., 2148, Lorfèvre, 24 ; Pièces orig., 1037, le Dur, 11 ; Pièces orig., 1795, Maigret, 13, 15 ; Pièces orig., 1171, de Foisy, 2; Pièces orig., 914, Cousinot, 14; Pièces orig., 2874, Tranchelion, 5.

moi; je VOUS supplie, autant qu'il est en moi, d'y avoir égard. » Et le roi répondit : « Beau cousin, pour le bien de notre royaume, pour l'amour de la reine et des autres princes du sang, pour la fidélité et les bons services que nous attendons de vous, nous vous accordons ce que vous demandez et vous remettons toutes choses ». Le roi fit alors approcher Charles d'Orléans et ses frères. On lut les paroles prononcées au nom du duc de Bourgogne ; puis, en sa présence, celui qui portait la parole dit : « Monseigneur d'Orléans, et vous Messeigneurs ses frères, voici Monseigneur de Bourgogne qui vous supplie de bannir de vos cœurs toute la colère et tout le ressentiment que vous avez conçus contre lui, d'être désormais ses bons amis, de lui pardonner tout le passé». Jean Sans-Peur ajouta: « Mes très chers cousins, je vous en supplie ». La reine, le dauphin, les autres seigneurs s'approchèrent alors de Charles d'Orléans et de ses frères, les priant d'accorder au duc de Bourgogne ce qu'il demandait si humblement; et le roi ajouta : ce Mon très cher fils, et vous mes très chers neveux, approuvez et agréez ce que nous avons fait et ce qui vous a été exposé, et pardonnez lui tout ». Et l'un après l'autre les jeunes princes répondirent: « Mon très cher Seigneur, j'obéis à votre ordre, je consens, j'approuve tout ce que vous avez fait et je lui remets toutes choses ». Alors le roi fit dire : « Et moi je veux et commande que vous observiez fidèlement tout ce que j'ai fait et ce qu'en outre je vais présentement ordonner en cette affaire, c'est à dire que vous demeuriez bons amis, que vos serviteurs et familiers en fassent autant de part et d'autre, et que jamais vous n'éleviez l'un contre l'autre quelque réclamation pour ledit cas ou ce qui s'est ensuivi. Je vous défends à tous, sous peine d'encourir ma royale colère, et en tant que vous craignez de m'ofTenser, d'avoir jamais aucune querelle ni différend

entre vous à ce sujet, de garder haine ou ressentiment contre aucun de ceux qui se sont entremis en cette affaire... Oue chacun de vous pardonne, comme moi-même je pardonne à tous, à l'exception toutefois de ceux qui ont commis l'attentat sur la personne de notre frère le duc d'Orléans ».

Et tous les princes du sang royal promirent et jurèrent ces choses entre les mains du roi sur la croix de Notre Seigneur et sur les saints Evangiles On maria ensuite Philippe, comte de Vertus, cadet de Charles d'Orléans, à la fille du duc de Bourgogne. Les ducs d'Orléans et de Bourgogne échangèrent le baiser de paix \

La joie était générale ; mais sans boire ni manger, on assure que le duc de Bourgogne monta à cheval et quitta la ville 3.

Il y avait alors en sa compagnie un très bon fol, qu'on disait être fol sage, qui s'en fut acheter une « paix » d'église, la fit fourrer, disant que c'était là une « paix fourrée + ».

Le mot paix ne signifiait pas seulement accord ; il désignait encore la plaque de métal ouvragée, Yosculatoriuni, qui recevait le baiser de paix du célébrant et rappelait le baiser que saint Paul avait recommandé aux Corinthiens en signe de communion fraternelle >. Une « paix fourrée » c'était proprement un accord doublé de trahison ; c'était encore la patène de l'église qui serait plaquée. Ainsi l'entendait plaisamment le fou bourguignon. Nicolas de Baye, greffier du Parlement de Paris, qui n'était pas fol, rédigea ce jour-là

1. Religieux de Saint-Denys, t. IV, p. 193-199; Nicolas de Baye, t. I, p. 259.

2. Juvénal des Ursins, p. 443 ; Religieux de Saint-Denys, t. IV, p, 198; Monstrelet, t. I, pp. 390-401.

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